Messiha Jean

Mercredi, Marine Le Pen a présenté son plan Le Pen pour les banlieues : les mesures indispensables au retour de la République dans tous les territoires ». Un texte dévoilé après le rapport Borloo et les annonces d'Emmanuel Macron. Pour instaurer « la sécurité dans la rue », « la discipline dans les écoles », la « répression des trafics », la « répression de l'islamisme » et l'« expulsion des immigrés illégaux », le plan prévoit 39 actions ultra-répressives, dont certaines balaient l'État de droit.

Malgré un enterrement en règle du rapport Borloo par Emmanuel Macron, il explique que la démarche du président « inscrit le gouvernement actuel dans la droite ligne de ceux qui l'ont précédé ». Le texte a été coordonné par Jean Messiha, devenu l'unique énarque du FN depuis le départ de Florian Philippot. Très critique, donc, à l'égard du rapport Borloo, il se défend de vouloir jouer la carte du tout-sécuritaire. Entretien.

Le Point : Comment avez-vous préparé ce plan Le Pen ?

Jean Messiha : En voyant arriver le plan Borloo déjà médiatisé depuis l'automne dernier, on subodorait, par rapport à sa carrière, les grandes lignes de ce qu'il allait proposer : des milliards d'euros. On a réfléchi pour proposer une alternative. Les plans se suivent et se ressemblent. Et l'évaluation des politiques dans les banlieues ne se fait, hélas, pas sur les résultats, comme les autres politiques, mais sur les milliards dépensés.

Mais le plan Borloo a été enterré

C'est encore pire. À quoi bon confier la rédaction de ce travail à un ancien ministre si c'est pour en arriver à la fin à son humiliation ? C'est la marque de fabrique de  Macron.

Qui vous a aidé pour préparer ce plan ?

J'ai eu une grande latitude. J'ai beaucoup lu, j'ai utilisé tout mon réseau de relations dans les administrations, les collectivités locales, et les plus grands spécialistes ont été mis à contribution.

Qui, par exemple ?

Des cadres supérieurs du public et du privé qui souhaitent garder l'anonymat.

Selon vous, Jean-Louis Borloo n'a pas pris en compte la sécurité. Mais ne tombez-vous pas dans l'excès inverse du tout-sécuritaire ?

Le plan que nous proposons doit être lu dans la perspective des autres mesures de notre projet présidentiel. Il faut réintégrer ces quartiers dans la République pour les faire bénéficier de toutes les politiques économiques du territoire. Ce qui empêche ces quartiers d'être dans la République, c'est le communautarisme islamiste et l'insécurité.

Vous annoncez la construction de commissariats et l'embauche de policiers. Mais comment financer ces mesures que vous ne chiffrez pas ?

Le chiffrage est en cours. On a su trouver des dizaines de milliards d'euros pour financer les banlieues. Je ne vois pas pourquoi on ne réussirait pas à trouver dix fois moins.

Sur quoi vous basez-vous pour dire que la police de proximité n'est pas efficace ?

La police de proximité fut une bonne idée dans les années 1990. Mais, à Marseilleune patrouille a été mise en joue par des types cagoulés. Les quartiers ont évolué. Désormais, la criminalité est enracinée et a changé de dimension. On parle de grand banditisme. Comme l'a dit Marine, « il n'y a pas de zones de non-droit, mais des zones d'un autre droit ».

Vous proposez un contrôle de l'enseignement, mais le Parlement vient d'adopter cette mesure

Le texte est trop récent pour qu'on en voir les effets. Mais s'ils font ce qu'ils disent, on ne peut que s'en réjouir. Quand ils font de bonnes choses, on ne va pas s'y opposer. Après, je connais ce gouvernement. Je reste sceptique sur l'efficacité de ces mesures.

Vous êtes pour une généralisation de la vidéoprotection. Ce procédé est très cher et plusieurs rapports mettent en doute son efficacité…

Ces rapports sont biaisés. La vidéo n'est qu'une technique, elle ne peut remplacer une politique. Si on met en place un outil sans politique, l'outil devient superfétatoire. Il faut mettre en place les moyens qui vont avec, à commencer par les moyens humains. On le prévoit dans le cadre d'une grande politique sécuritaire.

Vous souhaitez vérifier les titres de séjour des occupants des HLM. Pourtant, la fourniture d'un titre de séjour valide est déjà un prérequis pour avoir droit à un logement social...

On a des remontées de terrain. Beaucoup de cartes de séjour sont fausses. Les offices HLM n'ont pas les moyens de vérifier. Il y a aussi des gens qui font des demandes en bonne et due forme, mais dans le seul but de sous-louer ensuite à des clandestins.

Par Hugo Domenach le 25/05/2018

Le Point