internet_islamLe Figaro

Article de Jean-Marc Leclerc publié le 7 novembre 2008

Le djihadisme sur Internet a pris des proportions industrielles et menace ouvertement la France. Dans ses derniers Cahiers de la sécurité, consacrés à la criminalité numérique, l'Institut national des hautes études de sécurité (Inhes), dirigé par Pierre Monzani, se penche sur le phénomène.

Deux experts proches des milieux militaires, Walter Akmouche et Henri Hemery, ont donc analysé pour le compte de cet organisme, directement rattaché à Michèle Alliot-Marie, la propagande des islamistes radicaux. Ils révèlent dans leur étude que les sites appelant à la guerre sainte enregistrent des milliers de connexions depuis l'Hexagone. La seule adresse d'un site de soutien à la «résistance irakienne» comptabilise deux cents visites quotidiennes. Ce qui place la France en «cinquième position des pays consultants, devant l'Égypte ou l'Arabie saoudite».

Selon les auteurs, des as du marketing conseillent les djihadistes. Le discours d'al-Zawahiri, numéro deux d'al-Qaida, est mis en scène par une agence de communication. Abou Moussab al-Zarqaoui avait lui troqué ses traditionnelles invectives en dialecte jordanien pour un discours calme et posé. Il était même devenu adepte du «Web 2.0 ou Web contributif», sous forme de chats et autres forums de discussion. N'hésitant pas à multiplier les provocations face aux «mécréants et infidèles». On comptait 74 sites djihadistes en avril 2006. Ils sont sans doute «près de deux cents aujourd'hui», assure un policier spécialiste de la veille sur Internet qui reconnaît la «complexité grandissante» de son travail.

Walter Akmouche en connaît les raisons : «Les djihadistes sont désormais en mesure d'utiliser la stéganographie (logiciel permettant de camoufler un message dans un fichier photo, par exemple).» Ils ont aussi accès à des logiciels de cryptographie, téléchargeables gratuitement. Or il faut parfois «neufs jours» pour «casser» ces algorithmes.

Formations à distance

«Conscients de la relativement faible connaissance de l'arabe par les jeunes générations, des sites clairement islamistes et même djihadistes n'hésitent pas à proposer des versions françaises, allemandes, anglaises, etc.», notent Akmouche et Hemery. «L'inconvénient, ajoutent-ils, est qu'il existe aussi sur Internet des sites proposant des formations à la guérilla (urbaine notamment, comme certaines revues au format PDF), à la fabrication d'explosifs à partir de composants du commerce, au maniement des armes à feu.» On peut y lire ce type d'instructions : «Nous vous recommandons des cibles faciles au début (…) Par exemple, (…) en Algérie, les Français (…). Pour les cibles humaines», après «les juifs», les «chrétiens seront classés dans l'ordre suivant : Américains, Britanniques, Espagnols, Australiens, Canadiens et Italiens». Ce texte mais aussi d'innombrables fatwas sont actuellement disponibles d'un simple clic.

À en croire les deux experts, la propagande se double parfois de «formations à distance («e-learning») des internautes susceptibles de passer à l'acte». Un danger loin d'être virtuel. Les membres de la filière irakienne de Montpellier condamnés jeudi à Paris comptaient parmi leurs complices un certain Shraidi, que l'Algérie vient de condamner à douze ans de prison. Il avait pris directement contact, via sa messagerie d'ordinateur, avec l'ex-GSPC pour lui proposer ses services.

Les modérateurs des forums extrémistes, invitent désormais leurs «frères internautes» à plus de prudence dans l'évocation de leurs projets. Mais un juge antiterroriste le dit : «Sur ces sites, les jeunes finissent par se monter la tête