Macron 3

 

L'auteur ou les auteurs du présent article ne sont en rien membres d'un mouvement de la famille politique "souverainiste", "identitaire", "patriote" -à la connaissance du BYR- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici

Boulevard Voltaire

Par Bruno Guillard le 07/10/2018

Emmanuel Macron a profité de l’occasion offerte par le soixantième anniversaire de la Constitution de la Ve République pour se glisser dans l’uniforme beaucoup trop grand et inadapté de l’homme du 18 juin 1940. Il est vrai que plusieurs de ces prédécesseurs se sont livrés avant lui à de telles grossières tentatives de récupération.

Pour de Gaulle, les Français, tous les Français, étaient d’abord les enfants d’un « vieux pays » plus que millénaire, dont Macron a dit récemment qu’il n’avait pas de culture propre. Selon Jean Touchard, « le gaullisme du général de Gaulle est un nationalisme ». Macron le progressiste s’oppose, quant à lui, aux nationalistes, comme il le claironne depuis quelques semaines. Pour le fondateur de la Ve République, la souveraineté du « vieux pays » n’était pas négociable et ses frontières étaient intangibles, tandis que son successeur plaide pour une souveraineté européenne et se préoccupe des frontières comme d’une guigne.

Le général de Gaulle a accordé l’indépendance aux Algériens parce qu’il avait bien compris qu’il serait impossible d’assimiler dix millions d’Algériens qui deviendraient vingt puis quarante (5 mars 1959 – propos rapporté par Alain Peyrefitte). Pour lui, il était évident que le peuple français était « un peuple de race blanche, de culture grecque et latine, et de religion chrétienne » et que s’il pouvait intégrer des étrangers, ce ne pouvait être qu’à dose homéopathique. Le 12 juin 1945, il écrivait, dans une lettre d’orientation adressée à Pierre-Henri Teitgen : « Sur le plan ethnique, limiter l’afflux des Méditerranéens et des Orientaux qui depuis un demi-siècle ont profondément modifié la structure humaine de la France. Sans aller jusqu’à utiliser comme aux États-Unis un système rigide de quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Luxembourgeois, Hollandais, Suisses, Danois, Scandinaves, Islandais, Anglais, Allemands, etc.). »
 
Selon son fils Philippe (Entretiens avec Michel Tauriac, 2004), le général de Gaulle serait entré dans une « colère noire » quand il apprit que le préambule de la Constitution « faisait référence aux Constitutions antérieures de 1946, 1848, 1791 ou 1793 »« Michel Debré », pestait le Général, « s’est laissé avoir par les juristes qui grenouillent autour de lui […]. Alors maintenant, à partir de ce préambule, ils vont tous bêtifier sur les droits de l’hommisme. » Ce préambule renvoie à la très libérale Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, ce qui déplaisait clairement au Général.

Il s’opposait à la « création d’un super État européen, un État artificiel qui ne peut être qu’oppressif […] pour la France » (Mémoires d’espoir, tome II) parce que « l’Europe n’est pas une nation ». Il aurait exécré le projet post-national, cher à Macron : « À quelle profondeur d’illusion ou de parti pris faudrait-il plonger, en effet, pour croire que des nations européennes, forgées au long des siècles par des efforts et des douleurs sans nombre, ayant chacune sa géographie, son histoire, sa langue, ses traditions, ses institutions, pourraient cesser d’être elles-mêmes et n’en plus former qu’une seule ? » (Mémoires d’espoir).

Néanmoins, il était favorable au rapprochement de tous les peuples d’Europe : « Je crois donc qu’à présent, non plus qu’à d’autres époques, l’union de l’Europe ne saurait être la fusion des peuples, mais qu’elle peut et doit résulter de leur systématique rapprochement », et il imaginait, non pas l’effacement des nations mais leur étroite association au sein d’une confédération : « Sur la base de cette alliance, il faut bâtir une Confédération, c’est-à-dire un organisme commun auquel les divers États, sans perdre leur corps, leur âme, leur figure, délèguent une part de leur souveraineté en matière stratégique, économique, culturelle. » Il fut, en quelque sorte, un précurseur des partisans « populistes » d’une « Europe des nations ».

On pourrait évoquer, aussi, ses idées concernant le Conseil constitutionnel (« En France, la Cour suprême, c’est le peuple ») ou l’usage du référendum… toutes opposées à celles de la doctrine libérale chère à Macron.