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Tribune de Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout La France du 04/10/2018

Dans l’histoire des régimes politiques de notre pays, ce 4 octobre 2018 est à la fois un jour sombre et un jour d’espoir.

Un jour sombre parce que notre classe dirigeante a détruit l’édifice de cette Constitution pour revenir à l’impuissance et priver les Français du droit à une véritable démocratie.

La Constitution de la Vème République poursuivait deux objectifs : mettre fin à l’impuissance gouvernementale et permettre aux citoyens de définir réellement la politique de la nation par des votes décisifs. La fin de l’instabilité parlementaire avec ses gouvernements de quelques semaines était un moyen d’atteindre ce double objectif. L’idéal était de soumettre aux citoyens les grandes décisions (par le référendum), de leur faire choisir l’orientation politique du pays (par l’élection du Président doté d’un véritable pouvoir) et de garantir la séparation des pouvoirs (en limitant le pouvoir des instances non élues).

60 ans après, l’hommage à la Constitution de la Vème République par la classe dirigeante actuelle est l’hommage rendu à un défunt par ses assassins.

Les résultats de référendum sont ignorés, comme lors de l’adoption de la Constitution européenne en 2008 malgré le « non » français en 2005. Nos dirigeants se vantent même de ne plus organiser de référendum, comme si le summum de la démocratie était de retirer le pouvoir (« kratos ») au peuple (« démos »).

Certes, on élit toujours le Président de la République et les députés – de la même manière qu’à l’époque de la Rome impériale le peuple continuait à élire les consuls et autres magistrats, même si tout le monde savait que le véritable pouvoir était ailleurs. Les décisions essentielles sont désormais prises par une oligarchie aussi médiocre qu’arrogante de fonctionnaires européens et de juges hors sol, qui imposent aux citoyens leurs préférences idéologiques.

Le budget est décidé à Bruxelles par les fonctionnaires et commissaires dont la gestion a fait régresser le PIB de la Grèce davantage que pendant la Seconde guerre mondiale et fait de la zone euro la région du monde où la croissance est la plus faible

Des juges non élus inventent des règles imaginaires pour interdire aux gouvernements et aux parlements élus de mettre en œuvre le programme choisi par les citoyens. Cet été, le Conseil constitutionnel a inventé un « principe de fraternité » pour faciliter l’assistance à l’immigration illégale de masse. On voit même le tristement célèbre Syndicat de la magistrature se vanter de ne pas appliquer les lois des majorités qui lui déplaisent. Et chaque année, les juges européens inventent de nouvelles règles pour interdire de renvoyer les immigrés illégaux ou de pourchasser les terroristes qui veulent détruire nos démocraties.

Et comme le prophétisait Jacques Delors dans les années 1990, 80% des normes sont désormais d’origine européenne, c’est-à-dire non démocratiques. Un exemple : on peut approuver ou désapprouver la politique du gouvernement actuel mais on ne peut pas présenter la suppression du droit de vote des Hongrois dans l’Union européenne comme un progrès pour la démocratie. Et le président actuel de la Commission de Bruxelles a déclaré: « il n’y a pas de choix démocratique possible contre les traités européens ».

De même que la France a changé ces dernières décennies en gardant le même nom, la Vème République a changé de contenu sans changer de numéro, en devenant parfois méconnaissable tant ses principes ont été bafoués.

Mais un nouvel espoir renaît, car partout en Occident les peuples se dressent pour rétablir la démocratie.

Les Français sont de plus en plus conscients que la disparition de la démocratie réelle ne porte pas seulement atteinte aux libertés politiques et menace en réalité l’avenir de notre pays en abandonnant sa direction à une caste irresponsable et soumise dont l’incompétence n’est plus à démontrer. Notre pays est malheureusement en retard sur le printemps des peuples que connaissent déjà nos voisins mais les Français sont prêts à abandonner ceux qui ont perverti la Vème République de la même manière qu’ils étaient prêts en 1957 à abandonner ceux qui dirigeaient la IVème République.

Il existe deux façons de rendre hommage à la grande idée qu’est la Constitution du 4 octobre 1958 : la première est de porter des couronnes et de faire des discours, la seconde est d’agir pour la mettre en application. Le véritable hommage à rendre aux fondateurs de la Vème République n’est pas de présenter leur œuvre comme une pièce de musée mais de la perpétuer et de la ressusciter dans ce qu’elle a de meilleur : le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

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