Marine Le Pen Coblence 1

Durant cette campagne de premier tour, les frontistes se sont mobilisés autour de leur candidate en se fixant l'objectif prioritaire de faire le meilleur score dimanche soir. «Elle va gagner. Deux cent cinquante sondages l'ont annoncée en tête. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Ensuite, une nouvelle campagne pourra commencer», confiait le responsable des fédérations FN, Jean-Lin Lacapelle, mercredi, au pied de l'estrade marseillaise où Marine Le Pen lance un dernier appel à la mobilisation générale des «patriotes».

«Je terminerai en tête du premier tour. J'en suis convaincue», a confié, avec assurance, la présidente du Front National, mardi, au Figaro. Au-delà d'une petite dose d'autopersuasion, légitime à la veille d'une présidentielle, elle se croit en capacité de décrocher la première place dimanche soir parce que sa campagne a été linéaire et méthodique. Malgré certaines apparitions médiatiques inégales et le poids des soupçons concernant plusieurs affaires en cours (assistants parlementaires, financement du FN, patrimoine...), son socle électoral est non seulement resté stable mais il est apparu comme le plus solide de la campagne.

En coulisses, à droite, certains adversaires relèvent l'affichage de sa détermination comme un atout. Sur la question européenne, malgré un projet de sortie de l'euro qui inquiète toujours la majorité de l'électorat, sa fermeté contribue à faire valoir un caractère résolu qui ne peut pas nuire à une présidentiable. Aussi, si Marine Le Pen souffre d'une réelle difficulté à trouver des alliés, elle peut se targuer d'avoir été placée au centre de la campagne par des adversaires effarés à l'idée qu'elle puisse accéder aux responsabilités.

Recomposition politique

Certaines personnalités comme Philippe de Villiers ou Nicolas Dupont-Aignan n'ont pas exclu de se prononcer en sa faveur entre les deux tours

La candidate FN sait que le niveau de son score de premier tour sera doublement déterminant. Elle le juge essentiel pour sa dynamique de second tour et capital pour les élections législatives. Parce qu'elle se voit comme un pivot de la recomposition politique en France, la candidate rêve de se qualifier face à Emmanuel Macron. Pour elle, un duel de second tour contre la gauche d'En marche! ne présenterait pas seulement l'avantage d'exposer en pleine lumière ce «nouveau clivage» dont elle parle régulièrement, entre les «mondialistes» et les «patriotes». Si elle parvenait à s'imposer comme la seule force d'opposition, elle croit surtout que cela accélérerait une recomposition politique dans le pays.

Certaines personnalités comme Philippe de Villiers ou Nicolas Dupont-Aignan n'ont pas exclu de se prononcer en sa faveur entre les deux tours. Elle imagine qu'elle pourrait alors compter sur des électeurs de droite «déboussolés» déterminés à ne pas laisser la gauche de François Hollande se maintenir au pouvoir. Certains frontistes pensent qu'une qualification face à François Fillon ne serait pas la configuration la plus aisée. Mais durant la campagne, Marine Le Pen n'a jamais écarté cette hypothèse. Elle ajusterait sa campagne de second tour sur les fragilités de son adversaire (les affaires) et sur l'incapacité de l'ancien premier ministre à relever les défis du pays en mettant droite ou gauche dans le même sac.

Redoutant l'abstention, elle a terminé sa campagne en demandant à ses militants de «ne rien lâcher» et de ne pas se perdre dans des «calculs» de premier tour. Face à des soutiens frontistes survoltés rassemblés dans la Cité phocéenne, le sénateur Stéphane Ravier a invité la foule à lui accorder «51 %» des suffrages... dès le premier tour! Parfois, les Marseillais exagèrent mais l'effet d'estrade est garanti.

En tout cas, dans ces derniers jours de campagne, la candidate du FN n'a pas caché une certaine impatience. La soirée de dimanche sera longue parce que chaque rendez-vous électoral contient toujours une part de mystère. Marine Le Pen le sait. Mais elle gardera son regard fixé sur la plus haute marche du podium. Jusqu'à la dernière seconde.

Par Emmanuel Galiero le 21/04/2017

Le Figaro