Laicité (2)

Boulevard Voltaire

Par Philippe Franceschi * le 08/01/2018

Le 4 janvier, Emmanuel Macron recevait les représentants des cultes pour les vœux annuels. Tout au long de son discours sur la problématique de la laïcité en France, c’est bien celle liée à l’islam qui apparaît entre les lignes, mais qu’il évoque tardivement dans son intervention en jugeant indispensable la structuration de l’islam en France. Le seul problème de taille, c’est qu’il s’adressait, pour ce qui concerne les musulmans, au président du Conseil français du culte musulman, qui souffre d’un manque de représentativité et de légitimité. On peut donc douter de l’impact de son discours !

Comme pour accentuer un amalgame interreligieux, la question de la laïcité est d’abord abordée sous l’angle des questions bioéthiques et de la politique migratoire qui concernent toutes les religions, et non sous l’angle primordial de l’intégration des valeurs républicaines et des droits de l’homme (et de la femme). Problème que seul pose l’islam. Car l’islam, selon la sourate 61, verset 14, doit être placé au-dessus de toute autre religion et a vocation à s’imposer et conquérir le monde. La distinction que notre Président réaffirme entre le religieux et le politique est difficilement compatible avec la religion musulmane, qui est théocratique, où le spirituel et le temporel ne font qu’un, où la Loi réunit religion, morale et droit. Lislam est donc politique par nature et envahit la sphère publique comme la sphère privée. Chacun le voit bien dans sa vie de tous les jours dans les revendications confessionnelles, que ce soit à l’école, dans l’entreprise, les associations, à l’hôpital, sur les plages, etc. Il n’y a qu’Emmanuel Macron qui ne semble pas voir cela ou, plutôt, qui se fait des illusions !

Ceux qui cherchent à établir un rapport de force avec la République et que notre Président déclare vouloir combattre étaient absents, le 4 janvier. On perçoit, d’ailleurs, dans le discours présidentiel une certaine crainte et un doute pour l’avenir.

D’autre part, dans son programme présidentiel, le candidat Macron indiquait vouloir organiser la formation des ministres du culte sur la laïcité, les valeurs de la République et la langue française. Ce sont bien les imams qui étaient visés, alors que ceux-ci ne sont nullement les représentants désignés par leur religion car il n’existe pas de clergé dans l’islam. Dans ces conditions, quelle peut être la portée réelle d’une telle proposition ?

Pour ce qui concerne la situation à l’écoleEmmanuel Macron a promis de développer la connaissance des différentes religions en prévoyant un enseignement spécifique sur le fait religieux. Il veut donc former les enseignants, qu’il reconnaît être placés dans des situations d’extrême difficulté, afin qu’ils soient armés pour expliquer l’histoire de notre pays, mais aussi le fait religieux dans sa plénitude. Là encore, c’est bien le côté réfractaire d’une partie de la communauté musulmane à l’instruction de l’école laïque qui pose problème, en vérité. Je ne suis pas sûr du tout que cela va arranger les choses.

Emmanuel Macron a aussi fait preuve d’une certaine flagornerie dans son discours en remerciant les représentants musulmans d’avoir dénoncé et démonté sans faiblir toutes les propagandes qui feraient se retourner des enfants de France contre leur pays et leurs compatriotes. Que je sache, on n’a pas senti la « communauté musulmane » se lever comme un seul homme pour condamner cette « propagande », ou alors cela s’est fait très discrètement. On veut bien croire notre Président, qui a terminé son propos en indiquant qu’« il faut dire les choses aussi telles qu’elles sont, parce que les religions sont structurées différemment nous tâtonnons. Alors tâtonnons ensemble. »

On s’en aperçoit !

L'auteur ou les auteurs du présent article ne sont en rien membres du FN, du RBM ou d'un mouvement de cette famille politique -à la connaissance du BYR- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.