Lons prison

Dénonçant le «laxisme» des gouvernements successifs face au traitement des détenus radicalisés les plus violents, deux syndicats appellent au blocage des 188 structures pénitentiaires au lendemain de l'agression à Vendin-le-Vieil.

Vingt-quatre heures après l'agression de trois surveillants dans la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) par un détenu islamiste, la grogne monte chez les gardiens de prisons. Vendredi matin, la moitié des 188 établissements pénitentiaires ont répondu à l'appel au «débrayage» lancé par le syndicat majoritaire de la profession, l'Ufap-Unsa Justice. La mobilisation était «importante» avec des débrayages de 15 à 20 minutes en général, a indiqué à la mi-journée la Direction de l'administration pénitentiaire à l'AFP. Une centaine de surveillants se sont notamment rassemblés devant la prison de Vendin-le-Vieil, théâtre de l'agression de jeudi. «C'est quelque chose d'exceptionnel: des collègues ont refusé de prendre leur service ou l'ont pris tardivement», a déclaré le responsable local de FO pénitentiaire, Wilfried Szala, devant la presse.

Cette mobilisation va se poursuivre. Dans un tract commun, l'Ufap-Unsa Justice et la CGT Pénitentiaire ont appelé vendredi à un «blocage total» des prisons françaises dès six heures du matin lundi. Dénonçant le «laxisme» des gouvernements successifs face au traitement des détenus radicalisés les plus violents, les deux organisations appellent «l'ensemble des personnels pénitentiaires à participer aux actions de blocage total des structures».

Isolement des détenus radicalisés

Les syndicats veulent «mettre un terme à l'absence de considération et de moyens en matière de sécurité au sein des établissements pénitentiaires, exposant tous les jours les personnels à la vindicte des détenus». Ils seront reçus samedi par le cabinet de la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, et dans les prochains jours par la ministre elle-même. L'Ufap-Unsa réclame depuis des mois la mise à l'isolement complet des détenus radicalisés les plus dangereux et la construction de «petits établissements ultra-sécurisés». «Cela ne peut plus durer, trop, c'est trop», évoque le tract syndical.

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a admis vendredi qu'il fallait «consacrer des moyens» à l'administration pénitentiaire. Il a également fait état de l'augmentation de 3,9% du budget de la Justice en 2018, de 4,3% en 2019 et de 5,1% en 2020. «Ce sont 26,4 millions de crédits de paiement qui ont été dégagés pour créer à terme des places de prison et pour permettre d'améliorer les conditions de travail des fonctionnaires de l'administration pénitentiaire», a-t-il poursuivi.

À Vendin-le-Vieil, lieu de l'agression, une enquête interne est en cours. «La garde des  sceaux a demandé au directeur de l'administration pénitentiaire qu'il rende compte des conditions de détention et des conditions de sécurité qui concernaient ce détenu qui était placé à l'isolement et qui a su fabriquer une arme à caractère artisanal», a expliqué Benjamin Griveaux. Du côté des syndicats, on réclame la «mise à pied immédiate» du chef de l'établissement où se rendra mardi la ministre de la Justice.

Par Etienne Jacob le 12/01/2018

Le Figaro