Europeennes 2019

Le scrutin qui se profile dans moins de neuf mois se résumera-t-il à un duel au sommet entre les macronistes et les partisans de Marine Le Pen? La revanche du second tour de la présidentielle? C'est en tout cas la tendance qui ressort du sondage Odoxa Dentsu Consulting, pour Le Figaro et France Info. Avec 21,5 % des intentions de vote, La République en marche (LaREM) et le Rassemblement national (ex FN, 21 %) sont à touche-touche. Les autres listes sont distancées. À commencer par celle des Républicains, qui avec 14 % des suffrages est décrochée. C'est presque moitié moins qu'aux dernières européennes, où le parti de droite avait enregistré 27 % des voix. De son côté, le PS continue sa chute vertigineuse. Sa liste est donnée à 4,5 %. Soit, dans le même étiage que les écologistes (5 %) et les amis de Benoît Hamon (4,5 %).

Les partis traditionnels peinent donc à retrouver de l'oxygène. Ils n'arrivent pas à tirer profit des difficultés du macronisme, en repli continu depuis plusieurs semaines.

Plus surprenant: La France insoumise (12,5 %) ne capitalise pas sur l'été catastrophique de l'exécutif, malgré une forte présence médiatique de Jean-Luc Mélenchon. À l'inverse, Marine Le Pen, assez peu présente en cette rentrée politique et embourbée dans les difficultés économiques de son parti, fait mieux que résister. Elle gagne le match sur la droite de la droite: Debout la France (DLF) de Nicolas Dupont-Aignan est donné à 6 % des voix et les Patriotes de Florian Philippot à 1,5 %. Le mano a mano LaREM-RN valide, en tout cas, la stratégie d'Emmanuel Macron, consistant à polariser le débat autour d'un affrontement entre proeuropéens et eurosceptiques, entre «progressistes» et «conservateurs». En imposant cette dualité, la majorité prend en étau le parti de Laurent Wauquiez, dont les eurodéputés n'ont pas réussi à trouver une ligne commune, cette semaine, sur la Hongrie du premier ministre Viktor Orban. Certains ont voté pour l'activation de l'article 7 du traité de l'UE, ouvrant la voie à d'éventuelles sanctions (Tokia Saïfi, Alain Lamassoure, Jérôme Lavrilleux), d'autres contre (Nadine Morano). Plusieurs élus ont opté pour l'abstention (Michèle Alliot-Marie, Arnaud Danjean, Rachida Dati, Geoffroy Didier, Brice Hortefeux).

Trouver le bon leader

Des divergences, dont se délectent les proches d'Emmanuel Macron, qui prédisent l'éclatement du PPE, la formation conservatrice au Parlement européen. «Les partis nationaux qui composent le PPE ne sont pas alignés idéologiquement, commente un conseiller d'Emmanuel MacronIl y a un fossé entre la chancelière allemande Angela Merkel et ViKtor Orban».

Problème: pour porter cette recomposition politique, les macronistes n'ont toujours pas trouvé l'oiseau rare. Des noms circulent, dont celui de Daniel Cohn-Bendit.

La désignation du leader de Mai 68 pourrait être une solution. Elle est perçue comme une bonne idée par 55 % des sympathisants de LaREM, par les deux tiers des sympathisants écologistes et par près d'un sympathisant PS sur deux. Sa candidature pourrait mordre sur la gauche, mais faire perdre des voix à droite. «Cela fait quelque temps qu'on travaille à cette hypothèse, explique un proche du chef de l'État. Ce n'est pas un scénario en l'air. Mais c'est une personnalité qui est torturée par un dilemme entre vouloir faire et conserver sa liberté. Avec Cohn-Bendit, il y a une part de risque comme avec Nicolas Hulot. Enfin, incarne-t-il vraiment ce qu'on est?» Pour autant, sa candidature a du mal à passer auprès des Français qui, selon notre sondage, sont 65 % à penser qu'elle serait un mauvais choix.

Au-delà de l'incarnation, se pose la question du périmètre. Jusqu'où tendre la main pour réunir les proeuropéens? François Bayrou souhaite que la liste soit essentiellement composée de LaREM et de MoDem. Mais à l'UDI comme chez Agir, certains veulent participer à l'aventure d'une liste élargie.

Il reste encore quelques semaines au président pour trancher ce point et lester son bilan en matière européenne, encore fragile: refus par le Parlement européen des listes transnationales chères à Emmanuel Macron, avancée encore embryonnaire sur le budget de la zone euro et surtout difficulté de la France à prendre le leadership sur la crise migratoire. Un thème qui sera au centre de la campagne des européennes.

Selon le sondage Odoxa-Dentsu Consulting, l'immigration arrive en seconde position dans les sujets qui détermineront le vote des Français. Juste après la question du pouvoir d'achat.

Par Marcelo Weisfreid le 14/09/2018

Le Figaro