jeudi 30 octobre 2008

Manifeste des peuples d'Europe

carte_EuropeEuropae Gentes

Article des Alter européens publié le 28 octobre 2008

A l'heure ou notre vieille Europe s'engage dans le XXème siècle, ou les pays membres de l'Union Economique et Monétaire marquent par l'adoption d'une monnaie unique leur volonté d'intégration de leurs économies et politiques respectives, un mouvement paradoxal s'affirme avec de plus en plus de fougue : le réveil des identités régionales et nationales, le souhait de plus en plus ardent d'une Europe des peuples.


Sur le plan économique, un constat d'évidence s'impose : les pays de l'Europe occidentale figurent parmi les premières puissances économiques du monde. Cette prospérité retrouvée a la suite du dernier conflit mondial a notamment permis de développer des systèmes sociaux et éducatifs parmi les plus avances, enviés par nombre de pays ... et par leurs ressortissants ! La richesse de l'Europe est certaine : les aides aux élites du tiers monde, les sommes dépensées par des citoyens - consommateurs, avant tout soucieux de leur confort et de leurs loisirs, les gabegies budgétaires des Etats, seraient-elles si importantes si cela n'était pas Ie cas? Par ailleurs, Ie voyageur peut faire des comparaisons sans appel : quelles différences !

Cette situation économique et financière qui consomme à péricliter démontre la fragilité de ce Dieu de l’argent. Le monde virtuel de l'économie de marche ne saurait faire oublier à l'esprit averti le glorieux passé de notre Europe. Que nous reste t-il sur le plan démographique, culturel, diplomatique, militaire, religieux, ... ? Nul besoin de passer en revue ces différents facteurs d'influence et de pouvoir, pour appréhender la triste vérité: la vieille Europe est morte. La devanture rutilante de la belle maison cache des intérieurs ravages, tandis que les locataires courent âpres leurs vieilles chimères Seul le glorieux héritage permet encore de faire face. Mais pour combien de temps? Déjà la toiture s'effondre  .

Le réveil sera rude! Hola, réveillez-vous peuples d'Europe, l'ère du pain et des jeux est révolue ! Ne vous laissez pas charmer par Ie chant des sirènes ! Le combat sera rude, mais souvenez-vous des temps anciens !

Pour inquiétante qu'elle soit, la situation n'est pas irrémédiable. Qui se souvient encore des Turcs battus devant Vienne, a un contre cent? Nous lançons aujourd'hui un appel aux bonnes volontés, a la jeunesse française et européenne, pour que les lendemains chantent, et que nos enfants puissent un jour être fiers d'une Europe chrétienne, libre et puissante !

Notre action se situe à un tournant historique. Le système hérité de Yalta s'est effondré, Ie nouvel ordre mondial américain suscite plus de troubles que jamais, et la classe politique actuelle montre son impuissance. Il nous appartient de reprendre Ie combat et de proposer des solutions nouvelles, pour une Europe de peuples emancipés et solidaires, dégagée du capitalisme avilisseur et du social - communisme totalitaire.

Nous sommes d'un tempérament hardi et généreux, étrangers aux suggestions et habitus moraux du monde. Nos goûts ne sont pas ceux de la mode, nous n'aimons ou ne détestons pas d'âpres les indications d'un journal, d'un quelconque maitre à penser, ou de la fausse religion des droits de l'homme. Nous n'excluons personne, mais nous refusons les multitudes qui grouillent et s'amassent, comme les moutons de Panurge, lors des transhumances imposées. Nous détestons ce monde acharné à détruire ce que nous aimons, qui brûle les villes, détruit les campagnes, abat les cathédrales, ne veut plus de livres, de musique, ni de tableaux, y substitue la télévision et les jeux, et se complait dans les nouvelles communions de masse, ces "moments festifs", qui ont remplace la communion des fideles.

Notre horizon est en tous points semblable a un ciel étoilé, ou Ie regard ne découvre, ne cherche, ne veut y voir, que les êtres étincelants, qui, le front couronné de scintillements éternels, sont attirés, assemblés par les lois d'une mystérieuse et éternelle amitié.

Ils dépendront de toi, jeune européen, garçon ou fille, français, italien, espagnol, allemand, ou de toute autre nation du vieux continent, et de ton engagement !

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dimanche 26 octobre 2008

L'ethnicisation des comportements électoraux

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édition du 25 octobre 2008

Le vote est un phénomène psychologique complexe : c’est un acte personnel qui s’inscrit dans des démarches collectives, des cultures familiales et des traditions religieuses et/ou géographiques ; même quand le scrutin est libre, l’électeur vote rarement indépendamment des siens.

En France, toutefois, à la différence de ce qui se passait dans les pays anglo-saxons ou même en Belgique, les campagnes électorales ont longtemps ignoré le facteur ethnique. Ce n'est  plus le cas aujourd’hui. La logique de la diversité a conduit à une ethnicisation des listes et des candidatures aux élections municipales alors que l’élection présidentielle a révélé un clivage ethnique du vote excessivement marqué.

L’ethnicisation des listes municipales

Dans les villes grandes et moyennes, en mars 2008, les listes des principales formations politiques ont été composées à l’identique : la dictature du politiquement correct a débouché sur l’abandon du mérite républicain au profit des quotas raciaux ; les listes composées sur le principe du chabadabada ethnique se sont multipliées.

Les candidats opposés se sont même parfois livrés à de dérisoires surenchères : à Amiens, Gilles de Robien déclarait : « Il y a beaucoup de candidats issus de la diversité sur ma liste » pour tenter de faire pièce au candidat socialiste qui affirmait : « Mon équipe municipale est à l’image de l’équipe de France : black-blanc-beur » ; le tout sur la télévision en ligne islamiste oummah.com‑TV.

Des icônes médiatiques ont même été parachutées têtes de liste comme Razzye Hammadi à Orly, Rachida Dati dans le VIIe arrondissement de Paris ou Rama Yade, à Colombes, en numéro 3 sur la liste de la maire sortante.

Les  succès électoraux n’ont pas toujours été au rendez–vous.

À Paris, le responsable du Conseil représentatif des associations noires (Cran), Jean-Claude Beaujour, qui se présentait comme le « futur leader des Afro-Français », a même subi une humiliante défaite : investi par l’UMP dans le XXe arrondissement, il a été battu par un candidat dissident, Raoul Delamare, et n’a rassemblé que 7 % des suffrages.

L’ethnicisation des programmes

La pression des associations ainsi que des milieux culturels et cultuels a pesé sur les annonces de politique municipale. Des engagements ont été demandés sur les politiques sociales et les subventions, d’un côté, la promotion des droits religieux, de l’autre : grandes mosquées, repas halal dans les cantines scolaires et carrés musulmans dans les cimetières.

Globalement, le vote des quartiers de l’immigration a plutôt bénéficié à la gauche réputée plus généreuse en matière d’aides sociales. C’est ainsi qu’à Colombes la mobilisation des quartiers de l’immigration a fait battre le maire sortant UMP qui avait coupé certains robinets d’aide sociale ; la présence de Rama Yade sur la liste n’a en rien changé la donne : une jeune femme glamour, d’origine sénégalaise, née musulmane mais éduquée dans une école catholique et mariée à un juif sioniste, n’offrant peut-être pas le meilleur profil pour de nombreux électeurs… arabo-musulmans.

Toutefois,  bien des maires UMP ou Modem ont recueilli le bénéfice de leur clientélisme.

Le cas le plus frappant est celui de Rodolphe Thomas à Hérouville-Saint-Clair dans le Calvados. Alors que Ségolène Royal avait réalisé 67‑% des suffrages à l’élection présidentielle, ce maire Modem a été réélu dès le premier tour avec 53‑% des voix : face à une liste socialiste d’inspiration plutôt laïque, les imams avaient fait passer des consignes en faveur du maire sortant qui s’étant fortement impliqué dans le projet de grande mosquée architecturale prévue à Hérouville-Saint-Clair ; il y a derrière ce résultat un risque de surenchères en faveur de revendications sociales et sociétales communautaires.

L’exemple de Mantes-la-Jolie est aussi intéressant : là où Ségolène Royal avait recueilli 60‑% des voix, le maire sortant parvient à être réélu dès le premier tour avec 52‑% des suffrages : le clientélisme ethnique a porté ses fruits ; l’électorat turc a été courtisé avec des tracts en turc et les « jeunes des quartiers », deux d’origine noire, deux d’origine maghrébine, se sont vu offrir quatre mandats d’adjoints avec des délégations « de clientèle » : la jeunesse et les sports, l’action sociale et la prévention, la vie scolaire et la petite enfance, les relations internationales et l’action civique ; et la délégation à la santé a aussi été confiée à un conseiller municipal issu de l’immigration. Michel Vialay, le maire UMP réélu, a d’ailleurs tenu les promesses faites à la communauté turque. À l’occasion de la Fête nationale turque, plusieurs centaines de personnes ont été autorisés à défiler dans les rues de Mantes, en tenue militaire traditionnelle avec sabre et sous les drapeaux du Millis Gorus parti islamiste défendant la Voie nationale religieuse comme nous l’apprend l’observatoire de l’islamisation.

Lors de la campagne pour l’élection présidentielle de mai 2007, tous les candidats, de Le Pen à Besancenot en passant par Sarkozy, Bayrou et Royal, ont d’ailleurs courtisé le vote ethnique. Mais, alors qu’aux élections municipales, celui-ci a pu s’exprimer de manière diversifiée, en fonction de considérations locales et de liens clientélistes particuliers, il n’en a pas été de même lors de l’élection présidentielle : alors que les votes sociologiques et géographiques se sont relativement partagés, le vote des minorités ethniques issues de l’immigration s’est, lui, massivement porté sur la gauche et l’extrême gauche.

Il ne s’agit pas ici de prétendre qu’en soi un vote serait meilleur qu’un autre, ni de reprocher aux électeurs issus de l’immigration leurs choix politiques individuels ou collectifs. Simplement, le vote est un instrument supplémentaire permettant de mesurer si les comportements des minorités se rapprochent ou non de ceux de la majorité. L’exemple de l’élection présidentielle de 2007 montre une divergence majeure entre les Français dans leur globalité et les minorités.

Présidentielle 2007 : l’émergence du « vote ethnique »

Toutes les analyses électorales essaient de prendre en compte, comme facteur explicatif du vote, des données sociologiques ou économiques ou des traditions géographiques. Bien sûr, il ne s’agit pas de déterminisme individuel mais de probabilités statistiques. Un titulaire de haut revenu, habitant Neuilly, peut voter socialiste et une infirmière ariégeoise opter pour l’UMP. Ces cas existent mais ce ne sont pas les cas les plus… fréquents.

Il en va de même pour l’explication par le vote ethnique, analyse statistique des comportements électoraux prenant en compte les appartenances religieuses ou ethnoculturelles. Il y a, bien sûr, de pieux musulmans qui ont choisi Sarkozy et des étudiants d’origine africaine qui ont voté Le Pen. Simplement, il ne s’agit pas là des comportements électoraux les plus courants.

Or, à l’occasion de l’élection présidentielle française d’avril 2007, l’appartenance communautaire semble avoir pesé plus lourd que d’autres critères habituels dans la différenciation et la structuration du vote.

Vote  musulman au premier tour 2007 : Royal 64‑%, Sarkozy 1‑%, Le Pen 1‑%

Le journal La Croix a commandé un sondage CSA/Cisco effectué à la sortie des bureaux de vote, le 22 avril 2007. Ce sondage a porté sur 5 009 personnes. Sur ce total, 5‑% des sondés ne se sont pas prononcés, 25‑% se sont déclarés « sans religion », 30‑% se sont déclarés « catholiques pratiquants réguliers ou occasionnels », 34‑% « catholiques non pratiquants », 2‑% « protestants », 1‑% « juifs » et 3‑% « musulmans ».

Le vote des 150 électeurs s’étant déclarés « musulmans » est radicalement différent de celui de l’opinion moyenne : on trouve en effet 14‑% de vote d’extrême gauche (au lieu de 9,5‑%) et 64‑% de vote Royal (au lieu de 25,9‑%) ; soit un total gauche/extrême gauche de 78‑%, à comparer à un score national de 35‑%. A contrario, Jean-Marie Le Pen ne recueille que 1‑% au lieu de 10,4‑% en moyenne nationale ; le même chiffre de 1‑% se retrouve pour Nicolas Sarkozy, soit trente fois moins que sa moyenne nationale !

Il est clair, dans ces conditions, que même si le sous-échantillon des électeurs musulmans est réduit (150), les écarts de vote déclarés sont tels qu’ils sont indubitablement significatifs.

Certes, ces chiffres ne recoupent pas complètement ceux du vote ethnique issu de l’immigration dans la mesure où certains immigrés ne sont pas musulmans (mais catholiques ou d’autres religions) et que d’autres, même lorsqu’ils sont issus d’une immigration en provenance des pays musulmans, ont pu se déclarer « sans religion ».

Il n’en reste pas moins vrai que, dans le cas des électeurs se déclarant musulmans, il y a une corrélation étroite entre leur appartenance religieuse annoncée et leur vote contre les deux candidats ayant fait le plus référence, dans leur programme et dans leurs discours, aux thèmes de l’identité nationale et de la lutte contre l’insécurité ; thématiques qui ont été, a contrario, déterminantes dans le choix de leurs électeurs, selon le sondage TNS-Sofres, réalisé lui aussi le jour du vote .

L’analyse géographique du vote confirme d’ailleurs  ce point de vue.

Vote des  villes phares de l’immigration : Royal entre 60‑% et 70‑%

L’enquête d’opinion Ipsos/Dell, réalisée le 6 mai 2007 auprès de 3 609 personnes sur leurs motivations de vote et sur leurs appartenances révèle la diversité sociologique des électorats.

Ainsi on peut opposer le vote des travailleurs indépendants, à 77‑% pour Nicolas Sarkozy, à celui des chômeurs, à 75‑% pour Ségolène Royal. Mais il ne s’agit là que du clivage politique issu du clivage économique le plus marqué. Au regard d’autres critères, les divergences entre électorats sont nettement moins fortes. Ainsi chez les « sans diplôme », Nicolas Sarkozy obtient 51‑%, ce qui est proche de sa moyenne nationale ; et chez les foyers au niveau de revenu modeste, il n’obtient que 44‑% des voix, ce qui représente une décote certaine mais néanmoins limitée à 20‑% par rapport à sa moyenne nationale. En revanche, les clivages géographiques sont beaucoup plus marqués.

Ainsi les villes dont les noms ont été associés aux émeutes des quartiers à forte présence de l’immigration, en 2005 ou lors d’épisodes de violences antérieurs, ont toutes voté à 60‑% ou plus pour Ségolène Royal : dans les Yvelines, Mantes-la-Jolie (59,56‑%), Les Mureaux (60,96‑%), Trappes (70,33‑%) ; en Essonne, Grigny (64,60‑%), Les Ulis (65,97‑%) ; dans les Hauts-de-Seine, Nanterre (61,98‑%), Bagneux (64,05‑%), Gennevilliers (68,97‑%) ; en Seine-Saint-Denis, Clichy-sous-Bois (61,70‑%), Épinay-sur-Seine (60,58‑%), Saint-Denis (67,94‑%), La Courneuve (64,19‑%), Montreuil (67,66‑%) ; dans le Val-de-Marne, Ivry (66,31‑%) ; dans le Val-d’Oise, Garges-lès-Gonesse (61,55‑%) ; dans le Calvados, Hérouville-Saint-Clair (67,43‑%) ; dans l’Isère, Saint-Martin-d’Hères (61,33‑%) ; dans le Rhône, Vaulx-en-Velin (64,03‑%), Vénissieux (60,67‑%).

Vote des  quartiers ethniques : Royal à 80‑%

Or ces chiffres ne donnent qu’une idée imparfaite de la réalité du vote ethnique : chaque ville est en effet composite et souvent les votes y sont différenciés selon les quartiers. Une analyse fine par bureau de vote révèle que, dans les cités ou les quartiers à très forte présence de l’immigration, la cote de Ségolène Royal atteint souvent près de 80‑%.

Ainsi la commune UMP de Mantes-la-Jolie a donné en moyenne 59,58‑% pour Ségolène Royal mais celle-ci ne réalise que 39,97‑% des suffrages en centre-ville alors qu’elle atteint 82,06‑% au Val Fourré, selon les données communiquées sur le site internet de la ville.

Des phénomènes comparables s’observent ailleurs : à La Courneuve, la moyenne de 64,19‑% pour Ségolène Royal cache des pointes à 80,17‑% et 79,54‑% dans les bureaux de vote Robespierre et Paul-Langevin ; de même, à Gennevilliers, le score de 79,26‑% est atteint aux Grésillons, quartier de très forte et très ancienne implantation de population musulmane.

Toujours dans le département des Hauts-de-Seine, alors présidé par Nicolas Sarkozy, les résultats de la commune à direction centriste-sarkozyste de Villeneuve-la-Garenne sont intéressants : Ségolène Royal y obtient 56,95‑% des suffrages, moyenne cachant des scores nettement inférieurs à 50‑% dans les bureaux de vote du centre et surtout de la cité Jean-Moulin. Ces grandes barres d’immeubles peuplées en majorité par des catholiques et des israélites n’accordent que 39‑% à 42‑% des suffrages à Ségolène Royal, chiffres compensés par les scores obtenus au Fond de la Noue (72‑%) et surtout au bureau de vote Coubertin (78‑%). Ce dernier cas est particulièrement intéressant, car ce bureau de vote dessert le grand ensemble La Caravelle qui a fait l’objet de considérables travaux de rénovation financés par l’État, le Conseil régional d’Île-de-France et le Conseil général des Hauts-de-Seine dans le cadre du très ambitieux programme Banlieue 92. L’abondance des crédits consacrés à cette zone n’a donc pas eu d’effet notable sur le vote, qui reste manifestement un vote ethnique de gauche, de protestation et de rejet du candidat de droite.

Le fait qu’il reste encore dans ces quartiers des électeurs d’origine européenne (portugaise ou franco-française) n’invalide pas l’analyse mais la renforce : d’abord, parce que certains d’entre eux sont en voie de désocialisation et sont donc assez portés à l’abstention ; tandis que d’autres, subissant l’emprise des éléments majoritaires les plus turbulents, s’intègrent au modèle dominant, y compris dans leur vote. Reste qu’une partie de ces électeurs d’origine européenne persistent à s’opposer à l’opinion majoritaire du quartier en apportant leurs voix aux candidats qui leur paraissent les moins favorables à l’excès d’immigration, votant ainsi avec leurs mains en attendant, souvent, de voter avec leurs pieds (en déménageant). Une analyse encore plus fine de la géographie des votes pourrait sans doute permettre de vérifier l’hypothèse selon laquelle c’est cette catégorie d’électeurs qui fournit le gros du vote résiduel des quartiers de l’immigration en faveur de Le Pen ou Sarkozy.

Français  de l’étranger : fort vote Royal dans les pays d’Afrique et du Maghreb

Le vote des Français de l’étranger a fait l’objet de deux commentaires principaux : le doublement du nombre des votants par rapport à 2002 (340 093 exprimés en 2007 ; 166 612 en 2002) ; le rapprochement de leur vote avec le vote général des Français (53,99‑% pour Nicolas Sarkozy en 2007 ; 58,55‑% pour Jacques Chirac en 1995).

Reste que ces tendances générales cachent des différences majeures d’un pays à l’autre, reflétant la diversité d’origine et d’activité des Français de l’étranger.

Schématiquement, on trouve en effet trois grandes catégories d’électeurs français de l’étranger : des expatriés économiques présents notamment en Chine, aux États-Unis, en Grande-Bretagne (pays où les électeurs ont voté à plus de 60‑% pour Nicolas Sarkozy) ; des Français vivant dans le pays de leur conjoint, notamment en Europe ; des Français binationaux, issus de l’immigration ou ayant des liens historiques avec le pays dans lequel ils résident.

On observe, pour ce dernier cas, des situations très contrastées : ainsi, les électeurs français d’Algérie ont voté à 80,5‑% pour la candidate socialiste, ceux de Tunisie à 70,5‑%, de Turquie à 66,4‑%. Des scores élevés pour Ségolène Royal ont aussi été enregistrés au Burkina-Faso (61,1‑%), au Mali (69,3‑%), aux Comores (67,7‑%). A contrario, les électeurs français du Portugal n’ont accordé que 50,3‑% de leurs suffrages à Ségolène Royal.

Quant aux électeurs français vivant dans des pays placés au cœur de la tourmente moyen-orientale, ils ont massivement apporté leurs suffrages à Nicolas Sarkozy : électeurs d’Arménie (79,8‑%), du Liban (71,5‑%), d’Israël (90,7‑%), de Jérusalem (87,0‑%).

Vote des  banlieues de l’immigration : l’échec de la tentative de séduction de la  droite

Le vote de l’immigration a été courtisé par Nicolas Sarkozy qui s’était engagé pour la discrimination positive, contre la double peine et qui, en son temps, avait fait part de ses réserves à l’égard de la loi sur le voile islamique ; le tout après avoir créé le Conseil français du culte musulman (CFCM). Ces démarches, pas plus que la promotion d’un « préfet musulman » (disparu d’ailleurs aussi rapidement qu’il était apparu) ou la nomination de sa conseillère Rachida Dati comme porte-parole de sa campagne n’ont porté leurs fruits en termes électoraux ; bien au contraire, tous les indices étudiés montrent que les banlieues de l’immigration ont massivement voté contre Sarkozy.

Les tentatives de Jean-Marie Le Pen allant sur la dalle d’Argenteuil courtiser le vote beur ou celles de sa fille Marine à Aulnay-sous-Bois se sont, elles aussi, terminées par un fiasco électoral, les propos tenus ayant contribué à semer le trouble dans l’électorat de base du Front national sans avoir apporté d’électeurs nouveaux.

Vote des  banlieues de l’immigration : la réussite de la structuration d’un vote  d’hostilité

Le vote ethnique tel qu’il est ressorti des urnes n’a pas été spontané, il a été structuré. D’abord, lors de l’intense campagne visant à l’inscription des jeunes sur les listes électorales. Campagne civique dont le slogan était « Inscris-toi sur les listes électorales avant le 30 décembre. Je vote, tu votes, il vote, elle vote, nous votons, vous votez ; ils [Sarkozy + Le Pen] dégagent ! » Le jour du vote, certaines associations avaient même organisé des jeux, des fêtes ou des repas communautaires auxquels on ne pouvait participer qu’en montrant sa carte d’électeur dûment tamponnée : Serge Moati l’a montré dans un reportage sur Montpellier.

Le vote ethnique a d’abord été un vote « contre », qui a d’ailleurs été un vote politique utile, se portant massivement sur Ségolène Royal dès le premier tour. Cette campagne anti-Le Pen/anti-Sarkozy a été intensément relayée par les associations et les médiateurs sociaux. D’autant plus qu’étaient aux manettes de la campagne de Ségolène Royal : Julien Dray, Jean-Louis Bianco, Jean-Christophe Cambadélis, trois orfèvres de la lutte antiraciste qui ont joué un rôle déterminant, durant les années Mitterrand, dans la diabolisation du Front national et la séparation de la droite de l’extrême droite.

Mais ce vote a aussi été influencé par les leaders des communautés ethniques : les rappeurs ou le footballeur Lilian Thuram à l’attention des Franco-Africains ; l’amuseur Djamel ou des responsables associatifs comme Fouad Alaoui en direction des arabo-musulmans ; le secrétaire général de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) déclarant, le 14 avril 2007, lors de la Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF) : « J’espère que Nicolas Sarkozy prend conscience du mal qu’il a causé à des millions de Français musulmans ; M. Sarkozy, vous nous avez fait mal ! » Ce qui était à tout le moins une consigne de vote, qui fut d’ailleurs reçue cinq sur cinq.

Vote ethnique, vote signifiant

Cette prise de position de l’UOIF est significative : elle fait clairement allusion aux déclarations de Nicolas Sarkozy sur « la racaille » ou « le Kärcher ». Elle en est la riposte. Par là même elle montre – et c’est un problème majeur – la solidarité de fait qui s’établit trop souvent entre les voyous qui troublent la paix civile dans les cités et une partie des communautés dont ils sont proches.

Ne nous y trompons pas, la mobilisation du vote ethnique, d’abord par l’inscription sur les listes électorales puis par l’orientation très majoritaire du choix exprimé, est moins la conséquence de la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de 2002 que des émeutes de l’automne 2005. Par la violence ou par le vote, il s’agit dans les deux cas de peser et de faire pression sur le reste de la société française ; pour différentes raisons, et notamment dans le souci de protéger une économie de rentes : rente des trafics pour les uns, rente sociale pour les autres .

On ne peut nier, en effet, la composante « protection de l’assistanat » dans le vote ethnique contre Nicolas Sarkozy (promoteur de « la France qui se lève tôt ») et en faveur de Ségolène Royal (porte-parole d’une politique compassionnelle et redistributive) : l’élection de l’un ou de l’autre étant susceptible, à tout le moins dans l’esprit des électeurs, d’influer sur les politiques de répartition et sur la plus ou moins grande générosité de l’État providence.
 
Quel avenir pour le vote ethnique en France ?

Pour la première fois en France, à l’occasion de l’élection présidentielle de 2007, le vote ethnique s’est manifesté de manière puissante. Il n’a pas changé le sens du scrutin mais il a atténué l’écart entre Royal et Sarkozy ; sans le vote ethnique, la différence de 6 points qui les sépare aurait pu monter à 10.

À cette occasion, le vote ethnique a montré son existence et son rôle potentiellement déterminant – déterminant sauf si d’autres composantes de la population, y compris la composante majoritaire, agissaient de même pour le contrer.

Reste que si le phénomène a été peu commenté (politiquement correct oblige) il a été observé par les acteurs politiques, d’autant qu’il a été suivi par une série de nuits d’émeutes : 730 véhicules brûlant (« comme pour un 14 Juillet ou une Saint-Sylvestre ») dans la nuit de l’élection de Nicolas Sarkozy, 855 étant incendiés au cours des trois nuits suivantes, selon les statistiques de la Direction générale de la police nationale (DGPN). Là aussi, il y a eu consensus pour peu commenter les faits et même carrément les minorer : dans les médias, pour éviter de contribuer à la contagion des faits par la production d’images ; à droite, pour éviter d’inquiéter la partie la plus frileuse de l’électorat ; à gauche, pour tenter de s’épargner un désastre électoral aux élections législatives en montrant la violence sauvage de certains de ses partisans. Reste que c’est la première fois depuis les périodes révolutionnaires que des émeutes en chaîne contestent le résultat d’une élection démocratique en France.

Toutefois, tout porte à estimer que le vote ethnique, d’un côté, les émeutes ethniques, de l’autre, conduisent à tenter de donner toujours plus de gages et d’avantages aux groupes communautaires dont sont issus leurs auteurs.

À terme, on peut penser qu’aux élections municipales (2014, 2020 ?) des listes ethniques se constitueront et que des municipalités islamiques pourront être élues, en Seine-Saint-Denis notamment.

Mais ce cas de figure n’est pas forcément le seul à envisager : des élections au scrutin majoritaire se jouent souvent à la marge, ce qui peut conférer un formidable pouvoir de pression à des minorités décidées à s’en servir ; celles-ci, sans chercher à gagner directement des élus, peuvent user du bulletin de vote pour obtenir des avantages de l’un ou l’autre camp, y compris de celui qui n’est pas forcément le bénéficiaire du plus grand nombre de leurs voix. Paradoxalement, à la dernière élection présidentielle, en se portant massivement sur Ségolène Royal, qui a subi une défaite, le vote ethnique s’est aussi érigé en interlocuteur revendicatif vis-à-vis du vainqueur Nicolas Sarkozy. Avec un certain succès, d’ailleurs.

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jeudi 2 octobre 2008

La politique étrangère européenne après la Guerre du Caucase

Russes_3Euro-Rus

Article de Andréas Mölzer publié dans le journal de Vienne zur Zeit le 9 septembre 2008

En jouant le rôle d’intermédiaire dans le conflit du Caucase, par le biais du Président en exercice du Conseil de l’UE, Nicolas Sarközy, et de la Chancelière fédérale allemande Angela Merkel, l’UE tente, vaille que vaille bien que la démarche soit importante, d’acquérir une certaine autonomie en politique étrangère. Parce que le Caucase, au contraire des déserts du Tchad africain, se trouve véritablement à la périphérie de l’Europe, les engagements que prend Bruxelles ont un sens, surtout parce qu’il ne faut pas laisser le terrain à une puissance extérieure à l’Europe, notamment les Etats-Unis.

Après l’attitude pondérée et bien balancée adoptée par Sarközy et Merkel au début de l’affaire géorgienne, les tentatives de médiation de l’UE risquent désormais de s’enliser dans les sables mouvants d’un parti-pris unilatéral en faveur de la Géorgie. Ainsi, le Président français Sarközy a menacé les Russes de “conséquences” s’ils ne retiraient pas leurs troupes le plus rapidement possible du pays voisin. Merkel, elle aussi, n’a pas fait mystère de ses sentiments lors de sa visite à Tiflis. La Géorgie peut, si elle le souhaite, devenir membre de l’OTAN, a déclaré la Chancelière fédérale. Or ce sont justement les effots entrepris par le Président géorgien Saakachvili pour faire adhérer son pays à l’OTAN qui ont constitué l’une des raisons majeures du conflit actuel qui l’oppose à la Russie. Car le Kremlin, pour des raisons bien compréhensibles, n’a pas le moindre intérêt à ce que l’Alliance atlantique, dominée par les Etats-Unis, se cramponne dans une région qui forme l’arrière-cour de la Russie.

Si l’UE prend parti unilatéralement en faveur de la Géorgie, ce ne sera pas seulement un acte relevant de la sottise politique mais un acte tout à fait contraire aux intérêts de l’Europe. Finalement, la Russie n’est pas seulement importante pour l’Europe sur le plan de la politique énergétique, elle l’est aussi sur le plan stratégique, afin de s’opposer de concert aux tentatives d’imposer l’hégémonie des Etats-Unis sur le monde. Si, un jour, l’UE veut jouer un véritable rôle en politique internationale, au-delà des discours policés et dominicaux de son établissement, elle ne pourra pas faire autrement que de tendre la main à Moscou. Cette politique de la main tendue implique de respecter les sphères d’intérêts de la Russie, celles qu’elle a acquises au cours de son histoire, depuis le temps du Tsar Pierre le Grand.

Bien sûr, un partenariat avec la Russie ne sera pas toujours facile à gérer. Mais vouloir transformer l’UE en complice de Washington et sacrifier la vie de soldats européens pour les seuls intérêts américains, voilà deux attitudes qui ne peuvent, en aucun cas, constituer une alternative viable et intelligente.

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samedi 20 septembre 2008

Faut-il rester en Afghanistan ?

Afghanistan_2Valeurs Actuelles

Article de Hervé Coutau-Begarie, directeur d'études à l'École pratique des hautes études et président de l'Institut de stratégie comparée publié le 18 septembre 2008 dans Valeurs Actuelles.


En 1900, le grand stratège naval américain Alfred Mahan déconseillait aux puissances occidentales de s’aventurer en Afghanistan, en considération du « caractère particulièrement inhospitalier de ses habitants ».Un siècle plus tard, les données du problème n’ont pas tellement changé. Au printemps 2008, au nom du soutien aux États-Unis et à l’Otan, un engagement accru de la France a été décidé, incluant le déploiement au-delà de Kaboul, dans des provinces réputées dangereuses en raison de l’activité des talibans. La sanction n’a pas tardé, avec l’embuscade sanglante du 18 août 2008 qui a coûté la vie à dix soldats français.

Le ministre de la Défense a « absolument » récusé l’idée de guerre en Afghanistan. Nous ne sommes pas aux prises avec une entité politique clairement identifiée, encore moins souveraine. Juridiquement, nous ne sommes donc pas en guerre.Mais, concrètement, nous sommes bien attaqués par un ennemi dont l’objectif est de causer le plus de pertes possible en tablant sur la lassitude de la puissance occidentale qui finira par se retirer, comme elle a pu le faire à diverses reprises au Liban, en Somalie ou ailleurs. C’est la caractéristique fondamentale de ce que l’on appelle, depuis les années 1990, les conflits asymétriques, nouvelle appellation des guerres irrégulières.  

De telles guerres irrégulières ont parsemé l’histoire depuis l’Antiquité. Mais les affrontements récents, aussi bien en Irak et en Afghanistan que dans d’autres parties du monde, présentent une caractéristique nouvelle, à savoir la combinaison de pulsions ancestrales (le nationalisme, le fondamentalisme religieux) avec l’utilisation des techniques les plus modernes,non seulement dans les armements mais également sur le plan psychologique: en témoigne l’établissement d’un contact très rapide entre les talibans et la presse du pays attaqué (on nous permettra de ne pas citer le nom du journal qui s’est prêté à cette lamentable manoeuvre).

Au plan tactique, c’est encore pire, avec l’organisation de grands camps dans lesquels les soldats sont pratiquement enfermés, avec les plus grandes difficultés à établir un contact effectif avec la population, contact sans lequel ce genre d’opération n’a aucune chance d’aboutir. En quelques mois de présence, les soldats de l’Otan sont incapables d’acquérir la connaissance minimale du terrain et de la culture qui leur permettrait d’agir efficacement. Ajoutons que, comme souvent dans ce genre de crise, le gouvernement local est inefficace, sinon corrompu.

Dans ces conditions, que faire ? On peut toujours dire qu’il ne fallait pas y aller.Maintenant que nous y sommes, il est beaucoup plus difficile de se retirer. On ne peut pas envisager un retrait unilatéral sans espoir de règlement politique. Même les Soviétiques, lorsque Gorbatchev a mis un terme à l’engagement direct en Afghanistan, ont pris soin d’organiser la survie de leur protégé. Nous sommes condamnés à rester.Mais cela ne veut pas dire rester à n’importe quel prix.

L’aspect le plus discutable de l’affaire afghane réside moins dans le principe de l’intervention,
juridiquement et politiquement bien mieux fondée que celle d’Irak,que dans ses modalités. Elle représente la synthèse parfaite de tous les défauts des opérations actuelles en coalition, avec un patchwork invraisemblable de près d’une quarantaine de nationalités et une rotation beaucoup trop rapide des personnels sur place (six mois en moyenne).Par ailleurs,deux opérations coexistent: «Enduring Freedom»,sous commandement américain, et la Force internationale d’assistance à la sécurité (Fias), sous commandement de l’Otan. Il est impossible d’assurer le respect du principe élémentaire de l’unité d’action dans de telles conditions.

Cette combinaison a engendré ce que les commentateurs appellent des guerres hybrides ou des guerres bâtardes. Les affrontements sont plus meurtriers que par le passé, en raison à la fois de la détermination des combat- tants et des moyens utilisés qui annihilent, au moins partiellement, la supériorité militaire occidentale. Avec raison, le général Georgelin a rappelé que le temps des opérations extérieures “faciles” était terminé.

Si la France veut rester, et elle n’a guère d’autre choix aujourd’hui, elle doit exiger une remise à plat complète des modalités politiques et stratégiques de cette intervention
. L’exercice sera très difficile, mais c’est seulement à ce prix que cet engagement, mal enclenché, ne se transformera pas en bourbier dont nous serions finalement condamnés à nous extraire en ayant tout perdu, aussi bien l’honneur que la vie de nombre de nos soldats. 

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lundi 15 septembre 2008

La Russie, nouvel espoir des Européens

Grande_RussieEurope Maxima

Article de André Waroch publié le 13 septembre 2008

La Russie est donc de retour. La Géorgie, petit pays coincé dans un Caucase qui, plus que jamais, est au centre de toutes les convoitises, a voulu jouer de l’antagonisme entre les puissances pour se dégager de l’emprise du grand voisin slave. Pour cela, elle a battu à l’égard des États-Unis tous les records de servilité, et cela depuis plusieurs années. La tentative de mise au pas de la minorité ossète pro-russe, menée avec une armée formée et équipée par les Américains, peut avoir deux niveaux de lecture : le premier consiste à ne considérer dans tout cela qu’une affaire interne à la Géorgie, qui aurait usé simplement du droit de faire respecter les lois nationales sur son territoire. Le second révèle la continuation de la stratégie d’encerclement (de containment, pourrait-on dire comme aux plus belles heures de la Guerre froide) de la Russie mise au point par les services américains. Ainsi, tous les peuples ayant des comptes à régler avec la Russie sont susceptibles de devenir contre elle l’instrument de Washington.

Qui a tort, qui a raison ? Les Géorgiens avaient-ils le droit d’attaquer les Ossètes, ces derniers ont-ils le droit de vouloir que leur pays soit russe et non géorgien ? Les Russes ont-ils eu raison de riposter sur le territoire géorgien pour « sauver » les Ossètes ?

Questionnements sans fin ne pouvant intéresser que ceux qui croient à la justice et à la morale universelles. Ce qui se joue actuellement n’a absolument rien à voir avec la morale. C’est une lutte à mort entre deux puissances, le but de la première étant d’éviter son annexion par la seconde, le mot annexion pouvant se traduire, ces temps-ci, par : adhésion à l’O.T.A.N., passage à l’euro, entrée dans l’espace Schengen, etc.

Il ne fait guère de doute, à notre sens, que l’intérêt des Européens, dans ce bras de fer opposant les deux nations qui auront peut-être le plus marqué de leur empreinte le XXe siècle, est la victoire de la Russie. Gardons-nous toutefois de diaboliser les États-Unis, ce qui aurait deux effets très négatifs, premièrement celui d’exonérer les politiciens d’Europe de l’Ouest de toute responsabilité, alors qu’ils ont livré tout à fait volontairement aux États-Unis (ou à Bruxelles, ce qui revient au même) la souveraineté des nations qu’ils avaient à charge de défendre. Deuxièmement, cela conférerait aux États-Unis un pouvoir qu’ils ne possèdent pas, ou plutôt : qu’ils ne possèdent que parce que les Européens ont renoncé à exercer le leur.

La question russe nous oblige à reconsidérer, en tout cas, la notion d’Europe.

Dans son dernier livre Qui sommes-nous ?, Samuel Huntington s’interroge sur l’identité américaine. Bien que l’américanisme procède d’une vision universelle de l’Homme, Huntington rappelle que l’identité américaine fut essentiellement forgée par des protestants anglo-saxons, et que les immigrants irlandais et italiens, par exemple, ne purent s’agréger avec succès au peuple américain qu’en adoptant la mentalité et la façon de vivre qu’induisent ces fondements culturels. Tant que les W.A.S.P. représenteront le groupe le plus fort, ce sont leur culture, leur identité, leur façon de vivre qui représenteront l’Amérique.

Dominique Venner, dans Histoire et traditions des Européens, s’essaie à la définition d’une identité européenne beaucoup plus problématique, notamment quand il présente comme parties centrales de cette identité certains éléments (« La chevalerie médiévale, la poésie épique, l’amour courtois, le monachisme, les libertés féodales, les croisades, l’émergence des villes, la révolution du gothique, la Renaissance, la Réforme et son contraire, l’expansion au-delà des mers, la naissance des États-nations, le baroque profane et religieux, la polyphonie musicale, les Lumières, le romantisme l’univers prométhéen de la technique ou l’éveil des nationalités… Oui, tout cela est commun à l’Europe et à elle seule ») contenus en réalité à l’intérieur de frontières extrêmement précises qui sont celles de l’Europe catholico-protestante dite occidentale, et qui ne concernent aucunement l’Europe orthodoxe dite orientale.

En 395 fut décidé par Théodose le partage du territoire romain en deux empires distincts et indépendants. Cela ne se fit évidemment pas de gaieté de cœur, mais pour résister, mieux que ne le permettait le gigantisme de l’Empire avant cette date, aux attaques incessantes des peuples hunniques et germaniques. Le tracé de cette nouvelle frontière fut aussi la conséquence de la séparation de plus en plus nette entre la partie occidentale de l’Empire, marquée par la latinisation, et sa partie orientale marquée par l’hellénisme. Pour les Européens de l’Ouest, l’Empire romain est mort en 476, ce qui correspond à la chute du dernier empereur d’Occident. Byzance était pourtant la digne héritière du rêve impérial qu’elle perpétua jusqu’en 1453. Lors des Croisades, les Arabes, s’ils appelaient les croisés les Franj, les « Francs », continuaient à appeler les Byzantins les Roum, c’est-à-dire les « Romains ». Pour eux, la déposition de Romulus Augustule n’avait en aucun cas signifié la fin de l’Empire, puisque celui d’Orient était maintenu. Ce sont les Européens de l’Ouest qui séparèrent artificiellement l’Empire byzantin et l’Empire romain, en refusant de reconnaître la profonde continuité entre les deux entités.

La haine entre la « Chrétienté » (en fait l’Europe catholique) et l’Empire byzantin (l’Europe orthodoxe), ne prit fin qu’avec la destruction définitive de celui-ci par les Turcs. Les Russes s’étaient certes convertis à la fin du Xe siècle, mais leur éloignement et, à partir du XIIIe siècle, leur soumission aux hordes mongoles les tint éloignés du champ de vision de l’Europe de l’Ouest. Il est aujourd’hui monnaie courante d’insister lourdement sur « l’asianité » du peuple russe pour expliquer la profonde différence qui existe entre lui et l’Europe de l’Ouest. Mais la Hongrie, où Attila est un prénom courant, a été au moins autant marquée par les apports de sang turco-mongol. Personne pourtant n’a jamais remis en cause son appartenance indiscutable à la civilisation « européenne », en fait à l’Europe de l’Ouest catholico-protestante. On invoque la prétendue asianité de la Russie comme obstacle à son intégration dans l’Europe politique parce qu’on ne veut pas voir que c’est l’Orthodoxie qui fait sa différence, et on ne veut pas le voir parce que l’Orthodoxie ne se limite pas à la seule Russie, mais englobe par exemple la majeure partie des Balkans, à commencer par la Grèce, pourtant considérée par les élites de l’Ouest comme « berceau de l’Europe », ce qui pose évidemment problème.

On peut estimer que cette dualité de l’Europe n’est que la continuation d’une dualité déjà prégnante dans l’Empire romain pré-constantinien, à savoir la « concurrence » entre l’influence grecque et l’influence romaine proprement dite. Notamment, par exemple, entre la tradition universaliste et impérialiste romaine et la tradition particulariste et nationaliste grecque. Aujourd’hui encore, l’Église catholique romaine est « une et indivisible », universelle mais centralisée, cosmopolite mais enracinée (le Vatican au cœur du monde latin). Les diversités à l’intérieur de la Chrétienté catholique ne sont pas censées être éradiquées mais dépassées, reléguées au second plan. Dans le monde orthodoxe, c’est-à-dire la Grèce ex-byzantine et les nations par elle converties, les identités nationales sont au contraire magnifiées, puisque nous avons affaire au principe des Églises autocéphales, totalement indépendantes à l’intérieur de frontières nationales reconnues, le patriarcat de Constantinople n’exerçant qu’une prééminence honorifique.

Si l’Europe doit être appréhendée à partir de sa réalité et non pas seulement à travers les illusions romantiques de certains « cabris » exaltés, commençons par accepter cette dualité qui est un obstacle absolu à toute idée d’unification politique (au sens bruxellois du terme) reliant Brest à Vladivostok. Mais l’Europe n’est pas plus faible d’être partagée en deux mondes qui, depuis au moins mille ou mille cinq cents ans, ont suivi un chemin différent. Au contraire, cette séparation remplit le même rôle que celle décidée par Théodose. Devenir deux pour que la mort de l’un ne signifie pas la mort du tout.

Les virus se propagent plus vite à l’intérieur d’un même organisme qu’entre deux organismes différents. De même, on ne peut que constater que les virus mentaux qui se sont abattus sur l’Europe de l’Ouest depuis 1945 ont en général épargné l’Europe orthodoxe (les slaves catholiques et les Hongrois, englobés de 1945 à 1989 dans le monde soviétique, ont échappé artificiellement à la propagation de ces virus, mais la porosité civilisationnelle fait craindre une contamination rapide).

Julien Freund posait en 1980 la question suivante : « Les Européens seraient-ils même encore capables de mener une guerre ? ». Il n’estimait donc visiblement pas que la Russie, qui avait envahi l’année précédente l’Afghanistan, était un pays européen. Mais deux ans plus tard, une nation, la Grande-Bretagne, que Freund considérait sans nul doute comme européenne, débarquait sur les îles Malouines pour reprendre possession de ce bout de terre britannique que l’Argentine venait d’annexer. Ce ne fut pas une simple « opération de police », mais un véritable affrontement guerrier face à la première ou deuxième nation la plus puissante d’Amérique latine. Une guerre que les Anglais décidèrent et menèrent seuls. Une guerre qui était aussi un oui ! retentissant à la question pourtant rhétorique que se posait Freund.

Néanmoins, les virus mentaux à l’œuvre en Europe de l’Ouest depuis 1945 sont bien réels, même si la Grande-Bretagne y échappe en grande partie.

1945 est en même temps une date et un monde. Une « année zéro », une année symbolique qui en dura deux ou trois, une année ou se joua le destin de l’Europe de l’Ouest. Reprécisons que nous entendons par là la partie de l’Europe forgée par les éléments cités plus haut par Dominique Venner. Celui-ci a juste voulu transposer à l’ensemble de l’Europe ce qui ne caractérise que cette l’Europe appelée « occidentale ». Notion problématique, l’Occident est censé regrouper -essentiellement - l’Europe de l’Ouest et les États-Unis. Étant donnée l’évolution de plus en plus divergente, sur tous les plans, de ces deux parties du monde, et en considérant le caractère profondément égoïste de la politique étrangère américaine, qui ne s’embarrasse d’aucune espèce de solidarité « identitaire » à l’égard de la civilisation ouest-européenne (il ne s’agit pas d’une critique mais d’un simple constat), les États-Unis, à notre sens, ne doivent plus être considérés comme des alliés naturels de l’Europe de l’Ouest. La « civilisation occidentale » doit être considérée comme caduque. Le destin de l’Europe de l’Ouest est, pour les prochaines décennies, lié à celui de l’Europe orthodoxe. Unité dans la dualité.

L’Europe de l’Ouest est donc, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, soumise à une série de phénomènes dont l’aboutissement sera, si rien n’est fait, sa destruction en tant que civilisation. Citons Jeronimo Molina parlant justement, dans le dernier numéro de la revue Éléments, de l’ostracisme médiatique qui touche encore aujourd’hui l’œuvre de Julien Freund, œuvre qui remet en cause « les thèmes et les vérités établies, légitimateurs des régimes européens d’après la Deuxième Guerre mondiale : l’universalisation des systèmes partitocratiques, l’homogénéisation démocratique-libérale de toute forme de gouvernement, la simulation de la fin de toute inimitié ou hostilité politique, l’universalisme pacifique, la rééducation politique des nations européennes »

Le plus grave, selon nous, réside dans ce qu’il faut bien appeler le rejet de la force qui caractérise les nations d’Europe de l’Ouest depuis la fin de la dernière guerre. Beaucoup ont voulu voir dans la construction européenne l’embryon d’une Europe-puissance. Contresens tragique quand on a sous les yeux quarante ans d’abandon de souveraineté, cette souveraineté nationale dont on nous avait dit qu’elle était comme les œufs qu’on doit casser pour faire une belle omelette, ce à quoi on ne peut que rétorquer qu’on voit bien aujourd’hui les œufs cassés, mais que l’omelette reste introuvable.

Contresens tragique, disions-nous, puisque le but principal de la construction européenne, commencée en 1951 avec la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (C.E.C.A.), est d’aboutir à terme, d’abord sur le territoire européen, puis éventuellement sur l’ensemble du globe, à ce que l’Américain Francis Fukuyama a appelé La fin de l’Histoire dans le célèbre ouvrage du même nom, c’est-à-dire « le terme de l’évolution idéologique de l’humanité et de l’universalisation de la démocratie libérale occidentale en tant que forme définitive de gouvernement ». Mais de même que Staline, politique réaliste, avait forgé le concept du socialisme dans un seul pays en attendant d’avoir la possibilité d’exporter sa révolution, de même les élites dirigeantes d’Europe de l’Ouest ne semblent pas pressées de proclamer ce que certains commencent à soupçonner de plus en plus fortement, à savoir que cette « Europe » n’a d’européenne que le nom, qu’elle est destinée à s’étendre sans aucune limite, comme le montre l’exemple de Dominique Strauss-Kahn, actuel président du F.M.I. et ancien ministre de l’Économie et des Finances, qui confie publiquement son souhait de voir le Maghreb intégrer l’U.E.

Un monde sans guerre, sans frontières, sans nations et sans soldats, débarrassé à la limite de toute forme de violence, voilà le projet ultime qui sous-tend toute la construction européenne. Pour reprendre Jeronimo Molina : la simulation de la fin de toute inimitié ou hostilité politique. Il s’agit en fait d’un projet d’utopie, au sens ancien du mot : pays imaginaire ou un gouvernement idéal règne sur un peuple heureux.

Les budgets de défense de l’Inde, de la Russie, de la Chine et des États-Unis sont, au moins depuis le 11 Septembre, en progression constante et maintenue. Face à cela, la France, à l’instar des autres pays de l’Europe de l’Ouest continentale, entame un mouvement exactement inverse, comme l’a montré l’affaire « Surcouf », ce collectif de généraux anonymes critiquant la réforme – en fait le continuation du démantèlement – de l’armée à l’occasion du dernier livre blanc de la défense. Le collectif utilise un très bon argument pour répondre à celui de l’Élysée, qui affirme enlever des moyens aux forces conventionnelles pour les reverser dans le renseignement : à quoi sert-il, peut-on lire dans le communiqué en question, de savoir qui va nous attaquer si nous n’avons pas les moyens de l’en empêcher ? Pendant longtemps, la réponse à cette question a été évidente : l’Europe (comprendre l’Union européenne, par abus de langage). Plus besoin pour la France d’avoir une armée, plus besoin d’avoir une diplomatie, plus besoin même d’avoir un service de renseignements, bref, plus besoin d’essayer d’exister sur la scène internationale, puisque le but du gouvernement français est de supprimer la France en tant que nation, par dilution dans la construction européenne. Nous étions censés mourir Français et renaître Européens. Mais finalement n’eut lieu que la première partie du plan.

Le rejet de la force par l’Europe de l’Ouest a été très bien décrit par le néo-conservateur américain Robert Kagan. Pour lui, les Européens de l’Ouest « ne veulent surtout pas devenir plus fort militairement. Au cours des dernières années, ils ont développé un point de vue tout autre sur le rôle de la puissance dans les relations internationales, une façon de voir qui procède directement de leur parcours historique sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont abjuré la politique du coup de force ». Pour le haut diplomate anglais Robert  Cooper cité par Kagan, « l’Europe vit aujourd’hui dans un système “ postmoderne ” qui ne repose pas sur l’équilibre de la force, mais sur le “ rejet de la force ” et sur des “ règles de conduite librement choisies ”. Dans le monde postmoderne, la raison d’État et l’amoralisme des théories de Machiavel sur l’art de gouverner… ont été remplacés par la conscience fin morale, mais la fin du politique, à savoir la paix intérieure et la sécurité extérieure d’un État, quitte, s’il le faut, à faire des entorses à la morale personnelle ». L’Europe de l’Ouest fait passer le politique, c’est-à-dire la nécessité pour un État de préserver par tous les moyens la nation dont il a la charge, après la morale.

Et nous touchons là à un point extrêmement douloureux de la psyché collective de l’Europe de l’Ouest, à savoir la culpabilité et la honte enseignées après la guerre aux peuples en question par les deux puissances victorieuses, U.S.A. et U.R.S.S., relayés par des groupes de pression autochtones. Cette culpabilité et cette honte prennent pour motif la perpétuation de la Shoah et, par contrecoup, la collaboration (y compris dans des domaines complètement étrangers au génocide, comme la lutte anticommuniste) réelle ou fantasmée des peuples en question avec le régime nazi.

Analysé avec brio par Gilles-William Goldnadel dans son livre Les Martyrocrates, ce traumatisme, extrêmement puissant, a imposé sa grille de lecture dans tous les domaines, ce que l’auteur a appelé la shoatisation de la société.

« À partir de la fin des “ Sixties ”, la Shoah est devenue en Europe l’horresco referens, l’horizon indépassable du crime de masse, l’étalon de mesure officiel de la souffrance humaine […] Désormais, aucun événement important ou même mineur qui ne soit immédiatement associé, comparé, ramené à la grande catastrophe […] la nouvelle démonologie européenne a transformé l’État-nation européen en colosse monstrueux aux pieds d’argile. Monstrueux, parce que, dans l’inconscient collectif traumatisé, cet État, incarné par des institutions répressives littéralement diabolisées, n’est que le fils honteusement caché de son père, l’État hitlérien-Antéchrist. Autant dire le fils du diable. Par voie de conséquence, la violence qu’il emploie, au moyen de ses serviteurs disciplinés, le policier-gestapiste, le soldat-S.S., et leurs auxiliaires zélés, le juge, l’huissier… ne peut être que démoniaque »

Cette diabolisation de l’État, chargé de défendre la nation, ne peut en définitive aboutir qu’à la mort du politique, et c’est le but ultime (toujours cette notion d’utopie) poursuivi par les élites d’Europe de l’Ouest.

Pour comprendre pourquoi les deux seules nations d’Europe à nous avoir fait répondre par l’affirmative à la question que se posait en 1980 Julien Freund sont la Russie et la Grande-Bretagne, il suffit de constater que ces deux nations sont les deux grands vainqueurs européens de la Seconde Guerre mondiale. Elles s’en trouvèrent relégitimées dans leur régime, leur culture, leur idéologie. À l’inverse, il est on ne peut plus révélateur que, dans le noyau dur qui débuta en 1951 la construction européenne et la tint à bout de bras jusqu’à aujourd’hui, à savoir les six pays fondateurs de la C.E.C.A., ne se trouve aucune des nations étant sorties victorieuses de la Seconde Guerre mondiale, comme par exemple la Grande-Bretagne, et aucun pays neutre, comme par exemple l’Espagne, le Portugal, la Suisse, l’Irlande. La construction européenne a été initiée par la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. Le fameux « noyau carolingien », en fait une équipe de loosers. Six nations qui, en 1945, étaient militairement écrasées et moralement humiliées, otanisées et quadrillées en tous sens par l’armée américaine. Que les États-Unis aient laissé faire et même encouragé cette construction alors qu’il leur suffisait, dans cette Europe ruinée qu’ils maintenaient en vie artificiellement à coups de subsides, de lever le petit doigt pour tout arrêter n’a pas semblé étrange à ceux qui ont cru à l’argument de la nécessaire utilité d’une Europe unie « pour faire contrepoids aux Américains ».

En réalité, l’Europe de l’Ouest s’est retrouvée, suite au désastre de la Seconde Guerre mondiale, colonisée de toutes les manières possibles. La mainmise américaine s’exprime non seulement par l’invasion d’une sous-culture de masse, mais également par l’impossibilité mentale d’envisager un autre cadre politique que le régime démocratique libéral érigé en quasi-dogme religieux. L’influence marxiste, loin de s’y opposer, s’y est mêlé en un étrange syncrétisme. C’est ainsi qu’on vit, en Mai 1968, les meneurs étudiants gauchistes en appeler à la lutte des classes sur fond de rock anglo-saxon. Tout cela dirigé, évidemment, contre le général de Gaulle, dirigeant nationaliste qui avait expulsé les forces militaires américaines encore présentes dans l’Hexagone, retiré la France de l’O.T.A.N. et doté son pays de la bombe atomique. Le fameux slogan de ces tartuffes, « C.R.S.-S.S. ! », est le symbole le plus pathétique de ce qui allait devenir dès lors systématique, à savoir la diabolisation - hitlérisation de tout ce qui représentait, de près ou de loin, la nation. D’où la construction européenne. D’où la baisse continuelle des budgets de défense. D’où l’impuissance morale des gouvernements successifs à entamer une vraie politique d’arrêt de l’immigration, puisqu’il suffisait qu’un collectif d’extrême gauche quelconque aille crier au retour du nazisme pour que les expulsions de clandestins, soudain comparées à la rafle du Vel d’Hiv, soient empêchées. Cette haine de la nation s’étendait, évidemment, à la nation européenne que certains croyaient encore en cours de construction alors qu’elle était, dès ce moment, vidée de tout son sens.

Rejet de la force, rejet de la responsabilité, rejet du politique, voilà ce qui caractérise (mettons une fois de plus des réserves sur la Grande-Bretagne) depuis au moins quarante ans les élites ouest-européennes.

Mais au bout du compte, le moyen le plus sur d’échapper à toute puissance et à toute responsabilité est l’auto-destruction (1).

Il est extrêmement difficile de trouver dans tout ce désastre un seul objet d’espérance, du moins si on se cantonne à l’Europe de l’Ouest. C’est ailleurs, plus à l’Est, chez les héritiers de Byzance, à Moscou, qu’il convient de chercher un appui. Alors que les nations d’Europe de l’Ouest se sabordent en abandonnant leur souveraineté au profit de l’U.E. ou de l’O.T.A.N. (c’est la même chose), qu’elle suppriment leurs frontières ainsi que - logiquement - l’appareil militaire jadis censé les défendre, la Russie, contre vents et marées, brandit de plus en plus fermement l’aigle à deux têtes. L’ancienne terre des Tsars est peut-être la dernière nation garante de la souveraineté européenne, le dernier pays du Vieux Continent à pouvoir utiliser la force armée pour défendre ses intérêts alors que l’Europe de l’Ouest doit d’abord, avant d’envoyer quelque part le peu de troupes qu’il lui reste, avoir la permission des États-Unis, de Bruxelles, de la communauté internationale et de ses minorité musulmanes.

Pour un Français de banlieue parisienne, le spectacle de la Seine-Saint-Denis, où il n’est plus qu’une minorité marginalisée, est la préfiguration de ce qui est déjà presque une réalité dans le département voisin du Val d’Oise, demain dans l’ensemble de la région parisienne, à terme sur tout le territoire français.

L’Europe de l’Ouest actuelle, veule, soumise, envahie, déjà de fait devenue une espèce d’Albanie géante, américano-islamisée, ne peut plus attendre son salut matériel et sa régénérescence morale que de l’extérieur. Que la Russie, désireuse comme au temps de la Guerre froide de briser let containment imposé par les Américains, entreprenne de subvertir ses ennemis de l’Ouest en y soutenant certaines minorités politiques qui veulent, comme elle, la destruction du système, et elle trouvera sans nul doute des candidats.

Pour un « identitaire » français, poignarder l’État dans le dos n’est plus, depuis au moins trente ans, une trahison, mais un acte de salubrité publique.

Une nouvelle pénétration idéologique et politique de la France et de l’Europe de l’Ouest par la Russie est à espérer, et à soutenir sans aucun état d’âme.

Note

1 : Dans une nouvelle intitulée Le grand bazar : finale, l’écrivain américain Stephen King met en scène un jeune scientifique réussissant à pulvériser sur toute la surface de la planète une eau de son invention, censée guérir les hommes de leurs pulsions meurtrières. L’effet secondaire en est hélas la débilité totale. Ainsi meurt l’humanité, victime d’un idéaliste qui aura voulu arrêter toutes les guerres et toutes les violences… et qui aura réussi.

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dimanche 14 septembre 2008

L’Amérique et le désordre mondial

ObamamccainPolémia

Editorial de Polémia publié le 13 septembre 2008

Les grands médias parisiens somment les Français de s’intéresser à l’élection présidentielle américaine.


Les intellectuels progressistes et les partisans du métissage n’ont d’yeux que pour Barack Obama. Quant aux milieux plus traditionalistes, ils peuvent se consoler avec l’entrée en scène, auprès de John McCain, de la très conservatrice Sarah PalinReste que les Français ne participeront pas à l’élection du futur président des Etats-Unis. De toute façon la marge de manœuvre du nouvel élu, quel qu’il soit, sera particulièrement faible : la politique américaine restera largement déterminée par les intérêts de l’hyper classe mondiale et des grands lobbies. Or ce sont eux qui imposent aux Etats Unis une diplomatie et une politique qui contribuent au désordre mondial.

Explications :

Diplomatie : de l’équilibre des forces à l’unilatéralisme

Les périodes de paix ou, en tout cas, de conflits limités correspondent à l’application de règles simples : l’acceptation de l’équilibre des puissances, le respect des frontières des Etats et la non-ingérence des autres dans leurs affaires intérieures.

Ces règles sont sans doute imparfaites et moralement discutables mais elles ont assuré de longues périodes de paix : au XIXe siècle, dans la suite du Congrès de Vienne (qui n’avait pas cherché à « punir » la France révolutionnaire) ; dans la deuxième partie du XXe siècle où « l’équilibre de la terreur » entre grandes puissances nucléaires évita toute conflagration générale.

L’effondrement de l’Union soviétique puis de la Yougoslavie a conduit l’Occident, sous la direction unilatérale des États-Unis, à oublier les règles d’équilibre et de stabilité de l’ordre international :

– en multipliant des bases américaines aux frontières mêmes de la Russie ; – en projetant d’intégrer à l’OTAN des pays clairement dans l’orbite de la géopolitique russe, tels que la Géorgie ou l’Ukraine ;
– en annulant unilatéralement le traité ABM interdisant les défenses antimissiles et en relançant la course aux armements ;
– en construisant un bouclier antimissiles en Pologne visant notamment à permettre éventuellement la destruction de la Russie sans riposte possible de sa part ;
– enfin, en reconnaissant unilatéralement l’indépendance du Kosovo et le démembrement de la Serbie, contrairement aux résolutions de l’ONU.

Cette politique a conduit au raidissement russe et explique, à défaut de la justifier, la reconnaissance par Moscou de l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud ; indépendances de confettis d’Etat, au demeurant, ni moins (ni plus) légitimes que celle du Kosovo. Reste que la remise en cause des frontières reconnues en Europe mais aussi dans le reste du monde est une bombe à fragmentation qui peut déboucher sur la balkanisation de la planète ; balkanisation qui peut être recherchée par les tenants de l’affaiblissement des États au profit d’un empire mondial.

Politique économique : l’irresponsabilité financière américaine

Critiquer la Banque centrale européenne (BCE) est le pont aux ânes des hommes politiques français. Or cette institution financière a reçu pour mission dans le Traité de Maastricht (voté par les Français sur recommandations du RPR, de l’UDF et du PS), d’assurer la stabilité de l’euro et de lutter contre l’inflation. En limitant l’émission de monnaie, la BCE remplit son rôle et adopte une gestion de bon père de famille : la politique de la BCE n’a d’ailleurs créé aucun problème au monde.
Comme le note l’économiste libéral Florin Aftalion, dans « Les 4 vérités » (http://www.les4verites.com/archives/auteurs-Aftalion-Florin-85.html) : « La FED a, à 2%, un taux de base bien trop bas. Le crédit n'étant pas cher, les Américains empruntent beaucoup trop. (…) La BCE, de son côté, ne modifie pas non plus son taux de base, mais il serait plus sérieux, à 4,25%. »

Cette politique irresponsable de la Banque fédérale américaine a créé de la masse monétaire sans contrepartie réelle ; c’est elle qui est à l’origine de la crise immobilière et de l’inflation des matières premières (malgré le calme relatif revenu sur le marché du pétrole). Cette politique a permis à la fois l’enrichissement de l’hyper classe mondiale et l’accès à la propriété de leur logement de nombreux membres insolvables des minorités ethniques.

Cette politique se solde aujourd’hui par des pertes dans le monde entier, un appauvrissement des classes moyennes et l’appel aux fonds des contribuables – pas seulement américains et anglais – pour recapitaliser des établissements financiers menacés de faillite. Là aussi c’est l’hybris américaine – financière cette fois – qui est à l’origine de la crise mondiale.

Le leurre du changement

Reprenant un thème électoral éculé (mais toujours efficace), Barack Obama et John McCain promettent le changement. C’est évidemment un leurre car les forces sociologiques et politiques américaines qui ont intérêt au statu quo restent extrêmement puissantes :

– c’est le cas, notamment en politique étrangère, du lobby militaro-industriel, du lobby pétrolier et du lobby israélien qui a placé Joe Biden comme candidat vice-président d’Obama et Joe Lieberman comme candidat secrétaire d’Etat de McCain ;
– c’est le cas du lobby « antiraciste » et « antidiscrimination » qui pèsera de tout son poids pour maintenir les avantages de l’Etat providence et du crédit bon marché au profit des minorités ethniques, notamment noires et hispaniques ;
– plus généralement, c’est l’ensemble des Américains qui sont dépendants du reste du monde pour leur consommation (qui excède leur production) et leur accès aux matières premières énergétiques dont ils restent les plus demandeurs de la planète.

La politique américaine inflationniste de crédit bon marché a donc de beaux jours devant elle ; tout comme la diplomatie impériale des Etats-Unis ou leur politique militaire interventionniste.

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vendredi 12 septembre 2008

Il y a deux ans, le discours de Ratisbonne

beno_t_xvi_2Discours de Ratisbonne de Benoît XVI prononcé le 12 septembre 2006 à l'université de Ratisbonne.

Au moment où le pape entame une visite en France de quatre jours, il me semble pertinent de publier sur ce blog, deux ans après, le discours prononcé à Ratisbonne et qui fit couler beaucoup d'encre et de haine à l'encontre des chrétiens.

«C’est pour moi un moment émouvant de me retrouver une fois encore à l’université et de pouvoir y tenir une fois encore une conférence. Mes pensées se retournent de même vers les belles années au cours desquelles, après une belle période à l’Institut supérieur de Freising, j’ai commencé mon activité académique comme enseignant à l’université de Bonn. C’était encore le temps – 1959 – de l’ancienne université. Pour les différentes chaires il n’y avait ni assistants, ni secrétaires, mais en revanche des rencontres directes avec les étudiants et avant tout des professeurs entre eux. Dans les salles des enseignants, on se rencontrait avant et après les cours. Les contacts avec les historiens, les philosophes, les philologues, et naturellement aussi entre les deux facultés de théologie étaient très vivants.

Chaque semestre avait lieu ce qu’on appelait un ‘Dies academicus’, au cours duquel les professeurs de toutes les facultés se présentaient devant les étudiants de l’ensemble de l’université : ainsi devenait possible une réelle expérience de l’Universitas. A travers toutes les spécialisations, qui nous laissent parfois muets les uns envers les autres, nous faisions l’expérience de former cependant un tout, et qu’en tout nous travaillions avec la même raison dans toutes ses dimensions, avec le sentiment que nous avions à assumer une responsabilité commune dans l’usage correcte de la raison – voilà ce que l’on pouvait vivre.

L’université était très fière de ses deux facultés de théologie. Il était clair qu’elles aussi, dans la mesure où elles s’interrogent sur la raison de la foi, accomplissent un travail qui appartient nécessairement au tout de l’‘Universitas scientiarum’, même si tous ne pouvaient pas partager la foi dont les théologiens s’efforcent de montrer qu’elle s’ordonne à la raison commune. Ce lien interne avec le cosmos de la raison ne fut pas dérangé le jour où l’on entendit un de nos collègues déclarer que dans notre université existait une chose remarquable : deux facultés qui s’occupent de quelque chose qui n’existe même pas – de Dieu. Qu’à l’encontre d’un scepticisme aussi radical, il demeure nécessaire et raisonnable de s’interroger sur Dieu avec la raison, cela restait indiscutable dans l’ensemble de l’université.

Tout cela m’est revenu à l’esprit lorsque récemment j’ai lu une partie du dialogue publié par le professeur Khoury (de Münster) entre l’empereur byzantin lettré Manuel II Paléologue et un savant persan dans le camp d’hiver d’Ankara en 1391, sur le christianisme et l’islam, et sur leur vérité respective. L’empereur a sans doute mis par écrit le dialogue pendant le siège de Constantinople entre 1394 et 1402. On peut comprendre ainsi que ses propres exposés soient restitués de façon bien plus explicite que les réponses du lettré persan. Le dialogue s’étend à tout le domaine de ce qui est écrit dans la Bible et dans le Coran au sujet de la foi ; il s’intéresse en particulier à l’image de Dieu et de l’homme, mais aussi au rapport nécessaire entre les « trois Lois » : Ancien Testament – Nouveau Testament – Coran. Dans mon exposé, je ne voudrais traiter que d’un seul aspect – au demeurant marginal dans la rédaction du dialogue –, un aspect en lien avec le thème foi et raison qui m’a fasciné et me sert d’introduction à mes réflexions sur ce thème.

Dans le 7e dialogue édité par le professeur Khoury (‘dialexis’, «controverse»), l’empereur en arrive parler du thème du ‘djihâd’ (guerre sainte). L’empereur savait certainement que dans la sourate 2, 256, il est écrit : «Pas de contrainte en matière de foi» – c’est l’une des sourates primitives datant de l’époque où Mohammed lui-même était privé de pouvoir et se trouvait menacé.

Mais l’empereur connaissait naturellement aussi les dispositions inscrites dans le Coran – d’une époque plus tardive – au sujet de la guerre sainte. Sans s’arrêter aux particularités, comme la différence de traitement entre « gens du Livre » et « incroyants », il s’adresse à son interlocuteur d’une manière étonnamment abrupte au sujet de la question centrale du rapport entre religion et contrainte. Il déclare : « Montre-moi donc ce que Mohammed a apporté de neuf, et alors tu ne trouveras sans doute rien que de mauvais et d’inhumain, par exemple le fait qu’il a prescrit que la foi qu’il prêchait, il fallait la répandre par le glaive. »

L’empereur intervient alors pour justifier pourquoi il est absurde de répandre la foi par la contrainte. Celle-ci est en contradiction avec la nature de Dieu et la nature de l’âme. « Dieu ne prend pas plaisir au sang, et ne pas agir raisonnablement (‘sunlogô’) est contraire à la nature de Dieu. La foi est un fruit de l’âme, non du corps. Donc si l’on veut amener quelqu’un à la foi, on doit user de la faculté de bien parler et de penser correctement, non de la contrainte et de la menace. Pour convaincre une âme raisonnable, on n’a besoin ni de son bras, ni d’un fouet pour frapper, ni d’aucun autre moyen avec lequel menacer quelqu’un de mort.»


La principale phrase dans cette argumentation contre la conversion par contrainte s’énonce donc ainsi : Ne pas agir selon la raison contredit la nature de Dieu. Le professeur Théodore Khoury, commente ainsi : pour l’empereur, «un Byzantin, nourri de la philosophie grecque, ce principe est évident. Pour la doctrine musulmane , Dieu est absolument transcendant, sa volonté n’est liée par aucune de nos catégories, fût-elle celle du raisonnable». Khoury cite à l’appui une étude du célèbre islamologue français R. Arnaldez, affirmant qu’«Ibn Hasm ira jusqu’à soutenir que Dieu n’est pas tenu par sa propre parole, et que rien ne l’oblige à nous révéler la vérité : s’Il le voulait, l’homme devrait être idolâtre» (1).

Ici s’effectue une bifurcation dans la compréhension de Dieu et dans la réalisation de la religion, qui nous interpelle directement aujourd’hui. Est-ce seulement grec, de penser qu’agir contre la raison est en contradiction avec la nature de Dieu, ou est-ce une vérité de toujours et en soi ? Je pense qu’en cet endroit devient visible l’accord profond entre ce qui est grec, au meilleur sens du terme, et la foi en Dieu fondée sur la Bible.

En référence au premier verset de la Genèse, Jean a ouvert le prologue de son Évangile avec la parole : ‘Au commencement était le Logos.’ C’est exactement le terme qu’emploie l’empereur : Dieu agit avec logos. Logos désigne à la fois la raison et la Parole – une raison qui est créatrice et peut se donner en participation, mais précisément comme raison. Jean nous a ainsi fait don de la parole ultime du concept biblique de Dieu, parole dans laquelle aboutissent tous les chemins, souvent difficiles et tortueux, de la foi biblique, et trouvent leur synthèse. Au commencement était le Logos, et le Logos est Dieu, nous dit l’évangéliste. La rencontre du message biblique et de la pensée grecque n’est pas un hasard. La vision de saint Paul à qui se fermèrent les chemins vers l’Asie et qui vit en songe au cours de la nuit un Macédonien et l’entendit l’appeler : ‘Viens à notre aide’ (Actes 16, 6-10) – cette vision peut être interprétée comme un condensé de la nécessaire rencontre interne entre foi biblique et questions grecques.

Cette rencontre était depuis longtemps en marche. Déjà le nom de Dieu très mystérieux émanant du buisson ardent, qui sépare ce Dieu de tous les dieux aux noms multiples et le nomme simplement l’Être, est une contestation du mythe, qui n’est pas sans analogie interne avec la tentative de Socrate de dépasser et de surmonter le mythe. Le processus commencé au buisson ardent parvient à une nouvelle maturité à l’intérieur de l’Ancien Testament durant l’Exil, où le Dieu d’Israël, alors privé de pays et de culte, se proclame comme le Dieu du ciel et de la terre et se présente avec une simple formule, dans la continuation de la parole du buisson ardent « Je le suis ». Avec cette nouvelle confession de Dieu s’opère de proche en proche une clarification qui s’exprime efficacement dans le mépris des idoles, lesquelles ne sont que des ouvrages fabriqués par les hommes (cf. Ps 115).

C’est ainsi que la foi biblique à l’époque helléniste, s’étant opposée avec une extrême vigueur aux autorités hellénistes qui voulaient faire adopter par la contrainte les manières de vivre des Grecs et le culte de leurs divinités, alla de l’intérieur à la rencontre de la pensée grecque en ce qu’elle avait de meilleur pour un apaisement réciproque, telle qu’elle s’est en particulier réalisée plus tard dans la littérature sapientielle. Aujourd’hui, nous savons que la traduction de l’Ancien Testament de l’hébreu en grec réalisée à Alexandrie – la Septante – est plus qu’une simple traduction du texte hébreu (appréciée peut-être de façon pas très positive) ; à vrai dire, il s’agit d’un témoin textuel indépendant et d’un pas spécifique important de l’histoire de la Révélation, par lequel s’est réalisée cette rencontre d’une manière qui acquit une signification décisive pour la naissance et l’expansion du christianisme. En profondeur, il y va, dans la rencontre entre foi et raison, des lumières et de la religion authentiques. A partir de l’essence de la foi chrétienne et en même temps à partir de l’essence de l’hellénisme, qui s’était fondu avec la foi, Manuel II a pu effectivement déclarer : Ne pas agir « avec le Logos » est en contradiction avec la nature de Dieu.

La probité exige qu’on doive considérer ici que, au cours du Moyen Âge tardif, se sont développées en théologie des tendances qui ont fait éclater cette synthèse entre le grec et le chrétien. Contre le soi-disant intellectualisme augustinien et thomiste commence, avec Duns Scot, une position du volontarisme qui conduisit finalement à dire que nous ne connaissons de Dieu que sa ‘voluntas ordinata’. Au-delà, il y a la liberté de Dieu, en vertu de laquelle il aurait également pu faire le contraire de tout ce qu’il a fait. Ici se dessinent des positions qui peuvent être rapprochées totalement de celles d’Ibn Hazm et qui peuvent tendre vers l’image d’un Dieu arbitraire, qui n’est pas tenu par la vérité et le bien. La transcendance et l’altérité de Dieu sont placées si haut que notre raison, notre sens du vrai et du bien ne sont plus de réels miroirs de Dieu, dont les possibilités mystérieuses, derrière ses décisions effectives, nous restent éternellement inaccessibles et cachées.

A l’encontre de cette position, la foi chrétienne a toujours affirmé fermement qu’entre Dieu et nous, entre son esprit créateur éternel et notre raison créée, il existe une réelle analogie, dans laquelle les dissimilitudes sont infiniment plus grandes que les similitudes, mais cela ne supprime pas l’analogie et son langage (cf. concile Latran IV). Dieu ne devient pas plus divin si nous l’éloignons dans un volontarisme pur et incompréhensible, mais le véritable Dieu est le Dieu qui s’est manifesté dans le Logos, et qui a agi et qui agit par amour envers nous. Certes, l’amour « surpasse » la connaissance et demande en conséquence de prendre en considération plus que la simple pensée (cf. Eph 3, 19), mais il reste néanmoins amour du Dieu-Logos ; c’est pourquoi le culte de Dieu chrétien est ‘logiké latreia’ – culte de Dieu en accord avec la Parole éternelle et avec notre raison (cf Rm 12, 1).

La rencontre intime qui s’est réalisée entre la foi biblique et les interrogations de la philosophie grecque n’est pas seulement un événement concernant l’histoire des religions, mais un événement décisif pour l’histoire mondiale qui nous concerne aussi aujourd’hui. Quand on considère cette rencontre, on ne s’étonne pas que le christianisme, bien qu’il soit né et ait connu un développement important en Orient, ait finalement trouvé son véritable impact grec en Europe. Nous pouvons aussi dire, à l’inverse : cette rencontre, à laquelle s’est ensuite ajouté l’héritage de Rome, a fait l’Europe et reste au fondement ce qu’on peut appeler à juste titre l’Europe.

Cette thèse – que l’héritage grec critiquement purifié appartient à la foi chrétienne – fait face à l’exigence d’une déshellénisation qui domine de façon croissante le débat théologique depuis le début de l’époque moderne. Si l’on y regarde de plus près, on peut observer que ce programme de déshellénisation a connu trois vagues, sans doute liées, mais pourtant différentes les unes des autres dans leur fondement et dans leurs buts.

La déshellénisation apparaît d’abord en lien avec les fondements de la Réforme du XVIe siècle. Les réformés se sont situés face à la tradition scolastique de la théologie, qui avait totalement systématisée la foi sous la détermination de la philosophie, pour ainsi dire une détermination étrangère de la foi par une pensée qui n’émane pas d’elle. La foi n’apparaissait plus comme Parole vivante et historique, mais comme domiciliée dans un système philosophique. La ‘scriptura sola’ recherche, à l’inverse, la forme originaire de la foi telle qu’elle est donnée originairement dans la Parole biblique. La métaphysique apparaît comme une assertion qui provient d’ailleurs et dont il faut libérer la foi, en sorte qu’elle soit de nouveau totalement elle-même. Avec une radicalité que ne pouvaient pas prévoir les réformés, Kant a fonctionné à partir de ce programme, quand il disait qu’il a dû écarter la pensée pour faire place à la foi. En cela, il a ancré la foi exclusivement dans la raison pratique et lui a dénié l’accès à la totalité de la réalité.

La théologie libérale des XIXe et XXe siècles apporta une deuxième vague dans le programme de déshellénisation, dont Adolf von Harnack est le plus éminent représentant. Au temps de mes études comme dans les premières années de mon activité académique, ce programme était aussi fortement à l’œuvre dans la théologie catholique. La distinction que faisait Pascal entre le Dieu des philosophes et le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, servait de point de départ. Dans ma leçon inaugurale à Bonn en 1959, j’ai essayé de m’en expliquer.

Je ne voudrais pas reprendre tout cela à nouveau ici. Mais je voudrais du moins essayer brièvement de faire ressortir la différence entre cette nouvelle et deuxième déshéllénisation et la première. Comme pensée centrale apparaît, chez Harnack, le retour à Jésus simple homme et à son simple message, antérieurs à toutes les théologisations et aussi à l’hellénisation : ce simple message représente le vrai sommet du développement religieux de l’humanité. Jésus a congédié le culte pour la morale. Il est finalement présenté comme le père d’un message moral plein d’amitié pour les hommes. L’enjeu fondamental, c’est d’accorder de nouveau le christianisme avec la raison moderne, justement en le libérant des éléments apparemment philosophiques et théologiques, comme la foi en la divinité du Christ ou au Dieu trinitaire.

Dans la mesure où elle s’aligne ainsi sur une explication historico-critique du Nouveau Testament, la théologie a de nouveau droit de cité dans le cosmos de l’université : la théologie est, pour Harnack, essentiellement historique et ainsi rigoureusement scientifique. Ce qu’elle découvre sur le chemin de la critique de Jésus est pour ainsi dire l’expression de la raison pratique et par là elle a aussi sa place dans l’ensemble universitaire. A l’arrière-plan, on perçoit l’auto-limitation moderne de la raison, telle qu’elle a trouvé son expression classique dans les Critiques de Kant, mais telle aussi qu’entre temps elle a été radicalisée encore par la pensée scientifique.

Cette conception moderne de la raison repose sur la synthèse, confirmée par le succès technique, entre le platonisme (cartésianisme) et l’empirisme, pour le dire brièvement. D’un côté, on présuppose la structure mathématique de la matière, à savoir sa rationalité interne, qui rend possible de la comprendre et de l’utiliser comme force effective : ce présupposé fondamental est pour ainsi dire l’élément platonicien de la compréhension de la nature. De l’autre côté, il y va de la fonctionnalité de la nature pour nos intérêts, sur quoi seule la possibilité de la vérification ou de la falsification par l’expérience livre la certitude. Le poids entre les deux pôles peut être placé davantage sur l’un ou sur l’autre côté. Un penseur positiviste aussi rigoureux que J. Monod s’est décrit comme un platonicien convaincu, c’est-à-dire un cartésien.

Cela entraîne pour notre question deux orientations fondamentales. Seule la forme de certitude qui se donne dans le jeu concerté des mathématiques et de l’expérience autorise à parler de scientificité. Tout ce qui prétend être science doit se soumettre à ce critère. Aussi, les sciences qui se rapportent aux réalités humaines – telles que l’histoire, la psychologie, la sociologie, la philosophie – essaient de s’adapter à ce canon de la scientificité. Il est important encore, pour nos réflexions, que la méthode en tant que telle exclut la question de Dieu et la fait apparaître comme non-scientifique ou préscientifique. Mais par là, nous nous trouvons devant un rétrécissement du rayon de la science et de la raison qui doit être mis en question .

Nous allons y revenir. Il faut d’abord constater qu’essayer de faire de ce point de vue une théologie « scientifique », le christianisme n’est plus qu’un fragment misérable. Mais nous devons dire plus : l’homme lui-même en cela est diminué. Car les questions humaines spécifiques : d’où venons-nous et où allons-nous, les questions de la religion et de la morale, ne peuvent pas trouver une place dans la raison communément définie par la « science » et doivent être transférées dans la subjectivité. La subjectivité décide à partir de ses expériences ce qui lui paraît supportable d’un point de vue religieux, et la « conscience » subjective devient finalement l’unique instance éthique.

Mais de cette manière, morale et religion perdent leur capacité de formation collective et relèvent de l’arbitraire. Cette situation est dangereuse pour l’humanité : nous le constatons en voyant les pathologies de la religion et de la raison, qui doivent nécessairement se manifester là où la raison est si réduite que les questions de la religion et de la morale ne relèvent plus de son domaine. Ce qui, dans les essais éthiques, provient des règles de l’évolution ou de la psychologie et de la sociologie est tout simplement insuffisant.

Avant d’en arriver aux conséquences ultimes auxquelles je tends en tout cela, je dois brièvement signaler la troisième déshellénisation, qui a lieu actuellement. Au regard de la rencontre avec la multiplicité des cultures, on dit volontiers aujourd’hui que la synthèse avec la culture de la Grèce a été une première inculturation, réalisée dans l’Eglise antique, qu’on ne devrait pas imposer aux autres cultures. Ce serait leur droit de contourner cette inculturation pour revenir au simple message du Nouveau Testament, afin de l’inculturer à nouveau dans leurs espaces. Cette thèse n’est pas simplement fausse, elle est exagérée et inexacte. Car le Nouveau Testament est écrit en grec et porte en lui-même la rencontre avec l’esprit grec qui avait mûri auparavant dans la formation de l’Ancien Testament. Bien sûr, il y a des couches dans le devenir de l’Eglise antique qui ne doivent pas entrer dans toutes les cultures. Mais les choix fondamentaux, qui concernent le lien de la foi avec la quête de la raison humaine, appartiennent à cette foi elle-même et sont adaptés à son développement.

J’en viens à ma conclusion. L’essai d’autocritique de la raison esquissé ici à gros traits n’implique pas du tout la conception selon laquelle il faudrait revenir en deçà de l’‘Aufklärung’ et congédier les vues de la modernité. La grandeur du développement moderne de l’esprit est reconnue sans restriction : nous sommes tous reconnaissants pour les grandes possibilités qu’elle a ouvertes à l’homme et pour les progrès de l’humanité qui nous sont offerts. L’éthique de la scientificité est en outre volonté d’obéissance envers la vérité et, par suite, expression d’une attitude fondamentale qui appartient aux choix fondamentaux du christianisme.

Il s’agit non d’un retrait, ni d’une critique négative, mais d’un élargissement de notre concept et de notre usage de la raison. Car avec toute la joie que nous éprouvons à la vue des nouvelles possibilités de l’homme, nous voyons aussi les dangers qui croissent avec ces possibilités et nous devons nous demander comment en devenir maîtres. Nous le pouvons seulement si raison et foi s’unissent d’une manière nouvelle ; si nous surmontons l’auto-limitation de la raison à ce qui est falsifiable dans l’expérience, et si nous ouvrons de nouveau à la raison toute sa largeur. En ce sens, la théologie appartient à l’Université non seulement comme discipline relevant de l’histoire et des sciences humaines, mais comme spécifiquement théologie, comme question sur la raison de la foi et à son large dialogue avec les sciences.

Ainsi seulement nous devenons capables d’un authentique dialogue entre cultures et religions, dont nous avons impérativement besoin. Dans le monde occidental domine largement l’opinion que seule la raison positiviste et les formes de la philosophie qui en dépendent sont universelles. Mais précisément, cette exclusion du divin hors de l’universalité de la raison est perçue, par les cultures profondément religieuses du monde, comme un mépris de leurs convictions les plus intimes. Une raison qui est sourde au divin et repousse les religions dans le domaine des sous-cultures est inapte au dialogue des cultures.

En outre, comme j’ai essayé de le montrer, la raison scientifique, avec son élément platonicien, porte en elle-même une question qui tend au-delà d’elle et des possibilités de sa méthode. Elle doit tout simplement accepter comme un donné la structure rationnelle de la matière, tout comme la correspondance entre notre esprit et les structures rationnelles qui règnent dans la nature, un donné sur lequel est fondé sa méthode. Mais la question ‘pourquoi il en est ainsi’ demeure, et doit être transmise par les sciences de la nature à d’autres niveaux et à d’autres manières de penser – à la philosophie et à la théologie.

Pour la philosophie et d’une autre manière pour la théologie, l’écoute des grandes expériences et intuitions des traditions religieuses de l’humanité, en particulier de la foi chrétienne, est une source de connaissance, contre laquelle on ne se protègerait qu’en restreignant de façon inadmissible notre capacité d’écouter et de trouver des réponses. Il me vient ici à l’esprit un mot de Socrate à Phédon. Les discours précédents ayant évoqué beaucoup d’opinions philosophiques fausses, Socrate déclare : « On comprendrait aisément que quelqu’un, devant tant de faussetés, passât le restant de sa vie à haïr et à mépriser tous les discours sur l’être. » Mais de cette manière, il perdrait la vérité de l’être et s’attirerait un très grand dommage.

L’Occident est menacé depuis longtemps par le rejet des questions fondamentales de la raison et ne peut en cela que courir un grand danger. Le courage pour l’élargissement de la raison, non la dénégation de sa grandeur – tel est le programme qu’une théologie responsable de la foi biblique doit assumer dans le débat actuel. « Ne pas agir selon la raison (selon le Logos) s’oppose à la nature de Dieu », répliqua Manuel II, depuis sa vision chrétienne de l’image de Dieu, à son interlocuteur persan. C’est dans ce grand Logos, dans cette large raison que nous invitons nos partenaires au dialogue des cultures. La trouver toujours à nouveau, telle est la grande tâche de l’Université.»

(Traduit de l’allemand par Marcel Neusch)

(1) Les citations de la controverse sont empruntées par Benoît XVI à l’ouvrage Entretiens avec un musulman, de Manuel II Paléologue (édition Sources chrétiennes) ; elles sont traduites ici selon la reprise qu’en fait le pape . Par contre, les citations de Th. Khoury et de R. Arnaldez, tirées de la même édition, sont reprises selon l’édition originale parue au Cerf (note du traducteur).

Source : La Croix

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dimanche 31 août 2008

Georgie : Qui sème le vent ...

Arm_e_g_orgienneEuropae Gentes

Article des Alter-européens publié le 28 août 2008

L’indignation américaine et européenne largement relayée par les média a de quoi laisser pantois.

Lorsqu’il y a à peine quelques mois, les russes attiraient l’attention du monde entier sur les risques d’une reconnaissance de la déclaration unilatérale du Kosovo, sans doute en avaient-ils une singulière expérience avec la myriade de petites républiques qui ont peuplé l’ex-Urss.
 
Mais il ne vient à aucun média occidental ou aucun homme politique « officiel » de se risquer à faire un parallèle avec l’Ossétie.


Lorsque les américains décident d’intervenir au Kosovo en bombardant les populations civiles serbes en 1999 arguant d’un risque de catastrophe humanitaire, la France de Chirac ne trouve rien d’autre à faire que se ranger servilement derrière la bannière étoilée en envoyant des Mirage 2000. Pourtant, à la différence de l’Ossétie qui dés 1992 avait proclamé son indépendance, le Kosovo ne bénéficiait d’aucun statut particulier lui permettant d’invoquer une violation du droit international.

Aujourd’hui, on fait mine de s’indigner de la reconnaissance par le parlement russe de l’indépendance de l’Ossétie. Pourquoi ce qui hier était légitime devient aujourd’hui une grave entrave au droit international. En quoi, le droit des Ossètes descendants des Allain et des Scythes qui constituent un peuple depuis bien longtemps serait-il moins légitime que les albanais musulmans du Kosovo, arrivés comme réfugiés sur une terre qui était le berceau de la Serbie ?

En quoi le gouvernement Ossète autoproclamé aurait-il moins de crédibilité que le mafieux Hasim Thaci qui aux dires d’un général italien de l’Otan, va faire de son pays la plaque tournante de la prostitution et de la drogue en Europe ?

Certes, les russes n’ont que faire du droit des peuples. Mais qui a pris l’initiative de l’agression sinon l’irascible président géorgien Mickael Saakachvili en envoyant ses chars et son artillerie sur la capitale ossète, fort pensait-il du soutien de ses commanditaires américains envers qui il voue une admiration sans faille ?

Puis le voilà deux jours après tout penaud, face à la volée de bois vert de russe, à solliciter une négociation et un arrêt des hostilités. Cette agression stupide et téméraire amène certains à comparer cette agression à une attaque du Luxembourg contre la Chine. Comment a-t-il pu imaginer que la Russie de Poutine resterait de marbre ?

Sans doute cette affaire a-t-elle cristallisée autour de lui un fort sentiment national alors que sa cote de popularité était en berne et qu’il a du, il y a plus d’un an, faire face à de violentes manifestations. Une autre explication est celle donnée par les russes selon lesquels, ce sont les américains qui auraient cyniquement poussé le Chef d'Etat georgien à agresser l'Ossétie.

Cette explication n'est pas aussi invraisemblable que cela et elle est même confirmée par Marek Halter dans le Figaro du 15 août. Selon lui, le coup de force a été préparé par les conseillers militaires américains et approuvé par Condoleeza Rice afin de provoquer une réaction russe et d'entraîner une mobilisation médiatique contre la Russie.

En tout état de cause, l’attitude européenne est irresponsable et partiale et la présidence de Sarkozy laisse craindre un alignement sans faille derrière les États Unis et l’Otan. Pourtant l’Europe n’a rien à gagner et tout à perdre d’une rupture avec nos frères russes.
Ce n’est pas au nom de principes philanthropiques que les américains s’intéressent au Caucase mais parce qu’il est le champ de bataille de puis 15 ans du grand jeu énergétique. L’ancien conseiller de Carter, Zbigniew Brezinski qui voit le monde comme un grand échiquier le considère comme une des zones les plus stratégiques du monde. L’installation de bases militaires de l’Otan est dans cette perspective une priorité absolue pour les américains.

En quoi cette perspective va-t-elle dans l’interêt de l’Europe ?

De même que nous n’avons rien à gagner en envoyant nos troupes se faire massacrer en Afghanistan pour servir de supplétifs aux américains, il est grands temps de changer radicalement d’orientation. Seule une Europe forte permettra de tempérer les ardeurs hégémoniques de la Russie et d’apporter une sécurité à nos frères baltes et polonais qui risquent de se tourner vers l’Amérique.

Le retrait de l’Otan et la création d’une armée européenne autonome, la mise en place d’un axe Paris-Berlin-Moscou sont aujourd’hui une nécessité impérieuse. 

Laissons les américains s’enliser là où ils ont voulu jouer aux apprenti-sorciers et tournons-nous vers nos frères de l’Est pour construire une Europe puissance seule capable de réequiliber le monde face aux menaces terroristes et aux marchands du temple de la maison blanche.

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dimanche 24 août 2008

Synthèse sur les événements du Caucase

G_orgie_2Europe Maxima

Article de Georges Feltin-Tracol publié le 22 août 2008

Sommes-nous à la veille d’une nouvelle « guerre froide » entre la Russie et l’Occident à la suite des événements récents survenus en Géorgie ? La très grave crise commencée le 8 août 2008 braque l’attention du monde sur cette région instable qu’est le Caucase. Or, fidèles à leurs mauvaises habitudes de paresse intellectuelle, de priorité « olymfric » (les ratées d’une nageuse française ou le déchaînement chauviniste cocardier convulsif autour de médailles d’or obtenues par l’équipe de France reléguant au second plan toute véritable compréhension de la querelle entre Moscou et Tbilissi) et de parti pris russophobe (une variante du racisme anti-blanc qui se décline au gré de l’actualité contre les Corses, les Serbes ou, maintenant, les Russes), radios et télévisions françaises versent dans l’information approximative ou dans la désinformation (1).

Région montagneuse servant de limite imprécise entre l’Europe et l’Asie, le Caucase est une mosaïque de peuples à l’intersection des aires d’influence des mondes turcophone, chrétien (russe, géorgien, arménien) et persan. Voisin de l’Asie centrale, à proximité des Proche- et Moyen-Orients et situé entre les mers Noire et Caspienne, le territoire caucasien dispose d’atouts stratégiques majeurs dans le « Grand Jeu » qui opposent les États-Unis, la Russie, l’Iran et la Turquie. Lieu de passage pour les oléoducs (le B.-T.-C. : Bakou - Tbilissi - Ceyhan) et les gazoducs (projet Nabucco) qui partent des rives de la Caspienne pour arriver dans les ports méditerranéens ou de la mer Noire, c’est, avec les Balkans, un autre point névralgique de l’Europe.

Espace longtemps disputé entre les empires ottoman, perse et russe, le Caucase devient russe au XIXe siècle sans toutefois que cette domination impériale soit complète, sûre et définitive. Des peuples caucasiens ne cessent de contester l’autorité de Saint-Pétersbourg. Les révolutions de 1917, l’effondrement de l’autocratie et le décret de Lénine sur les nationalités facilitent les indépendantismes locaux (2). Toutefois, au cours de la guerre civile (1917 - 1921), les bolcheviks en héritiers paradoxaux des tsars brisent ces tentatives séparatistes et rétablissent l’emprise du centre russe sur ses périphéries ethniquement hétérogènes. Pis, Lénine et surtout Staline, un Géorgien de mère ossète très au fait de ces problèmes et auteur d’un des rares ouvrages marxistes-léninistes qui évoquent la question nationale, retracent les frontières intérieures de la future U.R.S.S. Il s’agit d’établir des ferments de rivalités futures entre peuples afin de rendre le Parti communiste soviétique seul apte à juger d’une manière impartiale les conflits possibles. Les Soviétiques reprennent donc l’antique principe du « Diviser pour régner ».

Ainsi, en 1922, les Ossètes (peuple bien connu des lecteurs de Georges Dumézil, car issu des Alains) se retrouvent partagés entre une Ossétie du Nord (ou Alanie depuis 1994) intégrée à la République fédérative socialiste soviétique de Russie et une Ossétie du Sud d’abord incluse dans la république soviétique de Transcaucasie, puis à sa dissolution en 1937 à la Géorgie.

Le réveil douloureux des peuples

Du temps de l’U.R.S.S., les revendications nationalistes sont durement réprimées et le régime soviétique ne tolère qu’une médiocre expression culturelle assez vite réduite en folklore (dans son acception péjorative). L’ère Gorbatchev (1985 - 1991) avec la Perestroïka et la Glasnost développe les réveils nationalitaires en Union soviétique, mais ne les crée point. Les premiers soubresauts des peuples se font sentir dès la fin des années 1960. En 1978, dans L’Empire éclaté, Hélène Carrère d’Encausse envisage que la contestation anti-soviétique viendrait des républiques musulmanes centre-asiatiques. Elle se trompe puisque ce sont les peuples baltes qui ébranlent l’autorité de Moscou. On ignore cependant que dès la fin des années 1980, les peuples du Caucase secouent eux aussi l’oppression soviétique en relançant des revendications territoriales conflictuelles. Dès 1988, Arméniens et Azéris s’affrontent au sujet du Haut-Karabakh. Cette république autonome de l’Azerbaïdjan à majorité arménienne veut son indépendance ou son rattachement à l’Arménie. En dépit de l’interposition de l’Armée rouge, une terrible guerre oppose Érévan à Bakou qui se solde en 1994 par la victoire provisoire des Arméniens. Depuis, l’Arménie soutient le Karabakh et occupe 20 % du territoire azéri.

En 1989, sur d’autres versants, des heurts opposent Géorgiens et Ossètes du Sud, les premiers défendant l’idée d’une Géorgie unitaire et centralisée, les seconds leur union avec l’Ossétie du Nord russe. L’Armée rouge intervient en médiateur. Hors du Caucase, en 1990, face à la montée en puissance du sentiment moldave de se rattacher à la Roumanie, les populations slavophones de la rive gauche du Dniestr se séparent de la Moldavie et fondent la Transnistrie. Il en découle une guerre civile brutalement arrêtée par l’Armée rouge…

La fin de l’U.R.S.S., le 25 décembre 1991, accélère les revendications nationales et favorise la fragmentation de l’espace post-soviétique. Voulant à la fois assurer la pérennité de son pouvoir et « désoviétiser » la Russie, Boris Eltsine autorise les pouvoirs locaux à « prendre le plus de souveraineté qu’ils le peuvent ». Le Tatarstan devient par exemple quasi-indépendant en plein cœur du pays et à 500 km à l’Est de Moscou !… Dans le Caucase septentrional, les Tchétchènes proclament leur indépendance dès 1992 et font imploser leur république de Tchétchénie - Ingouchie puisque les Ingouches se séparent d’eux et constituent la république autonome d’Ingouchie dans la Fédération russe. Le radicalisme séparatiste tchétchène entraîne dès lors la Russie dans des conflits sanglants en 1994 - 1996 et en 1999 - 2005.

En 1990, dans cet intense bouillonnement des nationalités, les Ossètes du Sud, toujours officiellement sous la tutelle de Tbilissi, choisissent un parlement autonome dont les premières décisions sont de quitter la Géorgie et de réclamer la « Velikaia Osetia » (la Grande Ossétie), c’est-à-dire la réunification dans le cadre russe des deux territoires ossètes. Immédiatement, la Géorgie supprime le statut d’autonomie de l’Ossétie du Sud et y envoie son armée écraser les « rebelles ». Il s’en suit une nouvelle guerre marquée par l’intervention militaire russe et la défaite des Géorgiens. Le 28 décembre 1991, le parlement ossète du Sud réaffirme l’indépendance de son territoire vis-à-vis de Tbilissi.

Dans le même temps, la Géorgie est confrontée à d’autres soulèvements indépendantistes abkhaze au Nord-Ouest et adjare au Sud-Ouest. Appuyés par Moscou, ils profitent aussi du désordre politique intérieur géorgien. En janvier 1992, la Géorgie sombre dans la guerre civile entre les partisans du premier président élu, le nationaliste grand-géorgien Zviad Gamsakhourdia, un homme de lettres et ancien dissident soviétique, et les responsables du coup d’État rassemblés autour d’Édouard Chevardnadzé, l’ancien ministre soviétique des Affaires étrangères. La résistance zviadiste écrasée en décembre 1993, Chevardnadzé se rapproche de la Russie, fait adhérer la Géorgie à la C.E.I. (Communauté des États indépendants) et, tout en réaffirmant l’intégrité territoriale de son pays, suspend les questions adjare, abkhaze et ossète du sud, faisant en réalité de ces trois territoires des « États fantômes » (3).

Voici venir le temps des roses…

L’instabilité politique incessante, la crise économique persistante, l’incurie gouvernementale flagrante et la corruption généralisée fragilisent progressivement l’assise de Chevardnadzé perçu par les plus nationalistes des Géorgiens comme le bradeur de l’unité nationale et un pion de Moscou. En novembre 2003, à la suite d’élections estimées truquées, Chevardnadzé est chassé de la présidence par une « révolution de couleur » inspirée de la révolution anti-Milosevic d’octobre 2000 en Yougoslavie. Fomentée par des O.N.G. proches du milliardaire Soros et par la C.I.A., cette révolution téléguidée - « la Révolution des Roses » - porte à la présidence Mikhaïl Saakachvili, un jeune avocat polyglotte acquis aux thèses occidentales, euro-atlantistes et libérales.

La stupeur de Moscou bien incapable de défendre Chevardnadzé permet ensuite une floraison de « révolutions colorées » orchestrées par des organisations para-gouvernementales au financement occidental tant dans l’aire ex-soviétique (« Révolution Orange » en Ukraine en décembre 2004 et « Révolution des Tulipes » au Kirghizistan en mars 2005) qu’au Liban avec la « Révolution du Cèdre » (février - juillet 2005). Il ne fait guère de doute que la prochaine cible de ces révolutions sera la Russie. Or leurs instigateurs commettent l’erreur de s’en prendre d’abord à la Biélorussie en provoquant, à la suite de la présidentielle de mars 2006, une « Révolution du Jean’s » contre le président Alexandre Loukachenko. Homme énergique et volontaire, celui-ci réagit avec détermination et déjoue l’intrigue. Désormais conscient du péril « coloré », le Kremlin promeut des mouvements de masse (les Nachi, la Jeune Garde, le Mouvement eurasien de la Jeunesse, etc.) aptes à s’opposer à une quelconque tentative de déstabilisation.

Entre-temps, fort du soutien de Washington et de Bruxelles, Saakachvili entreprend de sortir de l’orbite russe pour intégrer l’ensemble occidental. Il pose la candidature de la Géorgie à l’O.T.A.N. et demande à rejoindre l’Union européenne. Cet occidentalisme militant rassure les capitales euratlantiques qui oublient le caractère de plus en plus autoritaire et démagogique du régime à Tbilissi. Saakachvili n’hésite pas à décréter l’état d’urgence, à disperser par la force des manifestations d’opposition et à arrêter ses adversaires politiques. Par ailleurs, usant d’un chauvinisme brutal et jacobin, le bouillant et présomptueux président géorgien en appelle à la réunification de toute la Géorgie, bref mettre au pas les régions irrédentistes d’Ossétie du Sud, d’Abkhazie et d’Adjarie. La reconquête du territoire géorgien commence par la reprise pacifique de l’Adjarie. Après des tractations âpres et subtiles, Tbilissi arrive à restaurer son autorité sur la région en mai 2004. C’est un succès personnel pour le jeune président géorgien.

Le frelon géorgien contre l’ours russe

La réussite en Adjarie rend le gouvernement géorgien très sûr de lui et optimiste dans la reprise des territoires ossète et abkhaze. Or la situation dans ces deux territoires est plus compliquée qu’en Adjarie seulement autonome. En effet, l’indépendance de l’Ossétie du Sud a été approuvée par référendum avec 99,75 % de oui en janvier 1992. En outre, les gouvernements abkhaze et ossète se placent très tôt sous la protection de la Russie qui en profite pour en contrôler les économies. En 2002, ce rapprochement vire à l’intégration déguisée puisque de nombreux Ossètes du Sud et Abkhazes reçoivent la citoyenneté russe. En novembre 2006, un nouveau référendum exprime massivement le souhait des Ossètes du Sud à être officiellement annexés à la Fédération de Russie.

Dès août 2004, Saakachvili avait lancé une offensive militaire contre l’Ossétie du Sud qui échoua devant la réaction mesurée des troupes russes présentes. Les relations entre Moscou et Tbilissi entrent alors dans une période agitée ponctuée par la « crises des espions » en septembre 2006, le tir d’un missile russe sur le territoire géorgien (avril 2007) ou la destruction par les Russes dans le ciel abkhaze d’un drone géorgien (mai 2008). En octobre 2006, Moscou rompt ses relations diplomatiques avec la Géorgie et lui impose un embargo commercial, maritime et aérien. L’embargo n’est levé qu’au printemps 2008. Sur le terrain, on assiste à une multiplication des incidents entre Géorgiens et « séparatistes », ossètes surtout, au cours du mois de juillet 2008. Les 1er et 2 août 2008 ont lieu de véritables affrontements frontaliers. Dans la nuit du 7 au 8 août, l’armée géorgienne, encadrée par des soudards issus de firmes de mercenariat anglo-saxonnes, envahit l’Ossétie du Sud, y fait régner la terreur et opère un début d’épuration ethnique (4).

Le moment n’est pas fortuit. Le chef de guerre géorgien « Saccagevilénie » pensait avoir une liberté totale sur le plan médiatique le jour de l’ouverture des Jeux Olympiques à Pékin. Voulant répéter le précédent adjare d’une façon plus violente, il est probable qu’il s’inspira aussi des coups militaires victorieux du président Tudjman en 1995 quand, aidés et armés par des conseillers étatsuniens, les Croates reprirent aux Serbes en quelques jours la Slavonie occidentaleOpération Éclair » en mai), la KrajinaOpération Tempête », du 4 au 7 août) et la Bosnie occidentaleOpération Mistral », du 13 au 17 septembre). À l’époque, Franjo Tudjman avait parié sur l’impuissance des troupes serbo-yougoslaves de Slobodan Milosevic ; il gagna son pari. « Saakyan » a-t-il cru que la Russie demeurerait inactive, tablant sur une hypothétique discorde au sommet du pouvoir entre le président Medvedev et son Premier ministre Poutine ? Ne comprit-il pas que, passablement irritée par le projet de bouclier anti-missile U.S. en Europe centrale et orientale et par les menées subversives d’agences para-gouvernementales d’émanation étatsunienne, la Russie ne laisserait pas la Géorgie s’emparer de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie ?

Le géostratège polonais Roman Kuzniar estime que Saakachvili « a fait un mauvais calcul. Il a sous-estimé la réaction des Russes et surestimé ses liens avec les pays occidentaux en s’imaginant, à tort, que ces derniers allaient le soutenir (5) ». Allant à contre-courant de l’interprétation majoritaire qui fait de la riposte russe le premier acte d’une politique d’expansion impérialiste, Roman Kuzniar ajoute que la Russie « connaît aussi ses limites. [Elle] est sur la défensive. Elle est sous la pression des États-Unis et de l’O.T.A.N. Elle se sent menacée dans son étranger proche (6). Ce qu’elle veut pour le moment, c’est maintenir le statu quo et elle est prête, comme on le voit, à utiliser pour cela la manière forte (7) ». C’est aussi un signal fort adressé à tous ceux qui pensent encore la Russie comme un État-continent en voie de dislocation. Plus grand pays au monde par la superficie, grand producteur d’hydrocarbures, la Russie ne serait plus être considérée comme un Bélize eurasiatique !

La magistrale raclée donnée à l’armée géorgienne marque la fin de l’hibernation pour l’ours russe. Se dessine par ailleurs un nouveau rapport de force entre les principales puissances géopolitiques de la planète à un moment où, embourbés dans les conflits afghan et irakien, les États-Unis sont à la veille d’une très grave crise économique. Quant à l’Union européenne actuellement présidée par la France, elle a montré une très grande efficacité dans le seul domaine qui lui tient vraiment à cœur : l’humanitaire. Puissance économique sans aucune volonté politique (la démonie des droits de l’homme ne relève que de l’impolitique la plus nette), l’U.E. excelle en merveilleuse infirmière et en fantastique cellule d’aide psychologique collective. En attendant d’être une excellente fille de joie !…

Est-ce la fin du nouvel ordre mondial comme l’affirme le spécialiste en géopolitique Alexandre Latsa (8) ? Remarquons déjà que la Pologne vient de signer avec les États-Unis l’accord d’installation du bouclier anti-missile officiellement destiné à contrer les futures têtes nucléaires de l’Iran et en réalité tourné contre la Russie. En représailles, Moscou et Minsk signeront cet automne un accord bilatéral sur la création d’un système commun de défense anti-missile dans le cadre de l’Union Russie-Biélorussie ainsi réactivée. On peut désormais envisager que la Russie installera des têtes balistiques dans son enclave de Kaliningrad et en Biélorussie… Grande irresponsable, le chancelier allemand Angela Merkel soutient maintenant la venue rapide de la Géorgie dans l’O.T.A.N. au risque de mécontenter encore plus la Russie qui devrait répliquer en faisant atterrir ses bombardiers stratégiques à Cuba et en installant des bases militaires sur cette île et au Venezuela.

La défaite géorgienne redistribue la donne dans l’« étranger proche ». Dans le Caucase, l’armée azérie qui se modernise en équipements militaires grâce à l’argent du pétrole a-t-elle encore envie de reprendre le Karabakh à l’Arménie alliée fidèle de la Russie et de l’Iran (9) ? L’Ukraine s’inquiète dès à présent pour l’intégrité de son territoire. Si on n’ignore pas que le pays est partagé entre l’Ouest ukrainophone et l’Est russophone, on sait moins que parmi les divers contentieux russo-ukrainiens se trouve le sort de la Crimée avec son port militaire de Sébastopol. Jusqu’en 1954, la presqu’île était russe. Cette année-là, pour célébrer le tricentenaire de l’union entre l’Ukraine et la Russie, Khrouchtchev donna la Crimée à l’Ukraine. Kyiev pourrait craindre que l’avancée russe dans le Caucase donne des idées aux habitants de Crimée russophiles (10)… Les États baltes qui comptent une importante minorité russophone comme la Lettonie et l’Estonie pourraient avoir la crainte justifiée que la victoire des Ossètes et des Abkhazes ravive l’irrédentisme russe des « non-citoyens » (11).

Quel parapluie étatsunien ?

Mikhaïl Saakachvili tablait sur le soutien unanime et immédiat de l’Occident, voire sur une réaction militaire de l’O.T.A.N. La curieuse apathie étatsunienne rend les observateurs perplexes. Certes, les États-Unis sont en plein cirque électoral et l’administration Ubush fils entame ses derniers mois d’existence, mais quand même… Des hypothèses tentent d’expliquer cette passivité. Les commentateurs envisagent que la Géorgie a lancé son attaque sans daigner prévenir Washington, d’où un flottement mâtiné d’agacement. Ou bien les États-Unis étaient informés de ce que tramait « Saakyan », mais la riposte russe les a tétanisés alors qu’ils comptent beaucoup sur Moscou pour renforcer les sanctions contre l’Iran, d’où la sous-traitance de la crise gérée par l’U.E. et la France. Ou bien l’inertie U.S. démontre que le roi est nu, que les États-Unis sont militairement et économiquement affaiblis et qu’ils rechignent de plus en plus à s’occuper d’un « Reste du monde » toujours plus déroutant et imprévisible.

Si cette dernière hypothèse se révélait exacte, le « parapluie étatsunien » censé protéger les États européens n’existerait de facto plus, rendant de cette manière l’O.T.A.N. totalement inutile. Cette perspective terrorise une classe politicienne atlantiste effrayée à l’idée de devoir augmenter le budget de la défense aux dépens de subventions gaspillées pour procurer une paix civile précaire à leurs sociétés multiculturelles décadentes. Une seconde preuve de la faiblesse yankie concernerait la proposition de loi déposée à la Chambre des représentants demandant au Comité international olympique de retirer à la Russie les jeux d’hiver prévus à Sotchi en 2014 ! On a connu les États-Unis bien plus vindicatifs.

Moralité, plutôt que de réintégrer une structure transatlantique aujourd’hui inadéquate, la France devrait au contraire exiger au nom des intérêts européens la dissolution de l’Alliance atlantique, la fermeture immédiate de toutes les bases U.S. d’Europe et le retrait rapide de leurs troupes. Plus de soixante ans d’occupation étatsunienne, ça suffit ! Paris pourrait ensuite proposer soit la neutralisation - au sens helvétique du terme - du continent, soit la création avec les États volontaires d’un Pacte européen de défense adossé à un partenariat stratégique avec la Russie. On construit déjà à Kourou en Guyane un pas de tir pour les fusées russes ; l’État russe pourrait en plus entrer largement dans le capital d’Airbus et d’E.A.D.S. En échange, la Russie ouvrirait son marché intérieur aux produits européens à forte valeur ajoutée et autoriserait les entreprises européennes à exploiter ses ressources naturelles. Les échanges entre la Russie et l’Europe seraient bien plus fructueux que les flux transatlantiques soumis à l’égoïsme pathologique des Yankees.

Mikhaïl Saakachvili pensait bénéficier du soutien inconditionnel de la Maison Blanche et les États-Unis lui ont donné un bon coup de poignard dans le dos ! Les atlantistes devraient méditer la leçon : Superman est lessivé et l’Oncle Sam grabataire !

L’hypocrisie schizophrénique des Occidentaux

Inconscientes du lourd silence étatsunien, les diplomaties occidentales, européennes de l’Ouest en particulier, s’activent pour régler le conflit russo-géorgien. Et à quoi assiste-t-on nous ? À l’application claire et précise du « Deux poids, deux mesures » puisque l’inénarrable porteur de riz Kouchner, le plus-que-médiocre David Miliband (mou ?) et la très narcissique « Condoléance » Rice veulent que la Russie respecte l’intangibilité des frontières et l’intégrité territoriale de la Géorgie alors que six mois auparavant le même trio insipide justifiait l’indépendance du Lupanarstan (le Kosovo) !

Avis donc à tous les séparatismes du monde entier : si vous souhaitez obtenir gain de cause, alignez-vous sur des positions atlantistes et vous vous assurerez de la bienveillance de la Maison Blanche ! Un processus semblable à celui du Kosovo se passe actuellement en Bolivie. L’Est bolivien, sa partie amazonienne (les départements de Tanja, de Santa Cruz, de Beni et de Pando) dont le sous-sol regorge de gaz naturel et à la population majoritairement composée de descendants de colons européens, conteste le gouvernement du syndicaliste socialiste indien Evo Morales, grand allié du Vénézuélien Hugo Chavez, et veut une large autonomie interne. Par un étrange hasard, Washington relaie leur appel « autonomiste » libéral-conservateur.

Au fait, un vote populaire a-t-il au moins sanctionné la soi-disant indépendance kosovare ? Aucunement tandis que Abkhazes et Ossètes du Sud ont eux réaffirmé à plusieurs reprises leur choix. L’Occident va donc à l’encontre de la décision des peuples, mais est-ce si surprenant que cela ? Il est en outre piquant (et navrant) d’entendre les suppliques étatsuniennes envers la Russie pour qu’elle tienne sa promesse de se retirer du territoire géorgien alors qu’au XIXe siècle aucun traité de paix signé entre les États-Unis et les nations amérindiennes n’a été respecté…

Probablement amnésique, l’Occident aurait dû comprendre que Moscou ne fait que l’imiter. En 1999, un État souverain - la Yougoslavie - réprima militairement une province rebelle à l’autonomie suspendue - le Kosovo - afin de rétablir son ordre constitutionnel. L’O.T.A.N. prétexta un prétendu nettoyage ethnique pour intervenir militairement et bombarder les principales villes serbes. Aujourd’hui, la Russie défend l’existence du peuple ossète avec cette nuance d’importance que son aviation n’a pas rasé Tbilissi, ni lâché sur l’ensemble du territoire géorgien des bombes à uranium appauvri.

Les dirigeants occidentaux sont par conséquent ou irresponsables, incompétents et incohérents (et ils méritent l’asile) ou bourrés de mauvaise foi et imbus d’un sentiment de supériorité morale désormais bien dévalué. En tout cas, cette attitude aux relents droit-de-l’hommistes nauséabonds est plus que jamais insupportable. En effet, pourquoi les mêmes Occidentaux se préoccupent-ils de la condition tragique des Tibétains, mais se fichent du destin des Ouïgours et se détournent des aspirations légitimes des Abkhazes et des Ossètes ? Pourquoi aucune mairie ne pose-t-elle pas à son fronton le drapeau ossète ou abkhaze ? Pourquoi n’y a-t-il aucun engouement, aucune solidarité envers ces minorités opprimées du Caucase ? Dans l’échelle médiatique de l’émotivité de masse télévisée, l’enfant tibétain aurait-il donc une plus grande valeur d’attendrissement que le jeune Ossète, le gamin du Darfour étant bien entendu hors compétition ? La russophobie instillée par nos grands médias et l’inculture gigantesque de nos contemporains éclairent bien des choses.

L’Occident, les États-Unis et l’U.E. doivent comprendre que la crise caucasienne marque maintenant la fin de leur fantasme d’hégémonie planétaire. Dans le concert mondial des puissances émergent ou reviennent en force la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, entrevoyant un nouveau monde multipolaire. Serait-ce enfin le trépas de l’Occident ? Il faut l’espérer.

Quelques oiseaux de mauvais augure craignent qu’après la Géorgie, l’Europe orientale soit ensuite la prochaine victime de la Russie. Les pays baltes et la Pologne redouteraient de retomber dans le giron russe (12). Cela n’a pas de sens, car la Russie n’est plus dans une logique d’expansion impérialiste de type soviétique (au contraire des États-Unis), mais c’est ce que veulent faire croire les Géorgiens et les médias occidentaux. Leti Gobedjichvili lance : « Vous, les Européens, il faut que vous sachiez que les Russes viendront jusqu’à vous. Poutine a déclaré un jour que la situation géopolitique était déséquilibrée après l’effondrement de l’U.R.S.S. Les Russes ne vont jamais accepter l’écroulement de leur Union, et ils vont toujours vouloir la restaurer. Et pour cela, ils sont capables de détruire jusqu’à l’Europe (13) ».

Que la Russie nous débarrasse enfin de l’eurocratie débile, poussive et dégénérée, quelle merveilleuse intention hélas guère réalisable ! Néanmoins, si Léon Bloy fulminait jadis contre les affres de son temps en disant vouloir attendre les cosaques ou le Saint-Esprit, pour notre part, attendons quand même avec une fébrilité certaine l’hypothétique surgissement des cosaques !

Notes

1 : Malgré des couvertures de magazines incitant à la haine contre la Russie (L’Express, Le Nouvel Observateur), la presse écrite quotidienne française a parfois donné un avis plus pondéré de la situation. Observons aussi que des « faiseurs d’opinion », d’habitude fort américanolâtres, comme Alain Minc (Libération, 18 août 2008) ou Marek Halter (Le Figaro, 15 août 2008) ont écrit des tribunes libres très critiques envers l’attitude de Saakachvili, idem pour la chronique de fin de semaine d’Alexandre Adler (Le Figaro, 16 et 17 août 2008). Soulignons enfin l’éditorial de La Montagne (Clermont-Ferrand) du 14 août 2008 intitulé « Bonnes vieilles méthodes » qui n’est pas dupe de la désinformation occidentale pro-géorgienne en cours sur les ondes.

2 : Dans son Dictionnaire des États éphémères ou disparus de 1900 à nos jours (Dualpha, 2005), Jean-Claude Rolinat relève l’existence de l’État des Adyghés (1917 - 1918), le Daghestan libre (janvier - mai 1918), la république des Montagnards du Caucase (mai - novembre 1918), la Fédération de Transcaucasie (septembre 1917 - mai 1918)…

3 : Sur le concept d’« État fantôme », cf. Georges Feltin-Tracol, « Géopolitique des États fantômes », L’Unité normande, n° 295, janvier 2007.

4 : Des O.N.G. proches du Pentagone ou de Londres telles que Human Rights Watch ou Amnesty International pratiquent un véritable négationnisme en minimisant les exactions réelles de la soldatesque géorgienne en Ossétie.

5 : in Le Figaro, 11 août 2008.

6 : On appelle « étranger proche » les États issus de l’U.R.S.S. qui ont conservé des liens économiques et les infrastructures de l’ère soviétique.

7 : in Le Figaro, 11 août 2008.

8 : Il faut lire Dissonance, l’excellent blog d’Alexandre Latsa (http://alexandrelatsa.blogspot.com), en particulier ses articles du 8 août 2008, « Nous sommes tous des Ossètes du Sud » et du 12 août 2008, « Vers la fin du nouvel ordre mondial ».

9 : Appliquer aux événements actuels dans le Caucase la grille de lecture du « choc des civilisations » serait d’une rare bêtise puisque Russes, Géorgiens et Ossètes sont orthodoxes. En outre, face au blocus de la Turquie, le seul débouché économique de l’Arménie chrétienne est l’Iran chiite qui, nonobstant le chiisme des Azéris, se méfie des rêves pan-azéries de Bakou, Téhéran possédant une importante minorité azérie qui fut indépendante en 1944 - 1945 avec le soutien de Staline. Ajoutons par ailleurs que le Hezbollah libanais a salué l’intervention militaire russe. Enfin, la Géorgie a abrité dans la vallée du Pankissi à la frontière avec la Tchétchénie des cellules tchétchènes liées à Al-Qaïda.

10 : Le Monde (16 août 2008) rapporte une manifestation en faveur de la Russie et des Ossètes à Sébastopol, le 14 août dernier. On vient d’apprendre que des proches du président ukrainien, Viktor Iouchtchenko, accusent le Premier ministre, Ioulia Timochenko, de corruption, de haute trahison et de sympathie pour la Russie. La crise caucasienne aurait-elles des répercussions à Kyiev ?

11 : Depuis l’indépendance de la Lettonie existent dans le pays des « non-citoyens » adultes à bien distinguer des étrangers. Inscrit sur le passeport letton, ce terme désigne la minorité russophone arrivée dans ce pays balte à l’époque soviétique et leurs descendants. Refusant de passer les examens de langue, d’histoire et de civilisation lettones (ou en étant incapables), ces résidents permanents n’ont ni la citoyenneté lettone, ni la citoyenneté russe. Ce sont des apatrides dont le destin est à rapprocher des centaines de milliers de Russes, Juifs, Grecs, Turcs et Arméniens, fuyant l’effondrement des empires russe et ottoman, titulaires du fameux passeport Nansen.

12 : L’appréhension des États baltes et de la Pologne est légitime et compréhensible. Baltes et Polonais firent partie de l’Empire russe entre le XVIIIe siècle et 1917. En 1939 pour la Pologne et en 1940 pour les Baltes, en application des clauses secrètes du pacte germano-soviétique, l’U.R.S.S. occupa la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie et la Pologne orientale. La mainmise communiste soviétique sur ces pays (et d’autres) fut totale à partir de 1945 et jusqu’en 1989 - 1991 avec l’acceptation tacite de l’Occident en général et des États-Unis en particulier.

Des médias font un parallèle entre l’intervention soviétique d’août 1968 en Tchécoslovaquie et l’actuel conflit russo-géorgien. Faut-il leur rappeler que la Russie fut elle aussi victime (la première !) du communisme et que soixante-dix ans de système soviétique a transformé le peuple russe en homo sovieticus bien décrit par Alexandre Zinoviev ?

13 : in Libération, 11 août 2008.

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dimanche 27 juillet 2008

Decentralisation et Europe des ''régions'' (suite)

RF_1Europae Gentes

édition du 25 juillet 2008

A ce stade de la réflexion, le problème qui se pose à nous n’est pas un problème de fond.
Nous avons vu que la décentralisation est quelque chose de bon et que cela va dans le sens de la liberté et de l’identité. A cet argument, certains souverainistes opposent l'argument selon lequel l'Europe des régions serait au service du mondialisme au détriment des Etats nations.


 Le problème est celui de l’environnement de la Loi ! Si la décentralisation est naturellement favorable aux libertés, dans le contexte actuel, elle peut paraître dangereuse du fait des intentions des européistes militants de l’Europe des Régions. En effet, le risque est que les “ grands féodaux ”, se posent, par delà l’Etat national, en interlocuteurs de l’Europe supranationale à venir. C’est la tactique de la prise en tenaille par le haut et par le bas.

La décentralisation est donc un bien, mais dans le contexte actuel elle serait au service d’un mal : l’euromondialisme.

Cette explication sommaire, pour refuser la décentralisation, semble faire l’économie d’une réflexion de profondeur sur la conception que l’on a de la société. Deux choix s’offrent à nous :


1 La conception organique qui harmonise les différents états, c’est à dire la conception des vieilles libertés françaises, positives et réalistes. C’est la Nation s’autogérant dans ses hiérarchies diverses et ses divisions naturelles.

2 La conception égalitaire réduite à l’individu où “ un homme égale une voix ”, c’est à dire la conception où l’électeur est un individu abstrait, pris hors de ses devoirs, de sa situation et de son milieu.

Ni anarchiste ni jacobin : subsidiariste

Comment réunir aujourd’hui en états généraux des états particuliers inexistants, déformés et disloqués depuis deux siècles ?
Il faut préparer les conditions de cette reconstruction d’une démocratie organique. D’abord en ayant une vision claire de l’ordre naturel à restaurer, ordre magnifiquement énoncé par le principe de subsidiarité. Pas de subsidiarité sans états, sans corps intermédiaires. Ce principe fonde la société sur la personne mais celle-ci appelle aussitôt le recours à des sociétés complémentaires car l’homme ne vit pas seul, “ il vit dans de toutes petites communautés ” (Simone Weil). L’unité d’un peuple n’a jamais été l’uniformité de ses membres.


Pratiquement, trois voies s’offrent à nous :


1 L’anarchie libérale, accélérée par le libéralisme économique qui raye les frontières et les nations et fabrique une Europe artificielle de grandes régions économiques.

2 Le nationalisme ou souverainisme, jacobin et centralisateur qui veut pérenniser un système pervers contre lequel nous nous battons depuis toujours.

3 La voie subsidiaire qui redistribue des parcelles de souveraineté et d’autonomie à tous les niveaux de compétence, maintient une souveraineté nationale dans ses fonctions régaliennes et renforce l’Etat comme rempart protecteur vis à vis de l’extérieur.

Certes le mondialisme veut faire sauter le verrou de la nation. La question qui se pose est de savoir si l’on défendra mieux la nation en refusant de décentraliser qu’en l’acceptant.

Pour défendre la nation, on ne peut pas ne pas vouloir le développement de ses forces vives. Or les forces vives et réelles d’une nation sont essentiellement au plan économique, les entreprises et les métiers, et au plan régional, les communes et les régions.

Redonner des forces vives à la nation implique donc une réhabilitation du régionalisme, non pas en tant que ferment de division mais précisément parce qu’une nation a besoin d’assises stables. Les mouvements séparatistes ne sont souvent que les conséquences du centralisme jacobin et de la tyrannie des technocrates parisiens. Le respect de l’identité locale et provinciale, loin de détruire le sentiment national, le renforcera car c’est de l’enracinement sur le sol natal que naît l’amour de la Patrie. L’identité régionale est constitutive de l’identité nationale.

L’Etat doit donc respecter le principe de subsidiarité. C’est aux corps intermédiaires à rythmer la vie de la nation, l’Etat ne devant intervenir qu’en cas de dysfonctionnement des sphères inférieures. Il est responsable du Bien Commun national (justice, défense nationale, paix intérieure). Nous sommes actuellement dans une civilisation industrielle dominée par l’Etat moderne planificateur, jacobin, centralisateur et totalitaire, axé sur une économie de producteur dépourvue de finalité. Mais une société ne peut survivre que si elle est intérieurement innervée par ces noyaux diffuseurs de vie que sont les communautés naturelles. En effet, il est impossible de gouverner une société moderne, sans disposer d’interlocuteurs au sein de la société civile et du monde socioprofessionnel

En transférant le principe de souveraineté et d’unité sur le corps social lui-même, le processus centralisateur et unitaire invite à l’éradication des différences ou des corps médians.

Le modèle jacobin et centralisateur républicain d’une République une et indivisible ne peut ordonner ces diversités. Ce principe fait partie du dogme révolutionnaire. Celui qui le revendique est pris au piège des idées que la Révolution a elle-même mises en place. Il veut la consolidation d’une conception fausse de l’Etat-Nation car construite sur l’abolition des corps intermédiaires et la déification de la Nation. Le suffrage universel ne reconnaît que des individus sans tenir compte de leurs multiples identités.

Pour conclure sur ce point de  “ la destruction volontaire de l’Etat-Nation par le haut et par le bas ”, nous pouvons ajouter la chose suivante : si la perte de souveraineté de la France au profit de l’Union Européenne suscite des peurs, elle ne peut, au nom d’inquiétudes mal fondées, en favoriser ou en justifier une autre qui serait le maintien de l’état jacobin destructeur des identités et des libertés. Une anomalie ne peut servir de fondement au maintien d’une autre.

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