Gourault

Quand le président Macron s’était rendu en Corse, le 7 février dernier, il avait fortement déçu les nationalistes. Peu sensible aux résultats des élections corses, deux mois auparavant, qui avaient vu la victoire du camp nationaliste, Macron avait refusé à peu près toutes les revendications portées par Simeoni et Talamoni, les patrons politiques de l’île. Sa seule ouverture avait concerné l’introduction, dans la Constitution, d’une mention spécifique concernant la Corse.

Lundi soir, les deux dirigeants corses étaient reçus par le Premier ministre pour bénéficier de la primeur des informations relatives à ce changement dans la Constitution. Une façon d’éviter de les humilier.

Edouard Philippe était assisté, pour cette réunion, de Jacqueline Gourault, la « madame Corse » du gouvernement. Jacqueline Gourault, élue du centre, a toujours affirmé des positions fermes sur la Corse. Et de ce point de vue, elle est bien dans la ligne tracée par Macron. Mais en même temps, pour reprendre l’expression fétiche des macroniens, elle est « corso-compatible », si l’on peut dire, par son penchant pour les valeurs traditionnelles, son engagement chrétien, son opposition personnelle au mariage homo, ce qui correspond assez largement à la sensibilité « sociétale » des nationalistes corses.

Madame Gourault s’est donc ingéniée à préparer les esprits à l’idée qu’il n’y aura pas de grand soir de l’autonomie ni d’avenir radieux pour une indépendance de la Corse. Très étrangement, les deux notables corses montés à Paris semblent avoir accepté le message, pariant sans doute sur une érosion progressive des positions de l’Etat. Edouard Philippe et sa conseillère ont donc confirmé que la spécificité corse serait mentionnée dans la Constitution. Sans doute dans le cadre d’un nouvel alinéa de son article 72. Cet alinéa définira les adaptations législatives et réglementaires possibles pour la Corse. Autrement dit, ce ne sera pas « la volonté souveraine du peuple corse » qui déterminera l’autonomie de l’île, mais la Constitution modifiée. Il s’agira d’habilitations allouées localement, portant par exemple sur la protection du patrimoine foncier, les particularités linguistiques et culturelles, le développement économique, le social

Gérard Larcher en embuscade

Ces habilitations étaient souhaitées « permanentes » par le clan autonomiste, elles ne seront que « pérennes ». Ce n’est par une simple querelle de vocabulaire. Deux visions différentes sous-tendent l’utilisation de l’un ou l’autre mot : les dispositions concernant la Corse seront « pérennes », susceptibles d’être renouvelées. Elles ne seront en aucun cas « permanentes », c’est-à-dire décidées une fois pour toutes.

Dans la confrontation gouvernement – nationalistes, c’est le gouvernement qui gagne la première manche, rejoignant la position majoritaire des Français, telle que relevée par les instituts de sondage. Mais cette partie se joue sur un billard à trois bandes, avec Gérard Larcher en embuscade : le président du Sénat n’accepte pas la modification de la Constitution, en particulier la limitation des mandats dans le temps, c’est-à-dire la déprofessionnalisation de la classe politique, comme il n’accepte pas la réduction du nombre d’élus, tout ceci n’ayant rigoureusement rien à voir avec la question corse. Macron a pour lui les sondages. Larcher a le soutien du Sénat. Les chefs nationalistes corses, eux, semblent quelque peu dépassés par cette confrontation. Peut-être est-ce l’une des explications à l’absence de réaction dans une île pourtant réputée avoir le sang chaud.

Par Francis Bergeron le 13/03/2018

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