Cayenne 032017

À Cayenne, Saint-Laurent-du-Maroni, Kourou... La colère gronde en Guyane.

Un mouvement social paralyse tous les secteurs de l'économie de la collectivité française. Résultat, des grèves en série, plusieurs établissements publics ont tiré leur rideau et de nombreux commerces resteront fermés, ce vendredi, selon le site France-Guyane. Vitrine économique du territoire, la fusée Ariane a été contrainte d'ajourner son lancement lundi, à cause d'un barrage à l'entrée du Centre spatial guyanais à Kourou et d'une grève au sein de la société Endel qui assure le transfert. Cette paralysie a également eu des conséquences sur le trafic aérien. Un Boeing 777 d'Air France assurant la liaison Paris-Cayenne a dû faire demi-tour après 4 heures de vol. Un autre vol d'Air Caraibes a été dérouté sur Pointe-à-Pitre, à la suite d'une notification de la Direction générale de l'Aviation civile (DGAC) sur le nombre insuffisant de personnel de lutte anti-incendie pour assurer la sécurité des gros-porteurs, à l'aéroport de Cayenne.

Dans le détail, plus d'une dizaine de barrages ont été érigés au cours de la semaine, notamment à l'initiative du syndicat UTG (Union des travailleurs guyanais)-CGT, bloquant plusieurs ronds-points autour des villes. Ils rassemblent pêle-mêle des salariés d'EDF en grève, des personnels du centre médico-chirurgical de Kourou, un collectif qui réclame un commissariat à Kourou et un autre collectif contre la délinquance, «les 500 frères», qui défilent cagoulés. Mais parmi ces barrages, certains sont «sauvages» et source de «rackets», a dénoncé jeudi soir le préfet de la région Guyane, ordonnant aux forces de l'ordre de les «éradiquer». «Seuls les barrages dressés par les collectifs seront maintenus», a-t-il ajouté.

Un avion d'Air France a dû faire demi-tour

Des agriculteurs bloquent aussi des locaux de la Direction de l'agriculture (DAAF), reprochant des lenteurs administratives et des refus d'aide, et des transporteurs bloquent le port de Degrad des Cannes inquiets de la répartition des marchés du chantier du futur pas de tir d'Ariane 6. Les Amérindiens ont aussi appelé à se mobiliser, notamment contre le «vol» de leur terre et un projet d'extraction aurifère controversé, ainsi que les associations de lutte contre l'orpaillage. Sont aussi bloqués le Grand Port Maritime, la Collectivité Territoriale de Guyane, la Préfecture, les axes routiers.

La ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts, a tout de même appelé jeudi à la levée des barrages, et proposé des discussions à Paris autour de l'économie, de la santé et de la sécurité. Objectif affiché, «traiter sans délai les problèmes immédiats» et «finaliser» le Pacte pour l'Avenir de la Guyane, promis par François Hollande en 2013 mais toujours pas signé. Mais en Guyane, les manifestants «ont fait part de leur refus d'une négociation sur Paris». Et les députés et sénateurs de Guyane, qui avaient demandé mercredi un plan Marshall, ont jugé «inconcevable de demander aux manifestants de (...) lever les blocages pour venir s'entretenir avec les cabinets ministériels dans les bureaux parisiens».

Dans un communiqué, le recteur d'académie a annoncé que les écoles, collèges, lycées étaient fermés «jusqu'à nouvel ordre». Certaines stations-service commencent à connaître des pénuries d'essence sans plomb, et des appels à fermer les magasins ont été lancés. Dans l'Île de Cayenne, l'association des commerçants chinois a notamment fait savoir que les commerces de son réseau resteront portes closes, ce vendredi, rapporte France-Guyane. Ce dernier nuance l'impact de ce mouvement social: à Saint-Laurent, tous les magasins ne devraient pas être affectés.

Un taux de chômage à 22%

Si les revendications de ce mouvement social sont nombreuses, le constat est unanime. Ce département français, qui compte plus de 200.000 habitants, souffre depuis de nombreuses années. En 2015, le taux de chômage était évalué à 22%, soit 18 000 personnes «au sens du Bureau international du travail (BIT)», indique l'Insee. Une situation qui affecte davantage les 15-24 ans, qui représentent 46% des chômeurs. Le taux de pauvreté, en revanche, n'est pas indiqué. «Avertissement: Pour des raisons de secret statistique, certains indicateurs peuvent ne pas être renseignés», spécifie le site internet de l'Institut statistique français. La Guyane est également l'un des territoires français les plus touchés par la criminalité. En 2015, 38 personnes ont été assassinées. Les chiffres du ministère de l'Intérieur en 2016 recensaient 3 vols pour 1000 habitants, «soit 13 fois plus que dans l'Hexagone», rappelle la 1ère.

Le 24/03/2017 avec agences

Le Figaro