Nouveau Front 31

C'est probablement l'un des changements les plus visibles dans la doctrine frontiste depuis l'annonce de la refondation totale du parti par Marine Le Pen, au lendemain de sa défaite à la présidentielle.

Partisan du «Frexit» et d'un démantèlement de l'Union européenne, le Front National a fait un virage à 180 degrés depuis le départ de Florian Philippot, et propose désormais le nouveau concept d'«euro-réformisme».«Dans de nombreux domaines, on peut améliorer la vie quotidienne des Français sans quitter l'Europe ni l'euro», a lancé Marine Le Pen, en déplacement à Carpentras, dimanche dernier. Une manière de tourner la page des propositions jugées anxiogènes auxquelles la direction FN attribue une part de la défaite de mai dernier. «Nous avons entendu les Français», souligne désormais la présidente du FN.

Marine Le Pen a donc jeté les bases d'une nouvelle doctrine de politique européenne. Afin d'engager «le bras de fer» avec Bruxelles et d'obtenir «la sortie de Schengen» ou encore «des barrières non tarifaires» pour organiser le protectionnisme, la fille de Jean-Marie Le Pen prône désormais la négociation. Il s'agit de répondre à ceux qui réclament depuis de longs mois l'enterrement de la ligne économique prônant une sortie de l'euro et de l'Union européenne. «Un enterrement de première classe», se réjouissaient même certains, ravis de pouvoir tourner enfin la page de l'ère Philippot, accusé d'être «inflexible» sur le sujet. Au fil des mois, le virage idéologique s'est visiblement consolidé.

Au-delà du nouveau projet européen du FN, dont on connaîtra les contours à l'issue du prochain congrès de mars 2018, Marine Le Pen veut également développer cette récente approche au sein du Parlement de Strasbourg, où l'une des missions deNicolas Bay, coprésident du groupe Europe des nations et des libertés (ENL), est justement d'élaborer une vision «moins anxiogène et plus constructive» d'une nouvelle «Europe des nations», qu'il appelle de ses vœux.

Auprès duFigaro, le nouvel homme fort du FN à Bruxelles souhaite que le projet économique du parti sur le plan européen ne se résume plus à la question monétaire. «Notre volonté est d'affirmer que notre projet n'est pas anti-européen mais alter-européen, insiste l'eurodéputé frontiste. Il ne s'agit pas tant de détruire l'Union européenne que de bâtir l'Union des nations européennes, respectueuse des identités des peuples et des souverainetés des nations.»

Cette mise à jour radicale de la doctrine du parti correspond au souhait exprimé par une large part des responsables du parti, dont la parole se libère avec le départ de Florian Philippot. Ils souhaitent notamment tourner définitivement la page du retour au franc. Cette évolution est notamment portée par Bernard Monot, l'expert économique du parti. «Tous au travail pour une ligne politique alternative patriote et euroréformiste», a-t-il lancé sur Twitter ce mercredi 11 octobre. Le même jour, Louis Aliot, vice-président du FN et compagnon de Marine Le Pen, développait cette orientation nouvelle sur BFMTV en évoquant même un «nouveau traité européen, qui garantisse la souveraineté des États, l'indépendance de la France». Mais pour marquer la persistance d'une analyse qu'il veut toujours «eurosceptique», le député ajoute que dans un tel contexte «la question économique et monétaire sera posée».

Par Marc de Boni et Emmanuel Galiero le 12/10/2017

Le Figaro