Casseurs Paris 2

La manifestation du premier mai avait pourtant bien démarré. Jusqu’à Austerlitz. Et ce fut le chaos : un millier d’ultras de gauche et autres casseurs patentés  commodément définis dans l’anglicisme fourre-tout « black-blocs » s’est déchaîné. Le McDonald d’Austerlitz et quelques commerces alentour ont eu le temps d’être saccagés avant que les forces de l’ordre daignent intervenir. Confiné sur les ponts d’Austerlitz et Charles de Gaulle, les casseurs ont ensuite promené la police entre la rue de Bercy et l’avenue Ledru-Rollin avant de converger place de la Bastille via la rue du faubourg Saint-Antoine.

Suivi au plus près par les forces de l’ordre, les militants ont semé la destruction sur leurs chemins : pavés, bouteilles et cocktails Molotov fusaient dans le ciel et croisaient les gaz lacrymogènes et les jets d’eau envoyés par les forces de l’ordre. Si une poignée d’entre eux a pu être appréhendée et retenue au Jardin des Plantes, les autres n’ont pas manqué de signaler aux riverains du XIIe arrondissement leur présence. Les voitures brûlées, les enseignes fracassées et les barricades de bric et de broc jetées sur la route étaient là pour le rappeler. Les fumées de lacrymos et de fumigènes également. Quand ce n’était pas le souffle d’un Molotov éclatant entre les journalistes et les policiers.

Ces derniers, et c’est bien cela le hic, semblaient particulièrement dépassés par les évènements. Leurs syndicats sont d’ailleurs montés au créneau pour dénoncer le manque de préparation et les ordres restrictifs. « Les menaces de débordements ont été connues, mais les ordres ont tardé à venir » affirme même Stanislas Gaudon du Syndicat Alliance. Vigi va plus loin : « La Préfecture nous a laissé une consigne : en cas de casse on laisse casser. » Une consigne qui résonne comme un aveu de faiblesse ?

Pas forcément. Car, qui sait ce que les manifestants demandaient en ce 1er mai ? Qui sait contre quelle politique les forces de gauche se sont levées ? Toutes les caméras et tous les JT étaient braqués sur les casseurs. Un bon moyen pour Emmanuel Macron de décrédibiliser l’opinion politique en laissant le focus se faire sur les débordements. Bien aidé en cela par un Jean-Luc Mélenchon  sous acide déclarant que « les casseurs étaient certainement des bandes d’extrême droite ». Vous avez bien lu. Le A des anarchistes, Che Guevara, la commune libre de Tolbiac et les revendications « no borders » sont le fruit de l’idéologie nationaliste et patriote. On pensait avoir depuis longtemps franchi les frontières de l’immonde, finalement on peut creuser encore.

Alors Collomb peut se répandre en rodomontades, Macron peut condamner depuis le Pacifique Sud, Mélenchon peut rager et les black-blocs parader en toute impunité. Les riverains et commerçants du XIIe peuvent se tordre les mains d’impuissance. Quand la rue devient une donnée politique quantifiable, le réel peut bien se produire, cela fait longtemps qu’il a été relégué au rang de point de détail.

Par Etienne Defay le 02/05/2018

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