Police VL 5

33 degrés à l’ombre. Vous décidez d’aller faire un tour à la piscine municipale avec vos enfants. Vous arrivez tranquillement avec vos petites lunettes, votre serviette et votre paquet d’Oréo, personne ne vous a encore prévenu que la gentille pistoche de votre petite ville avait bien changé. Il y a des thermomètres qui en disent long sur l’état d’insécurité ordinaire d’un pays.

Trois brasses et l’on se prend déjà deux « bombes » sur la tête (ces grands crétins qui sautent dans l’eau les jambes repliées). C’est encore la plus sympa et la plus acceptable des « incivilités », comme ils disent, du lieu. Insultes, crachats, bagarres, non-respect du règlement intérieur et de l’autorité du personnel, vols de sacs, de portables, de vélos, rixes, saccage des vestiaires, portes cassées, insultes racistes, policiers tabassés… Il fait bon vivre, cet été, dans les piscines publiques françaises.

Dans le hall d’entrée de la piscine de Villepreux (78), une jeune fille est en pleurs. On vient de lui voler son sac dans les vestiaires. Ses clefs de maison, ses clefs de voiture, son portefeuille, sa carte bleue, son portable, tous ses papiers : « J’avais tout dedans, sanglote-t-elle, je ne peux même pas rentrer chez moi, mes parents sont en vacances. » Autour du bassin, les maîtres-nageurs passent leur temps à courir d’un endroit à l’autre. Ils appellent quasiment chaque jour les flics et les médiateurs, alors qu’ils ne devraient être occupés qu’à surveiller les enfants qui se baignent.

« Nous n’avons jamais eu de problèmes aussi graves »

Fermer carrément la piscine, en plein été ? C’est ce qu’a décidé la ville de Bron, dont les portes sont restées closes une journée entière. « Nous n’avons jamais eu de problèmes aussi graves. »

« Dans l’ensemble de l’agglomération lyonnaise, on observe une montée des incivilités et des violences dans les piscines publiques », déclare officiellement la mairie de Lyon. « Incivilités ». Le mot est joli : est-ce qu’il évoque le dépassement par la droite dans le grand bassin ? Le refus de priorité à un nageur en apnée ? Ou l’éclaboussement en dehors des heures autorisées ?

« Tss, tss, vous êtes bien incivil, mon jeune ami ! ». On rêve ! Alors qu’il s’agit de voyous dont on sait très bien l’origine, toujours les mêmes. L’été, la barbarie prend ses quartiers à la piscine.

Il aura fallu l’agression du directeur de la piscine du Rhône (à coups de pied…) et la grève de son personnel, le lendemain, pour que le scandale soit révélé au grand jour.

« Nous aussi, on connaît ça au quotidien, témoigne le responsable de la piscine Mermoz (Lyon 8e). On est face à un véritable phénomène de société. »

« Cette année, on observe plus de problèmes que les autres années », indique le responsable de la piscine de Caluire.

Le pompon rouge revient à la piscine Vauban de Saint-Memmie, dans la Marne, avec les violentes échauffourées menées par une bande de « jeunes » prétendant avoir été victime d’un vol de sac.

Des usagers terrorisés, des vestiaires saccagés, des adolescentes en pleurs, des personnes malmenées, abusivement fouillées au corps (par les « jeunes » !), un policier frappé au sol, à coups de pied, des transats jetés à l’eau, des casiers fracturés, c’est le bilan de la journée de piscine.

« Un jeune est venu signaler le vol, raconte l’agent de maintenance, mais leur casier n’était pas fracturé. »

« Nous avons donc sollicité les services de police pour visionner les enregistrements de la vidéosurveillance située à l’entrée de la structure. » Bien gentils ! Essayez-donc de déplacer la police, vous, pour lui faire visionner des vidéos si on vous a piqué quelque chose dans votre casier de piscine.

« Il n’y avait rien sur les vidéos », raconte l’agent.

Furieux, les « jeunes » attendent le départ des forces de l’ordre pour « rameuter » leurs proches présents sur les lieux et régler eux-mêmes le litige à leur manière.

« Fouillés abusivement » par les « jeunes »

Les usagers de la piscine sont fouillés abusivement, bousculés, terrorisés, parmi eux des enfants et des personnes âgées. Les serrures des casiers sont fracturées, méthodiquement, d’abord à l’aide d’une basket, puis en fracturant les barillets successivement avec une barre de fer. Au total : 16 casiers dans le vestiaire des hommes et deux dans celui des femmes. Un radiateur est également pulvérisé, des portes cassées.

Prévenus du déchaînement de violence, les policiers reviennent. Et que font-ils, selon vous ? A la demande de cette bande qui vient de mettre à sac la piscine, ils vérifient les sacs de chacun des baigneurs, priés de rentrer chez eux. Sans rien trouver. Du coup, « les jeunes » vont se retourner contre les policiers à leurs ordres. Un policier est roué de coups de pied au sol. Il s’en tirera en aspergeant ses agresseurs de bombe lacrymo. Atteinte accidentellement par les émanations de gaz, l’une des responsables de la piscine a dû être transportée aux urgences. Les « jeunes » eux, ont tous pris la fuite.

La piscine a fermé. Pour cause de « réparation ». Réparation envers les « jeunes », au moins ?

Par Caroline Parmentier le 09/08/2013