JMLP_Hyerrehttp://www.frontnational.com

Discours de Jean-Marie Le Pen prononcé à l'issue du Conseil national du FN le 15 septembre 2007

Depuis trois mois, l’essentiel de la politique gouvernementale se jouait dans des effets d’annonce
systématiquement répercutés et mis en scène par certains media complaisants, comme pour endormir littéralement les Français.

Je voudrais profiter de l’occasion pour vous donner ma grille de lecture de la pratique sarkozienne du pouvoir.
Derrière les pétitions de principe gratuites et finalement inoffensives, il y a les fausses ruptures, c’est-à-dire les fausses réformes, et aussi les viols délibérés de la volonté populaire.
 
    A- Effectivement, le moins grave, si j’ose dire, ce sont les pétitions de principe, nombreuses, diverses, répétées et parfois si gratuites qu’elles en sont parfaitement saugrenues, du style de celle de Claude Guéant : « Nicolas Sarkozy ne se contentera pas d’une croissance de 2% ». Très bien. Et après ?
 
    Dans le même genre, Nicolas Sarkozy a décrété « la réduction de la pauvreté d’un tiers en 5 ans ».
 
    C’est l’extinction du paupérisme après huit heures du soir.
 
Je vous lis le commentaire de Martin Hirsch, le Haut Commissaire aux Solidarités Actives : « c’est une décision d’une portée politique considérable. C’est ce qui explique qu’elle n’ait pas été prise avant ».
 
En réalité, si elle n’a pas été prise avant, c’est qu’il ne s’agit pas d’une décision politique mais d’un pur vœu pieux dépourvu de toute signification concrète, qui relève avant tout d’une communication compassionnelle très éprouvée.
 
Les vœux pieux de cette nature, dont on nous abreuve tous les jours sur la plupart des grands sujets d’intérêt national, ne sont pas la seule marque de fabrique de l’action du Président de la République.
 
    B- La tromperie sur la marchandise en est une autre.
 
Le candidat Sarkozy avait promis une « rupture » qui, jusqu’à ce jour, n’a jamais vu le moindre début de commencement d’application. En revanche, l’apparence du changement, soigneusement orchestrée médiatiquement, est bien là. Mais il ne s’agit que de poudre aux yeux.
 
Permettez-moi de vous détailler les formes de la manipulation politique dont le Président de la république s’est fait une spécialité. Dans ses techniques de communication, on observe un choix attentif des mots, particulièrement de ceux qui plaisent au peuple de droite :
   

  •         « service minimum »       
  •  
  • « baisse d’impôt » ou « déduction fiscale »       
  •  
  • « maîtrise des déficits »       
  •  
  • « diminution des fonctionnaires »       
  •  
  • « peines-planchers »       
  •  
  • « fermeté sur l’immigration »       
  •  
Une fois prononcés par le Président de la République, ces vocables sont répétés en boucle par les media, par professionnalisme, par complaisance ou par concurrence d’audience. Ainsi conditionné, l’électeur de droite pense que cette fois-ci, ça y est, ses préoccupations sont enfin prises en compte par les pouvoirs publics en place. A la vérité, derrière les apparences du vocabulaire, il y a une réalité : celle des tractations, déjà, avec les lobbies, les groupements d’intérêts particuliers et les forteresses féodales, pour acheter la paix sociale ou garantir le statu quo.
   
Dans les faits, sur la plupart des chantiers législatifs ou règlementaires, les concessions secrètes aux syndicats s’ajoutent aux concessions discrètes aux censeurs du politiquement correct.
   
    1) Examinons d’abord les concessions aux syndicats
   
Elles sont déjà intervenues dans trois domaines : les effectifs des fonctionnaires, la réforme de l’Education Nationale et le service minimum dans les transports. D’abord, les concessions sur les effectifs des fonctionnaires
   
Depuis que le Ministre du Budget et de la Fonction Publique Eric Woerth a dit, le 21 juin dernier, dans l’euphorie de la victoire législative de l’UMP, que 30.000 à 40.000 fonctionnaires ne seraient pas remplacés en 2008, la plupart des électeurs de droite se félicitent de l’ampleur de la réduction du poids de la fonction publique. Le 31 juillet toutefois, dans le calme de l’été, Fillon annonçait un objectif de 22.700 suppressions de postes, en net recul donc par rapport aux déclarations initiales de Woerth.
   
Nous verrons ce qu’il en est de cet objectif l’année prochaine à la même date, d’autant que le Premier Ministre a annoncé aussi la création de 6.000 postes en plus dans l’Education Nationale ! D’ailleurs, dans le domaine de l’Education nationale, les concessions aux syndicats sont générales. Si l’on écoute ce que dit Nicolas Sarkozy, il veut la fin du collège unique et de la méthode globale, le retour à l’autorité et au respect, des professeurs plus disponibles et plus motivés, la liberté scolaire, ainsi qu’une école plus technique dispensant des formations plus qualifiantes.
    Bref, l’électeur de droite entend tout ce qui lui plait.
   
    Si l’on regarde ce que fait Nicolas Sarkozy, c’est l’inverse :
   
Suppression de décrets Robien qui obligeait les professeurs à travailler plus sans contreparties financières (quid de la « disponibilité » ?).
    Suspension de l’apprentissage à 14 ans (quid des « formations plus qualifiantes » ?)
    Abandon de la réforme de la carte scolaire (quid de la « liberté scolaire » ?).
   
    Enfin, les concessions sur le service minimum dans les transports sont considérables
    Beaucoup de Français croient que le service minimum a enfin été mis en place. Mais il faut savoir tout d’abord que la loi ne fixe que des obligations très minimales. C’est un texte limité, axé sur la prévention et l'organisation du trafic en période de conflit, très inspiré des travaux des gouvernements précédents.
   
    Selon Libération du 22 juin 2007, un conseiller technique du ministre des Transports aurait commenté ainsi la loi : «Eh bien, ce n'est pas parce que cela existe déjà qu'il ne faut pas le répéter...». Un haut cadre de la SNCF aurait, quant à lui, affirmé : « On a l'impression de revivre la même chose que sous Chirac. Mêmes déclarations tonitruantes, mêmes propositions. Au final, ça n'avait rien donné ».
   
    Mais le plus frappant n’est même pas là.
   
La loi ne concerne que les transports terrestres, sans que l’on comprenne très bien pourquoi les transports aériens et maritimes devraient ne pas être concernés.
   
Dans le cas du transport maritime, qui vise essentiellement les lignes Corse Méditerranée, il ne fallait probablement pas fâcher la CGT et le Syndicat des Travailleurs Corses, pour des raisons que l’avenir nous donnera, sans doute.
   
    2) On le voit, derrière les paroles viriles et les mots qui frappent l’opinion, Nicolas Sarkozy cède largement aux volontés syndicales, comme d’ailleurs il cède aux oukases des censeurs du politiquement correct.
   
    a) Comment ne pas voir tout d’abord qu’il refuse d’affronter l’idéologie laxiste de la nomenklatura judiciaire française ?
   
    La loi sur les soi-disant peines planchers et la soi-disant fin de l’excuse de minorité le prouve parfaitement.
   
Tout d’abord, cette loi se limite aux délinquants récidivistes ou jeunes, alors que c’est une politique beaucoup plus générale, concernant l’ensemble des délinquants, qu’il faut adopter pour éradiquer ce fléau.
   
    Mais surtout, la loi Dati bafoue les principes mêmes qu’elle est censée mettre en œuvre.
   
La loi prévoit certes les peines planchers et la fin de l’excuse de minorité, et en même temps, la possibilité de ne pas les appliquer !
   
En effet, la loi reprend les principes catastrophiques de l’individualisation des peines, qui permettent au juge de condamner à moins qu’au plancher ou de rétablir l’excuse de minorité, en considération « des circonstances de l’infraction », de « la personnalité de l’accusé ou de ses garanties de réinsertion ».
   
Dans les faits, il n’y a donc aucun progrès en matière de certitude de la peine, puisque tout est laissé à l’appréciation des juges. On connait l’extrême politisation à gauche de ce corps.
   
    L’affaire Nativel, vice-Procureur de Nancy, en est la preuve parfaite.
   
Lorsque ce dernier a requis une peine inférieure au seuil minimal contre un récidiviste du trafic de drogue, il n’a pas été poursuivi par la chancellerie, puisqu’il a respecté la loi. C’est la preuve que le Gouvernement se rend parfaitement compte de sa propre imposture.
   
L’individualisation des peines est au cœur de l’idéologie dominante, celle de la gauche judiciaire. Celle-ci, hostile à la prison, considère en effet le délinquant comme une victime de la société.
   
Sarkozy, qui sait tout cela, a donc préféré faire semblant, et tromper ses électeurs, plutôt que de se fâcher avec la nomenklatura judiciaire.
   
    b) Un autre exemple de la duplicité politique du Président de la République est fourni par les gages, sans cesse plus nombreux, qu’il donne aux minorités agissantes.
   
Ce fut d’abord la nomination de Fadela Amara, ex-égérie de l’association « Ni putes, ni soumises », lobby féministe et immigrationniste particulièrement marqué à gauche.
   
Par ailleurs, le Gouvernement prépare, pour la rentrée, un Contrat d’Union Civile, à destination du lobby des militants homosexuels.
   
Enfin, les pouvoirs en place semble faire grand cas de l’opinion des associations d’extrême gauche comme « Droit au Logement » ou AC, qui ont porte ouverte à l’Elysée et dans les Ministères.
   
Le droit au logement opposable, consacré par la loi du 5 mars dernier à l’initiative de Sarkozy, était une vieille revendication de DAL. Madame Boutin a encore élargi les publics éligibles, ce qui va coûter cher, dans tous les sens du terme à l’Etat et aux propriétaires.
   
Dans l’affaire des squatteurs d’Aubervilliers d’ailleurs, c’est sous la conduite des activistes gauchistes du DAL que les ivoiriens ont multiplié les actions illégales.
   
Les pouvoirs publics se sont doublement ridiculisés : d’abord, en raison de la maladresse de Rama Yade, qui a initialement semblé soutenir les squatteurs contre la municipalité communiste, qui, elle, se réclamait du respect de la loi et de l’ordre.
   
Ensuite, l’Etat a capitulé sans condition, puisque la préfecture, pour acheter la paix, au moins médiatique, s’est engagée à trouver un logement aux ivoiriens.
   
Les squatteurs de logements publics qui occupaient depuis deux mois un parvis d’école vont donc passer devant les 3.800 familles qui sont régulièrement inscrites sur les listes d’attente des HLM d’Aubervilliers.
   
Ce dénouement, qui est une insulte à ces familles françaises ou immigrées, et qui bafoue la justice et l’état de droit, montre que la politique du Président de la République est à peu près celle de Rama Yade, lorsqu’elle est venue soutenir les squatteurs.
   
c) S’il est un domaine en effet où les pouvoirs publics refusent de changer de politique, c’est en effet celui de l’immigration.
   
   
Concernant les immigrés en situation irrégulière, l’objectif de 25.000 mesures d’éloignement du territoire exécutées par an, annoncé par Hortefeux, est à peine supérieur à l’objectif de tous les gouvernements depuis l’an 2000 (20.000 par an). Il ne saurait constituer une rupture dans un pays où, de l’aveu même des services du ministère de l’Intérieur, il entre 80 à 100.000 immigrés en situation irrégulière, chiffres au demeurant largement sous-estimés.
   
Le Ministre de l’immigration fixe également un objectif de 2.500 bénéficiaires de l’aide au retour volontaire pour 2007. En 2006, quelque 2.000 immigrés illégaux en avaient bénéficié. On en ajoute 500. Où est la rupture ?
   
En matière d’asile, Brice Hortefeux a indiqué que la France entendait très clairement rester une terre d’asile, se félicitant qu’entre 1997 et 2004, la France soit passée de la 7ème à la 1ère place mondiale en la matière. Il a affirmé que la question de l’asile et celle de l’immigration étaient distinctes et devaient le rester, ce qui interdit de s’attaquer aux mécanismes de détournement de l’asile.
   
Au cœur de celui-ci aujourd’hui, il y a le plus souvent une cause économique et pas politique à la volonté migratoire, ce que tout le monde sait très bien.
   
De plus, le gouvernement fait semblant d’ignorer que la demande d’asile n’est souvent que le support d’un passage à la clandestinité en cas de refus de l’OFPRA d’accorder le statut de réfugié.
   
En matière d’immigration légale, la loi sur la limitation du regroupement familial ne limite rien du tout puisque tous les aspirants à l’immigration signeront le contrat passé avec la famille, et que ceux qui parlent mal le français auront droit à une formation à nos frais avant de venir chez nous.

Le recours au test ADN pour éviter les abus ne pourrait d’ailleurs intervenir qu’à la demande de l’éventuel bénéficiaire du regroupement. Sentant le risque de conflit avec les lobbies, l’Elysée a fait savoir sa «surprise» face à cette initiative, renvoyant le dossier vers le cabinet de Brice Hortefeux.
   
La continuité entre la politique actuelle et celle des gouvernements précédents étant établies, il faut bien voir que les nouvelles mesures sont absolument insuffisantes, et loin de faire passer l’immigration de travail de 5 à 50% de l’immigration totale comme le voudrait le Président de la République, il faut supprimer le regroupement familial et strictement limiter les entrées à l’immigration de travail, soit à 5% de l’immigration actuelle totale.
   
C’est une condition essentielle à la préservation de notre identité nationale, qui dans l’esprit du Président de la République, et à rebours de ses vocables de campagne, reste confinée aux « valeurs républicaines », ce qui place les pouvoirs publics actuels dans la même ligne idéologique que celle des précédents depuis 20 ans.
   
En effet, si les valeurs républicaines forment certainement une partie du socle de notre identité, elles n’en sont qu’une partie.
   
Les valeurs républicaines ne sont en effet pas propres à la France ; elles définissent un courant d’opinion transnational, alors qu’une nation est un être de chair et de sang, formé par l’histoire.
   
    C- L’identité et la souveraineté nationale sont donc les deux principes au faîte de la hiérarchie des valeurs françaises.
   
En la matière, au-delà même des pétitions de principes, des fausses réformes et des fausses ruptures, c’est à un viol délibéré de la volonté populaire qu’il faut s’attendre. Nicolas Sarkozy met en effet en œuvre la disparition de la nation française dans une Europe fédérale élargie à la Turquie, sans préjudice d’autres entrées ultérieures.
   
En effet, le « mini-traité » que le Président de la République a promu et imposé à nos partenaires conserve la substance de la Constitution européenne, rejetée par le peuple souverain en juin 2005. De l’aveu même de Giscard, les modifications limitées visent à « effacer l’image » de la Constitution, « pour en faciliter l’approbation, çà et là ».
   
Ainsi que je l’ai dit au Président de la République lors de nos entrevues, je suis en désaccord avec le principe même d’un nouveau traité européen. D’abord parce que cela porte atteinte à la souveraineté populaire, la Constitution européenne ayant été refusée par référendum en juin 2005. Or, c’est bien d’une resucée de ce projet dont il s’agit. On cherche à faire adopter, en catimini, par des parlementaires aux ordres, un projet que le peuple a rejeté.
   
Ensuite, je suis hostile à ce traité parce qu’il portera à nouveau atteinte à la souveraineté nationale, en consacrant de nouveaux abandons par l’Etat de ses prérogatives souveraines.
   
Il s’agit d’une nouvelle étape dans la création d’une entité supranationale, qui, in fine, limitera la liberté et la prospérité des peuples européens. J’observe d’ailleurs que la Grande Bretagne, qui n’a jamais intégré la zone euro ni l’espace Schengen et dispose aujourd’hui d’une des économies les plus solides d’Europe, refuse toujours, et pour cause, l'idée d'un super-Etat européen.
   
Dans le même temps il est vrai, ce pays annonce la régularisation de 400.000 clandestins, ce qui ne manquera pas de créer un appel d’immigrés que l’on retrouvera à Sangatte. Sur la Turquie, Nicolas Sarkozy accepte l’ouverture de nouveaux chapitres de négociation, dans la perspective de l’adhésion de celle-ci à l’UE, qui sera décidée à la majorité qualifiée, sans que la France n’ait son mot à dire !
   
Pour faire passer les pilules les plus amères, le Président de la République utilise la méthode du voleur chinois : il parle d’ouverture de chapitres de négociations en suggérant qu’elles n’engagent à rien, c’est-à-dire qu’elles laissent ouvertes les deux possibilités de l’adhésion ou de l’association. Dans les faits, il sait bien qu’une fois les négociations lancées, elles iront à leur terme : l’adhésion.
   
Jean-Pierre Jouyet s’est d’ailleurs fait récemment l’écho, devant la Commission Balladur, de l’intention de Nicolas Sarkozy de supprimer la procédure du référendum pour tout élargissement supplémentaire de l’Europe. Le seul obstacle à l’entrée de la Turquie, celui qui émanerait du peuple souverain, est donc délibérément écarté par le Président de la République. Sur le fond de ce dossier, de nombreux partisans de la Turquie évoquent, je les cite, « les promesses passées » : c’est un argument sophistique.
   
Jamais personne n’a promis à la Turquie autre chose qu’un partenariat privilégié, sauf peut-être les Etats-Unis d’Amérique, qui, sans être membre de l’UE, pèsent de tout leur poids sur son évolution et son périmètre, et poussent à l’Europe turque. Il est vrai qu’ils sont les alliés privilégiés qu’a choisi monsieur Sarkozy.
   
    Que l’on me comprenne bien.
   
J’estime que la politique, ce n’est ni les vœux pieux, ni la trahison du corps électoral, ni le viol de la volonté populaire. C’est l’art de prendre les décisions qui s’imposent lorsque la majorité du peuple le veut.
   
    Ce sont là toutes mes différences avec l’action du Président de la République.