Merkel Seehoffer

Les conséquences de l'élection régionale qui se tient dimanche en Bavière dépassent cette année les frontières de ce riche land allemand. Après une succession de crises gouvernementalesAngela Merkel et les conservateurs redoutent une déroute qui pourrait fragiliser encore un peu la chancelière. D'autant plus que dans deux semaines, une autre élection au résultat incertain se tient en Hesse. Consciente des enjeux, Angela Merkel a rappelé ses troupes à l'ordre : "Nous sommes à quelques jours d'élections régionales très très importantes en Bavière et en Hesse, et c'est pour cela que je veux appeler tout le monde [...] à s'adresser désormais aux électeurs et à cesser les chamailleries".

Après les élections de septembre dernier, la chancelière, confrontée aux conséquences politiques de sa décision en 2015 d'ouvrir l'Allemagne à plus d'un million de demandeurs d'asile, a mis près de six mois à constituer une coalition. Puis des dissensions ont fait surface avec l'allié conservateur bavarois (CSU), le ministre de l'Intérieur Horst Seehofer risquant par deux fois de faire tomber le gouvernement pour infléchir la position de la chancelière sur la question migratoire et regagner du terrain sur l'extrême-droite en vue des élections de dimanche.

La CSU, premier partenaire de Merkel, potentiellement affaiblie

"La CSU a dû amorcer un virage à droite pour essayer de récupérer des électeurs qui se tournaient vers l'AfD", explique à l'AFP Sudha David-Wilp, experte politique au German Marshall Fund. Mais les sondages récents montrent que cette stratégie ne semble pas convaincre les électeurs.

Les plus modérés d'entre eux auraient déjà déserté pour soutenir les Verts, qui peuvent rêver d'un score honorable. La CSU est ainsi tombée à 33-35% des intentions de vote, un plus bas historique synonyme de perte de la majorité absolue que le parti détenait de façon quasiment ininterrompue depuis 50 ans.

Le candidat de l'AfD Wilfried Biedermann attend lui aussi son heure. La Bavière est l'un des deux derniers Länder, sur seize, où le parti d'extrême-droite n'est pas encore représenté au Parlement régional. "Notre grand opposant, c'est la CSU, parce qu'ils se sont emparés de nos thèmes et sont alliés du gouvernement à Berlin", déclarait lors d'un meeting Michael Gross, membre du parti.

Le SPD, allié de Merkel au gouvernement, au plus bas

En Hesse, la CDU ne fait pas mieux dans les enquêtes d'opinion et elle pourrait donc connaître à son tour un important revers fin octobre. Là aussi, les Verts et l'AfD profitent des difficultés des partis qui composent la coalition (CDU, CSU et SPD). Alors que des interrogations se répandent depuis plusieurs mois chez les sociaux-démocrates sur la nécessité de rester au pouvoir, le parti devrait connaître des résultats très compliqués ce week-end et à la fin du mois.

Wolfgang Schäuble, président de la Chambre des députés et cadre historique du parti, a même évoqué une sortie de la coalition comme moyen pour se régénérer. "Si le SPD n'en peut plus un jour, le monde ne va pas s'écrouler pour autant [...] Je pense que nous arriverons à avoir un exécutif stable avec un gouvernement minoritaire", a-t-il déclaré cette semaine dans une interview au quotidien Bild.

L'avenir de la chancelière en suspens

"C'est le crépuscule du pouvoir de Merkel en Allemagne et la CDU/CSU va devoir réfléchir au type d'alliance qu'elle veut pour rester au pouvoir", résume auprès de l'AFP Sudha David-Wilp. Le mois dernier, la chancelière a vu le candidat qu'elle soutenait pour la présidence du groupe parlementaire se faire battre.

Si les mauvais résultats en Bavière puis en Hesse se confirment, la question de la succession de la chancelière allemande (dont le mandat se termine en 2021) pourrait devenir incontournable. "Il ne peut plus y avoir de doute, il faut changer de méthode", estime dans l'hebdomadaire Der Spiegel l'influent député chrétien-démocrate Norbert Röttgen, évoquant "le désir de changement" parmi les siens. En décembre, Angela Merkel sera confrontée à un vote des militants pour conserver la présidence de son parti. Un scrutin qui sera "déterminant", selon Norbert Röttgen.

Par Thomas Liabot le 12/10/2018

JDD