Bourrail Nouvelle-Calédonie

Le chef de l’Etat n’est ni pour, ni contre l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Ça ne le regarde pas ! C’est ce qu’il a déclaré, en substance, dans un discours à Nouméa à six mois du référendum. C’est « aux Calédoniens qu’il appartient de le dire, de choisir » s’ils veulent rester Français. Il a ainsi justifié son indifférence quant au sort de cette terre : « Je ne prendrai pas parti dans ce référendum qui vient, pas pour me soustraire à une responsabilité, mais parce que ce n’est justement pas ma responsabilité. » En d’autres termes, il s’en lave les mains. Pilate était aux antipodes ce week-end.

Or, garant de l’intégrité du territoire d’une République dont il est le président, il ne peut être un simple observateur dans un référendum qui peut amputer notre pays d’une de ses composantes d’outre-mer. Déjà, en mars dernier, le Premier ministre avait annoncé que le gouvernement ne prendrait pas position dans ce référendum. Cette attitude laxiste et démobilisatrice vient donc de loin. Il est vrai que, samedi, Emmanuel Macron a ajouté que « la France ne serait pas la même sans la Nouvelle-Calédonie », propos dans lequel certains ont voulu voir comme une préférence pour le maintien de ce territoire dans la République, or il n’a fait qu’enfoncer une porte ouverte. Il n’a pas dit si ne plus être « la même » en cas d’indépendance serait une bonne ou une mauvaise chose pour la  France.

De fait, les Caldoches mais aussi des Kanaks, nombreux, fidèles à la mère patrie, ont demandé, et attendu en vain, des signes en faveur du oui pendant la visite présidentielle. Au contraire, tous l’ont été à l’intention des indépendantistes. On a noté ce tableau, partiel et partial, de l’action de la France métropolitaine sur le « Caillou » : « La Nouvelle-Calédonie porte la mémoire de ces révoltes matées dans le sang, et de ces divisions entre tribus organisées par le colonisateur pour asservir chacun. » Elle porte aussi la mémoire, et plus que celle-là, la réalité, des hôpitaux, des écoles, des églises, construites pour le bien-être des habitants. Elle a arrêté les guerres tribales. Tout œuvre humaine à ses ombres et ses lumières, mais il est injuste de n’évoquer que les ombres pour effacer les lumières.

Comment de tels propos n’encourageraient-ils pas à voter contre la présence du « colonisateur » ? Certes, le président  Macron n’a pas osé réitérer explicitement le scandaleux propos tenu à Alger, en février 2017, sur « la colonisation, crime contre l’humanité », mais si la lettre n’y est pas, l’esprit s’y trouve. N’a-t-il pas affirmé que « le temps n’est plus à la possession unilatérale » ? Comme si la métropole « possédait » ce territoire et s’y comportait en propriétaire. La Nouvelle-Calédonie est française depuis 1853, avant le comté de Nice et la Savoie qui ont été rattachés à la France en 1860, et nul dans les allées du pouvoir ne prétend qu’il s’agit de « possessions » appelées à se libérer éventuellement.

Des observateurs indulgents suggèrent que, si le président n’a pas pris position en faveur du oui, c’est qu’il est acquis. En réalité le résultat d’un référendum est toujours aléatoire, l’histoire politique de notre pays l’atteste. Le Premier ministre lui-même, en mars, en évoquant la consultation, a déclaré que ce référendum est un « défi » qui n’est pas « sans risque ».

Par Guy Rouvrais le 07/05/2018

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