Manufacture de Sèvres assiette

En ces heures de restrictions budgétaires, l'État a-t-il délibérément camouflé la note finale du nouveau service de Sèvres commandé par le couple Macron ?

C'est en tout cas l'avis du Canard enchaîné, qui décortique les chiffres avancés ce week-end par Le Journal du dimanche au sujet du service de table flambant neuf qui sera utilisé lors des dîners d'apparat de la République

Ce dernier évoquait 50 000 euros, mais cette somme servira principalement à rétribuer les artistes et les designers qui ont travaillé sur les motifs dans le cadre d'une commande publique. Il en faudra bien plus, estime l'hebdomadaire satirique, qui a fait ses calculs : 1 200 pièces, dont 900 assiettes de présentation et 300 assiettes à pain. Si on applique les tarifs de la Manufacture, qui peut vendre une assiette de 500 à 15 000 euros, la note s'annonce très salée. « La douloureuse devrait atteindre, voire dépasser, le demi-million d'euros », estime le Canard

Plutôt 200 euros l'assiette que 500

Un chiffre à revoir à la baisse, selon la directrice générale de la Cité de la céramique Sèvres et Limoges, qui supervise le projet. « On ne peut comparer les tarifs publics et les commandes de l'État, affirme Romane Sarfati. Nos artisans sont des fonctionnaires payés par l'État, la fabrication du service entre dans notre budget alloué par la République pour la sauvegarde d'un savoir-faire. Nous fabriquons chaque année des pièces, des services, des statues, des créations pour l'Élysée, Matignon et le ministère de la Culture ; certains sont facturés, elles se retrouvent dans ces établissements, les autres sont vendus au grand public. »

Selon nos informations, le prix de revient des assiettes avoisinerait plutôt les 200 euros pièce, même si ce chiffre mérite d'être encore affiné. Et la somme est déjà provisionnée dans les budgets de la Manufacture et dans ceux du ministère de la Culture.

Deux ans de fabrication

Concrètement, la livraison de la nouvelle vaisselle devrait prendre deux ans, mais trois cents pièces seront livrées dès la fin de l'année. L'artiste Evariste Richer, choisi par Brigitte Macron, a prévu de s'inspirer d'un plan du palais sous la IIIe République pour décorer les assiettes du service, baptisé « Bleu Élysée », un écho au fameuxbleu de Sèvres, si caractéristique de l'histoire de la Manufacture. Celle-ci a été créée sous Louis XV et développée sous l'impulsion de Mme de Pompadour, favorite du roi et mécène des arts français. L'idée était de soutenir la porcelaine française face à celle de Saxe et d'inciter l'aristocratie à s'équiper pour orner ses tables de réception. Chaque année, Louis XV prend même l'initiative d'exposer les nouvelles productions à Versailles

La Manufacture de Sèvres a servi tous les régimes politiques de France, la  royauté, l'Empire et la République, symbole d'un art de vivre à la française. Le dernier service avait été commandé par le couple Sarkozy, les Macron s'inscrivent dans la vieille tradition du mécénat publicLes uns crieront au gaspillage des deniers publics, les autres estimeront qu'il s'agit là d'un soutien à une industrie de luxe et d'un investissement inestimable.

Par Marc Fourny le 13/06/2018

Le Point