Ravier Marseille

Entretien avec Stéphane Ravier, sénateur FN et ancien maire du VIIème secteur de Marseille

Valeurs actuelles. Le récents événements survenus à Marseille font-ils de la ville une "no-go zone", une zone de non-droit où l'insécurité règne ?

Stéphane RavierJe ne dirai pas ça. Ce n'est pas qu'il y ait des zones de non-droit, mais un droit différent : celui des dealers, des délinquants et des trafiquants. Ce ne sont donc pas des zones de "non droit", puisqu'un droit est appliqué : celui des dealers de drogue, qui vérifient les identités, jugent de qui peut rentrer dans la cité ou non, vous dit quand il faut rester et quand il faut partir... Dans ces quartiers, la République n'existe plus.

Selon vous, qui sont les principaux responsables de cette situation ?

Il y a une expression qui dit, "responsable mais pas coupable". Mais la classe politique cumule les deux ! Elle a laissé faire, a nié les problèmes -en local comme en national ! Nous avons une municipalité qui dirige la ville depuis 23 ans, avec la même équipe, par le même maire, qui a été un temps vice-président du Sénat… Il a donc eu, par le passé, l’opportunité de saisir les ministres et acteurs nationaux sur le dossier marseillais. M. Gaudin est respecté et écouté, mais il a toujours été dans le déni, considérant qu’en tant que maire, la sécurité le ne concernait pas. En 2005 par exemple, lors des émeutes en banlieue parisienne, il estimait que tout allait bien à Marseille. Alors qu’évidemment, les dealers tenaient déjà les banlieues mais, pour ne pas gêner le business, l’agitation était mauvaise. L’armement de la police municipale a longtemps été refusé.

Il n’y a, selon vous, que cette explication ?

Non, le problème est également culturel, cela passe par la politique d’immigration. Il suffit d’écouter le président de la République et le problème des mâles blancs… Cela veut bien dire qu’outre le fait qu’il communautarise la société de notre pays, ça a « l’avantage » de montrer que j’avais raison à Marseille en dénonçant la politique d’immigration. La composante européenne de ces cités a pris la fuite, quand elle pouvait encore le faire. Une société multiculturelle est une société multi-conflictuelle.

Il y a vingt ans, nous avons eu tout un tapage idéologique sur la France « black blanc beur ». Vingt ans après, dans ces cités, c’est la France « shit, beuh et coke ». Le modèle n’est plus Zinedine Zidane mais Tony Montana.

Il y a-t-il des solutions d’urgences à apporter pour mettre fin aux violences ? Samia Ghali (sénatrice PS des Bouches-du-Rhône), par exemple, veut envoyer l’armée dans les cités…

Samia Ghali est devenue la coqueluche des medias parisien : c’est inversement proportionnel aux soutiens qu’elle reçoit des marseillais. Personne ne l’écoute à Marseille ! Elle fait partie de cette gauche qui a vomi la police, qui l’a attaquée et dénigrée. Il ne faut pas s’étonner que certains jeunes se laissent pousser des ailes… Que ferait l’armée dans des quartiers qu’elle ne connait pas ? La police arrête les dealers, mais la justice ne suit pas derrière. La police fait son boulot, mais la hiérarchie policière a la pression politique du refus d’une émeute, par exemple. Surtout pas de vagues !

Il faut également expulser les délinquants étrangers, il faut rétablir les frontières et s’attaquer à la politique d’immigration, qui importe chez nous des gens qui, pour certains, seront tentés de faire ces trafics où l’argent est facile.

Emmanuel Macron évoquait hier le « plan banlieue » ; surpris de ces déclarations ?

Macron fait du Macron, tout simplement. Il a été secrétaire général-adjoint de l’Elysée puis ministre de l’Economie. C’est un pur produit du système : il voudrait nous faire croire que cette vieille politique marcherait ? On va continuer à arroser les associations, à déplacer les familles à problème, leur proposer en priorité des stages et des propositions d’emplois… c’est dans la parfaite continuité de la politique de la ville, mais à la méthode Macron : "je critique une politique pour finalement en reprendre les principales dispositions". Macron, fidèle à sa ligne.

L'enfumage permanent.

Le 23/05/2018

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