Maduro Caracas

Un éditorial du Monde relevait, il y a quelques jours, cet étrange mutisme de la gauche occidentale à propos des événements du Venezuela. Si les mêmes événements s’étaient passés dans un pays de droite, si Maduro s’était appelé Pinochet, la gauche occidentale et américaine aurait bien entendu déferlé dans les rues.

Le monde a changé, et Le Monde aussi : le quotidien de gauche semble découvrir une situation à laquelle il n’a pas été totalement étranger, dans le passé. Entre 1969 et 1981, Le Monde était dirigé par Jacques Fauvet. Et c’est une période où le journal connut en effet ses pires errements idéologiques. Et c’était aussi l’époque où Le Monde était la Bible des étudiants : des générations entières de journalistes, de décideurs politiques et économiques ont été formées à cette technique journalistique et dialectique, remarquablement pratiquée parLe Mondede l’après-mai 68 : amalgame, implication, culpabilisation, fausses comparaisons etc.

A l’époque, un journaliste du Monde, Michel Legris, avait eu le courage de dénoncer ces pratiques. Il y avait eu aussi un petit livre – non signé – de Boris Souvarine, et quelques rares autres publications. Michel Legris (disparu en 2008) avait critiqué son ancien journal, démontrant que ce « quotidien de référence » ne pratiquait nullement l’objectivité, et que l’actualité était passée au crible d’une grille de lecture si tendancieuse que les monstruosités des Khmers rouges nous étaient par exemple racontées comme une libération des souillures du monde occidental.

A la suite de quoi, savez-vous ce qui arriva ? Michel Legris fit l’objet d’une véritable interdiction professionnelle, d’un boycott de ses confrères et des directeurs de journaux. Malgré le succès de son livre (ou à cause de lui), plus aucune porte ne s’ouvrait, plus aucune rédaction n’osait l’accueillir. La traversée du désert dura neuf ans. Et c’est seulement en 1985 que L’Express l’intégra à son équipe.

Sur ce plan, Le Monde d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier, et nul ne le regrettera.

Très en retrait, la gauche qui s’indigne !

Mais il n’en reste pas moins que la gauche dans son ensemble, la gauche qui s’indigne, la gauche qui descend dans la rue avec la CGT, l’UNEF, Mélenchon, les zadistes etc. reste extraordinairement en retrait face à ce qui se passe à Caracas.

Dans ce bal des hypocrites, le pompon est certainement détenu par les anarchistes du Monde libertaire et autres feuilles de chou de cette tendance.

Traditionnellement, le courant anarchiste bénéficie d’une certaine indulgence des commentateurs politiques, car il traduit le vieux rêve d’un monde sans Etat, « sans Dieu ni maître », comme ils disent, une utopie pour quelques poignées d’idéalistes boutonneux et crasseux.

Sauf que, quand ces anarchistes en peau de lapin nous parlent du… Venezuela, c’est pour nous dire (Le Monde libertaire du 2 août) que « plus de 8 millions d’électeurs vénézuéliens se sont déplacés aux urnes [mais on sait que ces chiffres sont truqués avec un million de faux électeurs] et ont bravé les violences orchestrées par une opposition [la quasi-totalité des cent victimes et plus sont tous des opposants] arc-boutée sur son refus du scrutin et faisant de la propagande dans les médias internationaux ».

A lire cette prose, Proud’hon et Louis Lecoin doivent s’en retourner dans leur tombe !

Par Francis Bergeron le 04/08/2017

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