De Gaulle statue brouillard

Boulevard Voltaire

Par Nicolas Gauthier * le 24/09/2017

Avec l’arrivée, la montée en puissance puis le départ de Florian Philippot s’est posée la question consistant à savoir si le Front national était ou non un parti « antigaulliste ». Question qui peut paraître anecdotique tant d’années après la mort du grand homme, mais semble continuer d’agiter le Landerneau médiatique.

À la création de ce parti, en 1972, étaient présents deux sortes d’antigaullistes, les uns issus de l’épuration et les autres venus des combats de l’Algérie française. Évacuons le cas des premiers. Ils n’étaient que deux à avoir réellement pesé : François Brigneau et Roland Gaucher. Le premier, dont l’engagement dans laMilice n’avait pas excédé quelques semaines, fit surtout carrière dans le journalisme et n’occupa jamais la moindre fonction officielle au Front National. Le second, ancien trotskiste de la Fédération des étudiants révolutionnaires, prisonnier de guerre évadé en 1940, rejoint ensuite, fidèle au socialisme de sa jeunesse, le RNP, mouvement collaborationniste fondé par Marcel Déat, l’un des principaux rivaux de Léon Blum à la SFIO.

Dans les écrits de ces deux hommes, l’antigaullisme était parfaitement anecdotique. Moins, en tout cas, que celui d’un Valéry Giscard d’Estaing auquel François Brigneau prêta main-forte durant la campagne présidentielle de 1974. Encore plus anecdotique chez Roland Gaucher, dont le combat était avant tout anticommuniste ; son Histoire secrète du Parti communiste français, parue en 1974 chez Albin Michel, fait d’ailleurs toujours autorité en la matière.

Plus nombreux furent, en revanche, ceux qui avaient fait leurs premières armes dans l’OAS, puis dans la campagne de Jean-Louis Tixier-Vignancour, lors de l’élection présidentielle de 1965. Leur antigaullisme n’avait donc rien d’anecdotique. Était-il pour autant structurel ? Non, pas vraiment, hormis pour certains, assez rares au demeurant. L’un des plus emblématiques ? Roger Holeindre, qui est un peu la mémoire vivante du Front National – avec Jean-Marie Le Pen, il va de soi.

Le parcours et la personnalité de Roger Holeindre sont éminemment représentatifs de cette génération. Comme nombre de soldats perdus, il fut résistant – l’un des plus jeunes de France, faut-il le rappeler –, mais si antigaullisme il y a chez lui, il a toujours été plus conjoncturel que structurel, puisque circonscrit à ces fameux événements d’Algérie. C’est la politique donnée d’un homme à un instant donné qu’il a combattue ; et non point l’homme en son ensemble, sa politique en sa totalité.

À l’époque, cette espèce n’était pas rare, principalement chez les socialistes et les centristes, mouvements dans lesquels les partisans de l’Algérie française étaient légion, mais qui, surtout, reprochaient au général de Gaulle la nature même des institutions de la Ve République, tenues pour bonapartistes, césaristes, quand elles n’étaient tout simplement pas considérées comme fascistes.

Voilà qui peut prêter à rire aujourd’hui, mais qui était alors pris très au sérieux.

En ce sens, l’antigaullisme systématique, viscéral, pour ne pas dire rabique, que certains médias prêtent au Front National peut, lui aussi, prêter à rire. Certes, on excipera, non sans raison, du poids électoral de l’électorat pied-noir, dont l’antigaullisme n’est pas que politique mais également charnel, l’Histoire étant ce qu’elle fut. On objectera aussi que les pieds-noirs ne sont pas une catégorie sociologique à elle seule. Il y en a qui ont réussi et d’autres pas. Leurs nationalités d’origine sont des plus diverses. Certains votent à gauche ou à droite, très à droite ou très à gauche ; d’autres ne votent pas du tout. Et, surtout, beaucoup sont morts.

De ce fait, l’antigaullisme très relatif du Front National est une sorte de non-sujet. Au même titre que le gaullisme de Florian Philippot, sachant qu’il était bien le dernier dans ce parti à se référer à l’homme du 18 juin.

* L'auteur ou les auteurs du présent article ne sont en rien membres du FN, du RBM ou d'un mouvement de cette famille politique -à la connaissance du BYR- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.