Aurélien Legrand RN

Tribune d’Aurélien Legrand, Secrétaire départemental du RN Paris, Conseiller régional d’Île-de-France du 11/09/2018

Emmanuel Macron n’a certes pas inventé l’hyperprésident, mais il en a considérablement renforcé l’héritage, jusqu’à devenir une sorte d’« omniprésident ». Celui par qui tout passe, qui décide de tout, oriente chaque chose. Nous n’allons pas nous intéresser ici au volet hypermondialiste et ultra-libéral de sa politique, mais bien à sa vision du pouvoir en lui-même et à la menace qu’elle représente pour la nature même de la République.

En effet, de scandales en cafouillages, en passant par les ballons d’essai, ce qui peut sembler au premier abord une succession d’initiatives disparates relève d’une finalité politique très claire et d’une vision du pouvoir parfaitement définie par Emmanuel Macron. Son omniprésidence lui permettant un contrôle absolu de l’appareil et l’installation progressive d’une autocratie typique, passant par un exercice très personnel du pouvoir, le musèlement de l’opposition et le contrôle de l’opinion publique.

L’exercice du pouvoir

Héritier de l’hyperprésidentialisation de la République esquissée par N. Sarkozy, E. Macron pousse la logique à son paroxysme. Là où le président « Les Républicains » s’était contenté d’un Premier ministre inexistant, Macron élargit le concept aux ministres potiches. Peu de politiques, d’illustres inconnus, les ministres de la macronie sont les plus transparents de la Ve République. Ils ne sont pas destinés prendre la lumière, apanage unique du Président, et encore moins à prendre des décisions, mais uniquement à servir de paravent et de fusibles. Une évidence largement confirmée par les épanchements de Nicolas Hulot à l’occasion de sa récente démission, constatant son impuissance en tant que ministre, les décisions étant prises « au château », c’est-à-dire à l’Élysée. Le gouvernement n’est donc qu’un affichage institutionnel, la réalité du pouvoir étant exercée ailleurs.

Ce qui amène nécessairement et logiquement à la mise en place d’un état dans l’État, une forme de gouvernement parallèle, le vrai, autour du Président, là où se prennent toutes les décisions. C’est ce que nous révèle finalement en partie l’affaire Benalla : entre barbouzerie et cabinet occulte, à première vue dans l’ignorance totale des institutions officielles, se tenait proche de Macron un succédané de ministère de l’Intérieur. Celui-là a fini par se voir, pour combien d’autres qui restent plus discrets ?

L’omniprésident contrôle donc l’intégralité de la chaîne du pouvoir, laissant les institutions officielles faire office de façades, quand les décisions sont prises par un cercle de conseillers plus ou moins occultes, autour d’un chef tout puissant.

Museler l’opposition

Pour que l’exercice du pouvoir soit absolu, il faut maîtriser l’opposition politique, les autres… En effet, la question interne est réglée, la majorité « En Marche » étant limitée à une simple chambre d’enregistrement, dans la pure tradition d’un Soviet suprême des meilleures années, comme l’ont montré les quelques remous vite maîtrisés à l’occasion de l’adoption du projet de loi Asile et Immigration ou la désignation du remplaçant de de Rugy au perchoir.

Reste la question de l’opposition. Les traditionnels « partis de gouvernement » ont été maîtrisés rapidement. Le PS n’est plus qu’un fantôme et LR s’est déjà largement dissout parmi les marcheurs, ce qu’il en reste encore n’ayant probablement pas longtemps à attendre avant l’implosion. Pour autant, mieux vaut s’assurer définitivement que les velléités de désaccord restantes ne puissent s’exprimer librement et faire de l’ombre aux entreprises de communication bien huilées de l’exécutif. On arrive ici à la tentative, plusieurs fois remise sur la table, de limiter le droit d’amendement des textes législatifs. Également, à la stratégie d’épuisement des parlementaires. Le rythme infernal leur étant imposé étant avant tout préjudiciable à l’opposition, son travail de critique étant nécessairement plus complexe quand les représentants de la majorité n’ont qu’à lever la main pour approuver en bloc.

Reste malgré tout une opposition qui, elle, ne lâchera pas, l’opposition de conviction, incarnée par les députés du Rassemblement National. Une voix qui dérange, car elle n’est pas contrôlable. Il faut donc que le pouvoir s’en débarrasse pour pouvoir régner sans partage et sans risque. On en arrive à la logique des persécutions judiciaires en série dont est victime notre mouvement, et à la tentative d’asphyxie financière à laquelle nous sommes confrontés par une action conjointe des juges et des banques.

Autre aspect, le climat de plomb qui s’est abattu sur la haute fonction publique depuis l’élection d’E. Macron. Alors que la sympathie de hauts fonctionnaires réellement soucieux de la France pour notre mouvement allait grandissante, le pouvoir a pris soin de faire savoir qu’il ne saurait plus en être question pour quiconque aspire à une carrière. Des circulaires interdisent désormais clairement tout engagement politique et toute publication dans certaines institutions, et des conversations privées « bienveillantes » sont organisées par les chefs de service en direction des potentiels suspects de sympathie oppositionnelle, particulièrement au sein des jeunes fonctionnaires en début de carrière.

Macron utilise donc les leviers du pouvoir pour contrôler toute forme d’opposition politique, usant du levier législatif ou réglementaire pour maîtriser les plus faibles, détournant les moyens de la justice et de la finance pour tenter de faire taire les plus résolus. La finalité reste toujours la même, le contrôle de l’État par un parti unique, le sien.

Maîtriser l’opinion

Pour que le contrôle soit total, minimiser les incidents « populaires » et maîtriser le mécontentement, il faut également avoir la main sur la fabrique de l’opinion publique. Cela passe avant tout, bien entendu, par le contrôle de leur principal déterminant : le système médiatique. La concentration de la quasi-intégralité du système médiatique français entre les mains de quelques milliardaires proches du pouvoir facilite grandement les choses. La cooptation et l’autocensure des salles de rédaction faisant le reste.

Mais cela n’est pas suffisant, il reste en effet toujours quelques médias alternatifs indépendants, et surtout l’immense espace de liberté d’internet. C’est précisément là qu’intervient la loi sur les « Fake news », ni plus ni moins un instrument de censure politique qui s’en cache à peine. La justice, dont on connaît l’indépendance, et le parlement, dont on sait la servilité, étant à même de définir ce qui est vrai de ce qui ne l’est pas, et donc ce que l’on est autorisé à dire (comprendre : à penser) ou pas. Aux récalcitrants, aux déviants intellectuels, la sanction et la criminalisation, doublées dans la plupart des cas d’une mort sociale. D’Orwell au KGB, le modèle est connu.

Le système ne serait pas complet si ce contrôle des idées n’était complété par un indispensable culte de la personnalité. On pense bien entendu à la mise en scène permanente du couple présidentiel, avec une complicité médiatique évidente. Mais cela va plus loin, on trouve ainsi dans certaines boutiques parisiennes des boules à neige à l’effigie d’E. Macron, et l’Élysée a déposé sa propre marque pour pouvoir commercialiser des objets promotionnels en direct de la présidence.

A un début de culte de la personnalité s’adjoint donc une évidente volonté de contrôle de l’information et partant, de l’opinion. Là encore il s’agit de réduire les oppositions et de garantir un exercice absolu et sans partage du pouvoir, dans une soumission populaire évidente.

Résumons donc :

Une chaîne du pouvoir maîtrisée dans son intégralité, la réalité des décisions étant prises en dehors des cadres institutionnels habituels par un état dans l’État au caractère plus ou moins occulte. Un parlement réduit à une simple chambre d’enregistrement, où l’opposition est privée de tout droit d’expression et où les plus résolus sont harcelés par le détournement de la machine judiciaire pour ne laisser place qu’à la voix d’un parti quasi unique. Une opinion publique maîtrisée par le contrôle de l’information, la criminalisation des opinions dissidentes, et l’entretien d’une forme de culte de la personnalité du dirigeant. Voilà le tableau, il s’agit de la définition même de l’autocratie.

L’ensemble du dispositif n’est pas encore en place, les rebuffades ou les cafouillages ont retardé certains projets, d’autres ont été éventés, mais le fait est que si l’agenda jupitérien n’avait pas été perturbé, nous avons bien là dessiné sous nos yeux toute la cohérence de l’enchainement de mesures et de pratiques mises en place ou projetées par Emmanuel Macron dans l’exercice de son pouvoir.

Un constat inquiétant quand on comprend la cohérence de l’ensemble et qu’apparaît clairement le caractère autocratique de sa conception du pouvoir et sa détermination à l’imposer en France, à rebours de nos traditions et de l’esprit de la République française. Au-delà des considérations économiques et identitaires, le principe même du pouvoir du peuple, pour le peuple et par le peuple n’a jamais été aussi menacé et il n’a jamais été aussi urgent de le faire savoir et de le dénoncer, la méthode étant plus sournoise et la mise en place plus progressive que pour les grandes réformes phares déjà engagées, mais la finalité en étant in fine tout aussi dangereuse pour la France.

Rassemblement National