Bavière Parlement

L'auteur ou les auteurs du présent article ne sont en rien membres d'un mouvement de la famille politique "souverainiste", "identitaire", "patriote" -à la connaissance du BYR- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici

L'Incorrect

Par Thierry Buron le 14/10/2018

La spécificité de la Bavière s’était manifestée dès le début de la RFA, car elle fut le seul Land à voter en 1949 contre la constitution fédérale qu’elle jugeait encore trop centralisatrice. Comme la Saxe, la Bavière a un long passé de conflit avec la Prusse, qu’elle a combattue avec l’Autriche en 1866. Un État national centralisé par les Allemands du Nord lui fait horreur en dépit de la diffusion du sentiment national allemand depuis la guerre de 1870 et des deux guerres mondiales.

Par ailleurs, l’arrivée d’1,8 million d’Allemands des Sudètes et de Silésie n’est rien par rapport à la question migratoire contemporaine qui secoue l’attachement des Bavarois à leur petite patrie (Heimat) et aux valeurs chrétiennes. La croix est revendiquée comme un symbole bavarois et le conservatisme reste le fondement moral de la majorité de la population.

Modernité et tradition

Une deuxième caractéristique de la Bavière est son poids économique et sa prospérité. La Bavière est un peu à l’Allemagne ce que l’Allemagne est à l’Europe. C’est le plus grand État-région du pays (avec ses frontières de 1815 moins le Palatinat de la rive gauche du Rhin), et le deuxième par sa population (13 millions, après la Rhénanie du Nord-Westphalie qui n’a pas d’identité historique). C’est seulement depuis 1945 que la Bavière rurale s’est industrialisée, ce qui lui a évité les ravages de l’industrialisation du XIXe . Elle est le Land de l’industrie automobile (BMW, Audi), de l’aéronautique, de l’armement, de l’électronique, des médias. Les grandes firmes côtoient les PME. Son taux de chômage est le plus bas d’Allemagne (2,7 %). Elle attire des touristes de tous les pays, par ses paysages, les châteaux fantasmagoriques du roi Louis II, ses brasseries à musique, l’Oktoberfest, les dirndl et les lederhosen. Munich est réputée figurer parmi les villes du monde les plus agréables à vivre et les prix de l’immobilier grimpent. Les Bavarois en sont conscients. Leur pays est un champion de l’efficacité, le plus bel endroit du monde, un « super-paradis ».

La Bavière à Berlin

La CSU (Union Chrétienne Sociale) se dit conservatrice au plan sociétal, libérale au plan économique et se réclame des valeurs chrétiennes. Le parti est bi-confessionnel, Horst Seehofer est catholique, le ministre-président Markus Söder est protestant. La CSU est à droite de la CDU et les joutes entrel a chancelière et son ministre de l’Intérieur Seehofer sur la question migratoire ont renforcé cette impression. Pour Seehofer « la question migratoire est la mère (« Mutter ») de tous les problèmes politiques ». À quoi « Mutti » (comme on appelait souvent Merkel avant la crise migratoire) a répondu que le défi avait aussi produit des succès. En juin, une crise gouvernementale, sur le refoulement des demandeurs d’asile enregistrés dans un autre pays, s’est terminée par un compromis ambigu. Seehofer a montré les muscles: « Je ne me laisserai pas abaisser par une chancelière qui n’est là que par ma grâce ». Après l’agression mortelle d’un Allemand par des immigrés à Chemnitz, il a dit aussi que s’il n’avait pas été ministre, il aurait manifesté avec les citoyens en colère (« mais pas avec les extrémistes »). En attendant CDU et CSU s’accordent pour faire de l’Af D l’ennemi principal.

La difficulté pour Markus Söder est de récupérer les électeurs passés à l’AfD en 2017 sans perdre les centristes pro-Merkel de son parti (30 % de l’électorat CSU).

La montée de l’AFD

Les sondages anticipent une baisse historique de la CSU. Elle tomberait à 36 % (au lieu de 47,7 en 2013), le SPD à 12, les Verts monteraient à 16 % et l’Af D à 14. La CSU serait contrainte à un gouvernement de coalition, comme les autres Länder. La fin de ce règne a deux raisons qui ne sont plus spécifiquement bavaroises. La gentrification des villes, la lente déchristianisation (50 % de catholiques et 18 % de protestants, au lieu de 70 et 25 en 1970), le déclin du SPD et de l’idéologie marxiste, la préservation de l’environnement, font monter les Grüne dans les sondages. L’Af D a fait une percée aux élections fédérales de 2017, en particulier dans les circonscriptions proches de la frontière autrichienne par où sont passées des centaines de milliers de migrants à l’automne 2015.

La difficulté pour Markus Söder est de récupérer les électeurs passés à l’Af D en 2017 sans perdre les centristes pro-Merkel de son parti (30 % de l’électorat CSU). La CSU a donc proposé l’introduction du référendum que la gauche interprète comme du populisme.

À Berlin, Horst Seehofer prend une posture de fermeté, mais reste dans le gouvernement de coalition de Merkel avec la CDU et le SPD. En Bavière le ministre-président Söder, candidat à sa propre succession, invoque les fondamentaux (Heimat, valeurs chrétiennes, civilisation européenne), mais aussi les valeurs d’accueil et de tolérance, pour ne pas perdre l’appui des Églises et des électeurs centristes. On lance des piques contre Bruxelles pour se concilier les agriculteurs et l’on envoie un homme de l’appareil, Manfred Weber qui, pour parvenir à prendre la direction de la campagne du PPE, s’associe au centre et à la gauche, pour dénoncer la politique du premier ministre hongrois Orban.

À force de faire le grand écart, la CSU pourrait perdre sur tous les tableaux. Le dirigeant historique de la CSU, FranzJosef Strauss, disait qu’« il ne devait pas y avoir de parti légitimé démocratiquement à droite de la CSU ». Avec les élections du 14 octobre, cela ne sera probablement plus le cas.