Tireur d'élite

Par Cyril Giraud, Délégué du SIEL 79 - Responsable national chargé des questions militaires le 25/09/2018

Par appel d'offre du 18 août 2018 la Direction Générale de l'Armement (DGA) a lancé un énième débat sur la place de l'industrie de défense dans notre pays. Le marché concerne la fourniture de 2.600 fusils de précision semi-automatique de calibre 7,62 mm OTAN, 1.800 modules IL (intensificateur de lumière), 1.000 modules IR (infrarouge) et 6.300.000 munitions de 7,62 x 51 mm pour moitié perforante, pour moitié de précision. Ces fusils de précision sont destinés à remplacer le FR-F2, en service depuis 1986 qui était produit par la défunte Manufacture d'Armes de Saint-Étienne et constituait l'ultime variante du MAS-36. 

Il n'y a guère lieu de s'étendre sur le cahier des charges exigés pour le fournisseur (chiffre d'affaire annuel égal ou supérieur à 50 millions d'euros, implantation des moyens de production sur le territoire de l'union européenne depuis au minimum trois ans) qui écarte de facto tout producteur français à l'instar de ce qui s'était déjà produit pour le remplacement du Famas... On peut presque dire que l'appel d'offres est tronqué d'avance en faveur du fournisseur allemand Heckler & Koch qui propose son HK-417. Ce fusil présente l'indéniable avantage de partager de nombreux éléments dans son architecture avec le HK-416 déjà retenu pour le remplacement du Famas. En outre il a déjà été retenu par la Bundeswehr et l'US Army... aucune raison que notre soumission à l'OTAN s’arrête en si bon chemin...

Les deux autres concurrents sont le belge FN Herstal qui propose le FN SCAR SSR et le français Verney-Carron avec son VCD-10. Ce dernier ne répond pas à l'exigence de chiffre d'affaire minimal exigé par le droit européen et l'écarte de facto. 

D'un point de vue plus opérationnel je m'interroge sur le choix fait pour notre armée d'un fusil de précision semi-automatique en 7,62 OTAN... Pourquoi un fusil semi-automatique alors que celui-ci est moins précis qu'un fusil à verrou si ce n'est pour interdire de compétition un autre concurrent français éventuel comme PGM Précision qui aurait pu proposer son remarquable modèle Ultimate Ratio chambré pour cette munition ? Lui aussi n'a cependant qu'un chiffre d'affaire bien inférieur aux exigences européennes... Pourquoi du 7,62 OTAN alors que l'allongement des distances de tir constaté en Afghanistan aurait du militer pour une munition plus puissante ? L'USMC ne s'y est pas trompé et a fait le choix, en mai dernier, de remplacer son M40 en 7,62 OTAN par le Mk 13 mod 7, un fusil à verrou tirant des munitions de .300 Winchester magnum. En restant français le Mini-Hécate de PGM en .338 Lapua Mag eut été plus logique. 

Le tireur de précision est censé apporter l'allonge manquant au groupe de combat en appliquant des feux jusqu'à 800 mètres alors que le tireur d'élite peut tirer entre 500 et 1.800 mètres avec son FR 12,7. Dans la zone couverte par les deux armes les objectifs doivent être prioritairement traités par le tireur de précision (INF 207 – Manuel d'emploi des tireurs d'élite des régiments d'infanterie, édition 2000). Avec ce choix du 7,62 OTAN je crains fort que notre infanterie continue de manquer d'allonge ou fasse le choix délibéré de privilégier le tireur d'élite sur le tireur de précision pour apporter cette allonge... 

Au final cet appel d'offre ne fait que poursuivre l'action gouvernementale et européenne de destruction de notre industrie de défense au profit de la concurrence étrangère. Oui il existe toujours une tradition armurière en France, mais cantonnée a des niches très spécifiques ne visant que quelques spécialistes et non l'équipement de notre armée dans son ensemble. Il est affligeant de constater que la sacro-sainte Union Européenne a plus d'importance pour nos dirigeants que l'industrie française mise à mal chaque jour d'avantage !

Souveraineté, identité et libertés