Marine et Marion 27112015

En claquant la porte du  «Rendez-vous de Béziers»,  Marion Maréchal-Le Pen  a montré les limites de l'opération de Robert Ménard. Le maire de la ville voulait construire des «passerelles » entre le Front National et la droite  ; il n'a réussi qu'à souligner les tensions internes à la mouvance lepéniste. L'impromptu de Béziers a de quoi rassurer Marine Le Pen car il montre que rien ne peut se construire dans son camp sans elle. Mais il met aussi en évidence des questions qu'elle devra résoudre si elle veut arriver au pouvoir.

L'existence de deux sensibilités au Front national n'est pas nouvelle. Voilà longtemps qu'on oppose un «Front du Nord » et un «Front du Sud». Si les deux ont en commun de mettre les questions de l'Europe et de l'immigration au centre de leur discours, le premier a prospéré - de Dunkerque à Besançon - sur la désespérance sociale d'électeurs dont beaucoup de gauche, quand le second, plus ancien, a construit son succès, de Nice à Perpignan, sur le rejet d'une droite jugée trop molle.

La nouveauté, c'est que ce clivage s'est incarné depuis deux à trois ans dans deux personnalités que tout oppose : Florian Philippot et Marion Maréchal-Le Pen. Et cette personnalisation a conduit à ajouter à ce clivage sociologique et géographique un clivage culturel et sociétal. La benjamine de l'Assemblée s'est distinguée en montant au créneau contre le mariage pour tous, l'euthanasie et les dérives des lois bioéthiques ; le député européen juge ces questions pas plus importantes que «la culture du bonsaï ». En matière économique, Philippot tient un discours pas si éloigné de celui de Mélenchon - il refuse par exemple de condamner l'attitude de la CGT -, quand Maréchal-Le Pen assume un discours pro-entreprises.

De manière de plus en plus affirmée, la sensibilité Philippot donne le «la » de la ligne du FN. Une intervention de l'élue de Franche-Comté Sophie Montel sur l'avortement, lors du rassemblement du 1er mai, a ainsi avivé l'inquiétude de la sensibilité pro-famille. C'est donc pour imposer à Marine Le Pen un rééquilibrage de la ligne du Front National que Robert Ménard a lancé son opération du week-end dernier.

La faiblesse de l'initiative du maire de Béziers est d'être apparue comme une critique de la présidente du Front National. Qui l'affaiblit au lieu de la renforcer. Marion Maréchal-Le Pen compris que toute dissidence serait mortifère. Pour les chances du FN en général, et pour son avenir personnel en particulier. Forte d'une popularité équivalente à celle de sa tante, elle a choisi de conjuguer autonomie d'expression et de position et loyauté envers la présidente du parti. Elle accepte ainsi de parler d'«alliances » avec Madeleine de Jessey, leader de Sens commun (les Républicains) dans un long dialogue publié cette semaine dans l'hebdomadaire Famille chrétienne , mais se retire de Béziers quand elle juge la ligne rouge franchie.

Si son autorité est incontestée, Marine Le Pen aurait tort cependant de négliger cette sensibilité qui exprime plus que des convergences avec une partie de la droite. Certes, elle se prépare à affronter au second tour un candidat de droite. Elle aura donc besoin à ce moment d'attirer des électeurs venus de la gauche. Ce qu'elle fera plus facilement en suivant la ligne Philippot. Mais sa progression dépend tout autant de sa capacité à séduire des électeurs de droite attachés à un certain libéralisme économique et à une forme de conservatisme sociétal.

Or Marion Maréchal-Le Pen est la mieux placée pour toucher les dividendes de reclassements à droite après 2017. Si la benjamine a intérêt à rester loyale à l'aînée des Le Pen, la tante a tout autant intérêt à s'appuyer davantage sur sa nièce.

Par Guillaume Tabard le 30/05/2016

Le Figaro

Note BYR : Pertinente l'analyse de Guillaume Tabard sur les "deux" FN, mais, rassurez-vous il y a beaucoup de cadres, de  militants et d'adhérants qui sont aussi bien partisans du "Sud' comme du "Nord". Contrairement aux cousins germains de "droite" et de gauche, le Front National est uni derrière sa présidente, qui est aussi sa candidate à l'élection présidentielle.