Cambriolage maison

«Les voleurs ne prennent pas de vacances!» Cette mise en garde a été diffusée vendredi dernier par la préfecture de police de Paris qui a procédé ce jour-là à pas moins de 16 interpellations lors de six flagrants délits de cambriolages menés en six heures dans la capitale et sa proche couronne.

Les stakhanovistes de l'effraction sévissent avec gourmandise. Aucune parcelle de pays ne semble plus épargnée. C'est ainsi qu'un groupe d'enquête de la compagnie de La Roche-sur-Yon a récemment surpris, à La Bretonnière-la-Claye, un gang de cambrioleurs roumains soupçonnés d'avoir commis quelque 240 cambriolages en Vendée depuis 2016.

Parfois, la piste mène à des toxicomanes locaux, à l'image de ce quintette de marginaux confondus pour 165 vols perpétrés dans des mobil-homes du littoral charentais. Dans le même temps, un réseau de cambrioleurs serbes a été démantelé en région parisienne par une centaine de gendarmes appuyés par Europol. Composée d'une douzaine de personnes de 13 à 74 ans, toutes issues de la même famille, cette «véritable mafia», ainsi que l'ont qualifiée les enquêteurs, est soupçonnée d'avoir perpétré 137 cambriolages dans tout l'ouest de la France, de la Normandie au Pays basque. «Les équipes s'installaient pour quelques jours dans des hôtels en périphérie des villes et ratissaient les habitations en journée dans un rayon de 50 kilomètres», a expliqué un enquêteur. Des montres, des bijoux, des véhicules de luxe et deux biens immobiliers devraient porter le montant total des saisies à 1,5 million d'euros.

Les «monte-en-l'air» et autres «crocheteurs» de serrures frappent avec méthode, se jouent des alarmes et choisissent leurs cibles en faisant fi de la qualité de leurs propriétaires, dès lors que son logement respire la prospérité. Stars de football, capitaines d'industrie, mais aussi cadres, commerçants, artisans ou encore retraitésaucun milieu n'est épargné. Même Bernard Cazeneuve, alors premier ministre, a subi pareille mésaventure le 24 avril dernier à Paris, en dépit de la sécurité qui l'entourait.

Sur les tableaux de bord de la délinquance, les chiffres des cambriolages de logement virent au rouge. La dernière note de conjoncture Interstats, établie par les statisticiens du ministère de l'Intérieur, en atteste. Alors que les volshormis ceux commis sans violence - connaissent un repli général sur les douze derniers mois, ils font apparaître que ce phénomène a bondi de 4 % en un an, pour atteindre les 247.394 faits. Soit une effraction en moyenne toutes les deux minutes. Au moment où les banques ne disposent plus d'argent en agence et où les bijouteries ont caparaçonné leur protection, les domiciles de particuliers sont plus que jamais des cibles de choix.

Cette inquiétante dynamique intervient alors que, après un léger reflux (- 1 %) en 2015, les chiffres sont remontés en flèche (+ 4 %, 243.500 faits) l'année dernière. Si la hausse se poursuit, le nombre des intrusions dans les résidences principales est en passe d'atteindre, voire de dépasser à terme, le pic de 2013, année noire où pas moins de 250.400 domiciles avaient été «visités».

Pointant de fortes disparités territoriales, le service statistique ministériel de la sécurité intérieure a noté en janvier dernier que «la Corse (était) nettement moins exposée aux cambriolages»: en moyenne, 2,8 logements sur 1000 ont été visités en 2016, contre 9,2 en Île-de-France et 3,9 en Bretagne, deuxième région la plus épargnée de la métropole.

Face à cette poussée de fièvre, le ministère de l'Intérieur cherche à préparer la riposte. Un effort considérable a notamment été consenti en matière de police technique et scientifique (PTS). Avant 2008, faute de moyens, les limiers en blouses blanches ne se déplaçaient pas systématiquement dans les appartements et les maisons cambriolées. Depuis lors, deux plans successifs visant à développer la PTS dite «de masse» ont permis de couvrir plus de 80 % des cambriolages. «Outre 3600 spécialistes, 10.000 policiers polyvalents issus de tous les commissariats ont été formés pendant une semaine afin d'apprendre à cibler les endroits où prélever des traces, précise le contrôleur généralDominique Abbenanti, sous-directeur du service central de la PTS. Équipés d'une mallette contenant des pinceaux, des écouvillons et des “transferts”(supportant les indices, NDLR), ils sont limités à trois prélèvements génétiques maximum, car chaque analyse coûte 12 euros.»

Pour combattre les gangs qui écument le territoire jusque dans ses profondeurs, les gendarmes ont de leur côté instauré des groupes d'enquête de lutte anticambriolage (Gelac). Les enquêteurs spécialisés de Brive-la-Gaillarde ont ainsi récemment procédé au démantèlement d'une redoutable équipe albanaise impliquée dans 82 vols commis en quelques semaines à l'occasion de «raids» menés en Corrèze. Après avoir surpris des malfaiteurs en train de faire du repérage fin janvier à Saint-Pantaléon-de-Larche, ils ont capturé six mois plus tard le reste de la bande encore en possession de 1,8 kg de bijoux. «Multiplier les recoupements, retracer les parcours, imputer les faits de manière formelle permet de ficeler des dossiers solides et d'envoyer ces multirécidivistes devant la justice», explique un officier supérieur.

Selon nos informations, les gendarmes ont mis en cause quelque 9899 individus dans des affaires de cambriolages dans les sept premiers mois de l'année. Ce qui leur a permis d'élucider, dans la même période, 5514 vols commis dans des résidences principales. Pour sa part, la police n'hésite plus à diffuser sur Internet des catalogues d'objets dérobés à l'occasion de raids délinquants dans une région. Le 21 juillet, les enquêteurs du Vaucluse ont mis en ligne un lot de 200 œuvres d'art volées en dix ans dans des expositions, chez des commerçants, des musées ou des hôtels de la région d'Avignon, dont 22 ont déjà retrouvé leur propriétaire.

Une étude de l'Observatoire national de la délinquance publiée en septembre dernier a établi que les bijoux restent le butin le plus convoité, puisqu'il est lié à 54 % des cambriolages, loin devant la Hi-Fi (31 %), l'argent et l'informatique (29 %). Le nombre des ménages ciblés par des vols d'antiquités et d'œuvres d'art a quant à lui été divisé par six en huit ans, en raison de l'atrophie de certaines filières de recel.

Par Christophe Cornevin le 10/08/2017

Le Figaro