Mushikiwabo

Tribune libre de Dominique Bilde, Député français RN au Parlement Européen du 16/10/2018

Elle est volontiers anglophone, exècre la France et tout ce qui est français. Si l’on ajoute à cela un niveau de maîtrise de notre langue qui, selon l’analyste politique sénégalais Babacar Justin Ndiaye, « sidérerait l’Académie française », c’est donc peu de dire que rien ne prédestinait le ministre des Affaires étrangères rwandais Louise Mushikiwabo à ceindre l’écharpe de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (« OIF »).

Et pourtant : confirmant que tout est décidément possible en Macronie, Louise Mushikiwabo a été ce 12 octobre officiellement investie à la tête de l’OIF, évinçant sa rivale et actuelle titulaire de cette haute fonction, Michaëlle Jean. Du reste, il ne s’agissait plus là que d’une simple formalité, la décision ayant été entérinée dès juillet par l’Union africaine, et ce en dépit des relations en dents de scie du Rwanda avec le monde francophone – et avec la France en particulier.

Depuis la consécration de l’anglais comme langue officielle en 2003, le Rwanda s’est en effet lancé dans une politique d’anglicisation à marche forcée, des écoles où la langue de Shakespeare a été substituée à celle de Molière en 2010 aux actes officiels du pays, en passant par l’adhésion au Commonwealth en 2009 de l’ancienne colonie belge. « L’anglais est une langue avec laquelle on va plus loin que le français. Au Rwanda, le français ne va nulle part », opinait en 2011 Louise Mushikiwabo, qui ne mâchait à l’époque pas ses mots à l’encontre d’une France accusée de tous les maux.

Rompues entre 2006 et 2009, les relations diplomatiques entre la France et le Rwanda avaient alors trouvé quant à elles une illustration éloquente dans la démolition au bulldozer en juillet 2014 de l’Institut français de Kigali. Quant à l’implication du pays au sein de la Francophonie, elle a laissé tout autant à désirer : affectant de s’exprimer systématiquement en anglais, l’indétrônable Président rwandais Paul Kagame a par ailleurs accumulé les arriérés de paiements entre 2015 et 2018 sur une cotisation annuelle pourtant dérisoire (30 000 euros).

A l’heure où des projections démographiques tablent sur un essor du français grâce à l’insolente démographie africaine, la France n’a donc rien trouvé de mieux qu’insulter symboliquement l’Afrique véritablement francophone, en donnant son blanc-seing au chantre de l’« anglosphère ». En République démocratique du Congo, on s’explique ainsi particulièrement mal l’absence d’un candidat national, alors que la capitale du pays Kinshasa a récemment détrôné Paris comme plus grande ville francophone au monde.

Du reste, cette décision aberrante est symptomatique d’une Francophonie en déshérence qui, à l’issue de son XVIIème congrès tenu à Erevan, semble désormais s’apparenter à une « ONU du pauvre », attirant des candidatures aussi cocasses que celles de l’Arabie saoudite (retirée à la dernière minute) ou du Kosovo, et délaissant sa mission première de promotion de la langue française dans une Afrique qui en a plus que jamais besoin.

Comment pourrait-il toutefois en être autrement sous la houlette d’un Président qui émaille désormais chacune de ses interventions à l’étranger -par ailleurs parsemées d’anglicismes- par des insultes à peine voilées à l’encontre du peuple qui l’a porté au pouvoir ?

A l’heure où la langue française accuse un recul préoccupant du Québec à l’Algérie, Emmanuel Macron commet par son absence de vision à long terme une erreur historique qui aura tôt fait d’en faire son fossoyeur.

Rassemblement National