Jobbik_HongrieAction Française

Article d'Aristide Leucate publié le 30 janvier 2011

Depuis le 1er janvier, et pour une durée de six mois, la Hongrie préside la plupart des réunions du Conseil des ministres de l’Union européenne. Avec quels enjeux ?

Depuis le 1er janvier, la Hongrie préside l’Union européenne pour six mois. C’est au Premier ministre conservateur, Viktor Orban qu’échoit, après la Belgique, la responsabilité de cette mascarade. Depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, la présidence du Conseil de l’UE se distingue de la présidence du Conseil européen. Sorte de « super » conseil des ministres composé des ministres des États membres, la première fait l’objet d’une présidente tournante tous les six mois et dispose d’un réel pouvoir de décision conjointement exercé avec le Parlement européen, tandis que la seconde, qui est assurée par un président élu pour deux ans et demi (l’actuel étant le Belge Herman Van Rompuy), est l’organe supérieur de l’Union qui s’occupe d’impulser la politique européenne et prend les décisions majeures en matière de modification des traités, par exemple.

Démocrate, ma non troppo

Cette tournante institutionnelle ne manque pas de faire l’objet de critiques âpres, dès lors que l’État qui en prend la présidence n’a pas l’heur de plaire aux « europiomanes » de tous poils qui constituent la galaxie communautaire. C’est le cas de la Hongrie dont certains plumitifs, comme l’inénarrable Jean Quatremer (bruxelles.blogs.liberation.fr), ont cru devoir dénoncer la « dérive autoritaire » à cause de la récente loi hongroise sur les médias qui musellerait ces derniers.

C’est que la Démocratie dont nos donneurs de leçons se gargarisent tant est à géométrie variable. Ils se verraient réformer les institutions européennes dans un sens plus restrictif de façon à éviter que de vilains et sombres canards (surtout ceux en provenance des pays de l’Est, derniers entrés dans ce Babel-Oued européo-mondialiste) ne viennent saper les fondements de leur club impotent. On rappellera que Viktor Orban travaille à l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’espace Schengen. L’enjeu stratégique est de déplacer le problème des Roms de ses frontières australes vers ces pays et d’en favoriser le règlement définitif par Bruxelles. Évidemment, la France comme l’Allemagne ne le souhaitent guère. Sur le plan de sa politique interne, la Hongrie a mis en place un système de taxation de « crise » frappant les banques et les filiales des grandes entreprises européennes sises sur son territoire, ce qui écorne sévèrement le credo libre-échangiste dont la Commission est la gardienne jalouse.

Mais il y a plus. Nos grandes consciences eurobéates craignent que le chef du gouvernement magyar ne soit par trop sensible aux douces sirènes du Jobbik (Mouvement pour une meilleure Hongrie), parti nationaliste qui a recueilli près de 17 % des voix lors des législatives d’avril dernier. Elles n’ont pourtant pas tort, mais pas pour de bonnes raisons. Si elles redoutent une telle influence (qui aurait des répercussions sur la présidence hongroise de l’Europe), c’est précisément à cause du tropisme de ce parti pour un axe sino-russe en matière de politique étrangère qui serait le pendant de l’américano-atlantisme militant de nos élites européennes. Orban ne semble pas défavorable à cette orientation qui heurte de front la politique étrangère de l’Union dont on se plaira, en passant, à souligner qu’elle est littéralement sabordée par la Britannique Catherine Ashton, (actuel Haut représentant de l’Union aux Affaires étrangères) qui en fait une dépendance du Foreign Office, c’est-à-dire une succursale de la Maison-Blanche.

Mais le Jobbik pousse également à un rapprochement avec la Turquie, voire avec des pays cousins tels que le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, l’Ouzbékistan, le Kirghizstan ou le Turkménistan. Si l’entrée du géant ottoman au sein de l’Union est loin d’être écartée par les oligarques bruxellois, force est de constater que d’un point de vue géostratégique, les États-Unis comme les pays d’Europe centrale et orientale (PECO) visent l’effondrement ou, à tout le moins, l’affaiblissement de l’Union européenne par la mithridatisation du virus islamique.

Une relève coûteuse

Tout est donc pour le mieux dans la maison Europe qui, décidément, prend l’eau de toute part et perd jour après jour son crédit auprès des peuples qui la rejettent sans parvenir, nonobstant, à se débarrasser de ses zélateurs stipendiés (grassement). Demain, la Pologne, hier, la Belgique qui avait elle-même succédé à l’Espagne, tous les six mois, l’Union européenne offre aux peuples, qui n’en peuvent mais, le tableau d’une relève institutionnelle aussi coûteuse qu’inutile, quand on sait que par le jeu des délégations, le Conseil aliène son pouvoir réglementaire entre les mains d’une Commission (présidée par l’apathique Barroso) toujours plus omnipotente.

Comitologie

Là où le Conseil pouvait apparaître comme une pseudo vitrine représentative des États souverains, le système de la « comitologie » (délégations par le Conseil à des comités divers secondant la Commission), largement validé par la Cour de justice depuis 1970 et désormais codifié par le traité de Lisbonne, confie la fonction normative à un organe supranational totalement irresponsable politiquement et surpuissant juridiquement. La preuve en est que la Belgique, depuis plus de six mois sans gouvernement, a pu assumer la présidence nominale du Conseil. Un chien coiffé d’un bonnet aux couleurs belges, aurait sans doute fait l’affaire. C’est dire que la Commission est fondamentalement le noyau atomique de cette « Europe sans les peuples » (selon l’heureuse formule de l’ancien député européen Georges Berthu) aux mains d’élites mondialisées qui ne se conçoivent plus comme appartenant à des nations, mais bien à une hyper-classe « bling bling » mondiale, méprisant la France et les autres États souverains, perçus comme de ridicules forteresses à annihiler.

Aussi, est-il de salubrité publique d’alerter incessamment nos concitoyens de la vacuité d’une Europe sans âme et ayant délibérément opté pour une acculturation anhistorique (notamment, en refusant de reconnaître ses racines chrétiennes), coupée, ab initio, des peuples censés lui donner sa substance vitale. Nos anciens monarques, qui pratiquaient l’européanité par le mariage, inscrivaient ainsi le vieux continent dans une histoire de famille où les disputes pouvaient s’avérer aussi orageuses (nos guerres fratricides en attestent) que furent étroites les affinités et les amitiés, voire les amours. Là et seulement là résidait l’âme, le principe spirituel d’une Europe, entrée depuis en dormition.