La mascarade de Nouméa
Le drapeau du Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste ( FLNKS ) flotte désormais avec notre drapeau national sur les frontons des bâtiments publics de Nouvelle-Calédonie.
Et c'est carrément le Premier-ministre François Fillon qui est venu assister au levé des couleurs " nouveau style " suite à l'accord présidentiel d'une proposition du comité de suivi de l'accord de Nouméa qui avait approuvé le projet du député UMP Pierre Frogier de hisser le drapeau du FLNKS au côté du drapeau national.
On rappellera que le drapeau hissé aujourd'hui au Haut-commissariat de la République à Nouméa est le drapeau des indépendantistes et non pas celui des calédoniens. Ce dernier est entaché du sang des gendarmes et fusiliers marins assassinés par les indépendantistes en avril 1988 à Ouvéa.
Pour en revenir à la présence du chef du gouvernement en Nouvelle-Calédonie pour la levée des couleurs kanaks, faut-il en être étonné ? Pas vraiment lorsqu'on se souvient de l'inauguration de la mosquée d'Argenteuil par le même responsable politique qui a - ce jour là - oublié le principe de laïcité. Aujourd'hui c'est simplement oublier que la République est une et indivisible même si l'est parfois acceptable de devoir reconnaître quelques spécificités locales.
Mais dans le cas précis, il est intolérable de voir flotter dans le ciel d'un territoire français un emblème indépendantiste !
Bianca Hénin, Secrétaire départementale du FN en Nouvelle-Calédonie a d'ailleurs prononcée une phrase qui doit résumer tout ce qu'un patriote français doit penser de cette mascarade : " Nous n’accepterons jamais le drapeau FLNKS, qui reste un drapeau de la honte, entaché de sang . Ce n’est pas un drapeau identitaire, tous les Kanak ne sont pas indépendantistes ! "
Rien a ajouter.
Yann Redekker
Le nouveau logo de l'UE
L'Union européenne cherche à prévenir la radicalisation des jeunes musulmans
Article de Jean-Pierre Stroobants publié le 11 février 2009
L'offensive militaire israélienne à Gaza et les manifestations qu'elle a engendrées dans divers États membres ont entraîné une forte radicalisation au sein de la jeunesse musulmane en Europe.
Telle est la conviction de plusieurs experts de la sécurité. Tant du côté de la Commission que du conseil des ministres de l'Union européenne, les commentaires officiels sont prudents et plus nuancés. "J'ai un doute mais j'aimerais savoir. Je pense en tout cas que les chaînes arabes d'information ont joué un rôle considérable que nous nous devons d'examiner", commente un haut fonctionnaire du conseil. Les menaces que font peser des groupuscules islamistes sont toujours jugées "sérieuses", en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne, notamment. Des arrestations opérées il y a quelques semaines en Belgique semblent avoir établi des liens directs avec des filières pakistanaises, confirmant l'attrait renouvelé de jeunes vivant en Europe pour le djihad.
Les services de Gilles de Kerckhove, le coordinateur de la politique antiterroriste de l'Union, jugent en tout cas que la stratégie lancée en 2005, visant à prévenir le recrutement et la radicalisation, doit être maintenue et approfondie. Ce plan entendait aussi analyser les causes qui conduisent des jeunes à adhérer aux idées radicales puis, pour certains d'entre eux, à s'engager dans des mouvements violents.
Du côté de la Commission, et singulièrement de la direction générale Justice, liberté, sécurité (JLS), que dirige Jacques Barrot, on semble plus réservé. Soucieux de ne pas "stigmatiser", de ne pas donner l'impression qu'une communauté dans son ensemble est, une fois de plus, montrée du doigt, on a une approche beaucoup plus réservée que celle de Franco Frattini, le prédécesseur de M. Barrot. Le commissaire italien avait fait de la lutte contre la radicalisation l'une des priorités de son action.
Du coup, une série d'études diligentées par la Commission, ainsi que les travaux d'un groupe d'experts ont apparemment été remisés. Déposés il y a quelques mois, ils contiennent pourtant de nombreuses recommandations. Parfois divergentes et marquées par les origines nationales de leurs auteurs, ces études de terrain se rejoignent pour désigner les principaux lieux de la radicalisation islamiste : les prisons, les établissements d'enseignement et Internet, devenu l'endroit du "recrutement virtuel", soulignent des experts du King's College de Londres. Ils invitent les États membres à établir des moyens humains et techniques et à développer un "contre-discours" susceptible d'endiguer la propagande radicale sur la Toile. Encore balbutiant, ce projet piloté par l'Allemagne et intitulé Check the Web confie une mission de contrôle des sites radicaux à Europol.
Pour les prisons, lieu d'un endoctrinement très difficile à contrer, l'idée est de mettre au point un manuel destiné aux personnels et commun à tous les États membres. Les experts du Change Institute de Londres suggèrent de faire appel à des organisations de la société civile musulmane pour élaborer d'urgence un plan d'action.
Les rapports mettent aussi en évidence une forte baisse de l'âge moyen des recrues pour le djihad. D'où la nécessité d'une action en milieu scolaire, faisant notamment appel aux notions d'identité, de citoyenneté et de multiculturalisme avec, à la clé, une formation poussée des enseignants sur ces thèmes. La Compagnie européenne d'intelligence stratégique (CEIS, Paris) souligne la nécessité de financer l'enseignement des langues vernaculaires, devenu un monopole des centres islamistes. Plus généralement, il faudrait favoriser "une culture de masse européenne de l'islam en direction des jeunes issus de l'immigration" et cesser de présenter cette religion de manière conflictuelle, suggère la CEIS.
A propos du Moyen-Orient, les rapports notent qu'il conviendrait d'étudier attentivement l'idée qu'une résolution des conflits en cours pourrait avoir un fort impact de "contre-radicalisation" en Europe. Ils soulignent que de nombreux musulmans radicaux interrogés pour ces enquêtes se plaignent surtout de l'immobilisme des pays occidentaux.
L'Irlande a dit non, c'est non
édition du 16 juillet 2008
Le camp du "non" irlandais fulmine. Celui du "oui" n'en pense pas moins... C'est avec colère que de nombreux responsables politiques irlandais ont accueilli les propos tenus mardi par Nicolas Sarkozy. Le président français, à quelques jours d'une visite à Dublin, a "déclenché une nouvelle tempête" en Irlande, selon l'Irish Independent.
"Les Irlandais devront revoter" sur le traité de Lisbonne, rejeté par référendum le mois dernier. "Et je mettrai le veto à tout élargissement (de l'Union européenne) tant qu'il n'y aura pas de nouvelles institutions", avait déclaré le président français selon des députés de son parti l'ayant rencontré dans la journée.
Sinn Féin, seul parti à avoir soutenu le "non" au référendum le 12 juin, a jugé sa position "profondément insultante". "Le fait est que le peuple a parlé et que le traité de Lisbonne est mort", s'est insurgé le porte-parole de Sinn Féin pour les questions internationales, Aengus O Snodaigh, indiquant que son parti avait sollicité un entretien avec Sarkozy lors de son voyage en Irlande lundi prochain.
"Nous n'avons pas l'intention de nous laisser intimider"
"Il est important que le président Sarkozy comprenne que le peuple
irlandais exige que son vote soit respecté et, plus important encore,
que ses inquiétudes soient prises en compte", a-t-il poursuivi.
Même le Parti travailliste irlandais, qui a milité pour le "oui",
estime que Sarkozy a "commis un sérieux faux-pas". Le leader Eamon
Gilmore a ainsi estimé que le président français avait "mis les pieds
dans le plat", alors que "le sommet européen qui s'est tenu en juin a
permis de déterminer que l'Irlande avait besoin de temps pour réfléchir
(...) et qu'aucune pression ne devait être exercée pour qu'un second
referendum soit organisé".
Selon le quotidien Irish Times,
le Premier ministre Brian Cowen, actuellement en visite aux Etats-Unis,
a minimisé les propos du président français. "Nous devons reconnaître
qu'il y a eu de nombreux avis exprimés en Europe sur les problèmes
auxquels nous sommes confrontés après le rejet" du traité, a-t-il
déclaré.
Le ministre irlandais des Affaires étrangères Micheal Martin a
souligné que Sarkozy serait en "position d'écoute" lors de sa visite à
Dublin. "Nous n'avons pas l'intention de nous laisser intimider par qui
que ce soit", a-t-il dit mardi sur une radio irlandaise. "Nous allons
étudier cela d'un point de vue irlandais, en fonction de ce qui sert au
mieux les intérêts de l'Irlande".
Giscard conseille la modestie à Sarkozy
édition du 30 juin 2008
Le conseil vient d'un ancien président mais il ressemble à celui d'un ami. Valéry Giscard d'Estaing a recommandé dimanche à Nicolas Sarkozy d'incarner une présidence de l'Union européenne "modeste" dans les six mois qui viennent. La France prend la présidence tournante du Conseil mardi prochain, le 1er juillet.
"Les Français, qui ne sont pas modestes comme vous le savez, croient que la présidence de l'Union consiste à diriger l'Europe", ajoute l'ancien président de la République dans un entretien publié par Le Parisien-Aujourd'hui en France. "Or
l'Europe est dirigée par ses institutions et pendant six mois la France
va exercer la présidence de l'une d'entre elles, le Conseil. Le
parlement européen ou la Commission gardent leurs structures. Alors
c'est important, bien sûr, mais cela ne veut pas dire qu'on a le
pouvoir de décider à la place des autres", poursuit-il. "A l'heure actuelle, il me semble que le ton adopté par la présidence française est un ton juste", ajoute-t-il, après "une approche qui allait peut-être un peu loin vis-à-vis de nos partenaires" au début.
Après le "non" irlandais....
Valéry Giscard d'Estaing
président français de 1974 à 1981 avait dirigé les travaux de rédaction
de la Constitution européenne, qui a été rejetée par les électeurs
français et néerlandais en 2005. Un coup de tonnerre pour les
dirigeants européens.
Et l'histoire se répète... Après le "non" irlandais au traité de Lisbonne, Valery Giscard d'Estaing souhaite "laisser les choses reposer". A ses yeux, "il n'y aura pas d'avancée importante" sur ce point pendant les six mois de présidence française. "Il
faut laisser les Irlandais reprendre leur respiration. C'est dans le
courant de l'hiver, ou au cours du printemps 2009, que les choses
pourront avancer et la question du traité leur être à nouveau posée", explique-t-il.
Note YR : Entre gens modestes on se comprends...
Le pouvoir a-t-il le pouvoir ?
Valeurs Actuelles
Article de Paul-Marie Coûteaux publié dans Valeurs Actuelles le 9 mai 2008
Nous avons marqué des points sur le terrain idéologique, assure
le premier ministre à l’heure de faire le bilan de la première année du
quinquennat. Préoccupation bienvenue, mais bien tardive, le terrain
idéologique étant laissé depuis des années à la gauche
mondialisto-babacoule ; hélas, elle reste aussi fort embryonnaire: les
quelques déblocages intervenus (en matière d’immigration notamment) en
restent aux discours, et, sur ce terrain, l’essentiel avait été acquis
dès ceux de la campagne présidentielle, qui ont plu justement parce
qu’ils étaient hardis.
Depuis lors, ce début de renversement de l’idéologie dominante ne fait guère de progrès, n’en jugerai ton qu’aux interminables (auto)célébrations de Mai 68 par les grands médias,“service public”en tête; surtout, il serait plus convaincant si la théorie était suivie par la pratique – celle-ci la nourrissant en retour, comme il se doit. Or, sur tous les sujets, intérieurs, extérieurs ou symboliques, nous en sommes loin.
Passons sur les actes en principe privés du président de la République, qui n’obéissent que trop au slogan phare de Mai 68, le
fameux “jouir sans entraves”; le plus grave est sans doute l’incapacité
à mener quelque action d’envergure que ce soit : en politique
intérieure, les exemples abondent de ces réformes lancées et bientôt
enlisées ou réduites à peu de chose face au barrage des féodalités,
qu’elles soient syndicales, financières ou… médiatiques; ils sont tout
aussi nombreux, et sans doute plus graves, en politique extérieure: en
témoigne le malheureux projet “Union méditerranéenne”, pourtant si
nécessaire à un pays qui, première puissance parmi les riverains de la
Méditerranée, joue là une bonne part de son poids dans le monde, et
d’abord en Europe.Comment n’a-t-on pas vu que l’entreprise était vouée
à l’échec dès lors que l’on ne s’employait pas simultanément à réduire
le carcan de l’Union, dont tous les traités (notamment celui de
Lisbonne, avec son “service diplomatique commun”) font obligation à
tout pays membre de ne prendre ce type d’initiative qu’avec l’accord de
ses partenaires (titreV du traité sur l’Union européenne de 1992) ?
Mme
Merkel se chargea de rappeler que nos partenaires n’ont pas sur ce
sujet les mêmes intérêts que les nôtres, renforçant le poids d’une
Allemagne qui affiche ainsi une sorte de droit de veto diplomatique en
Europe et donne à penser aux capitales méditerranéennes que la
politique de la France est suspendue désormais à un “nein” de
Berlin.L’initiative, désormais réduite à un gonflement du budget
Euro-Med, fut aussi bienvenue qu’elle était étourdie, à cadres
européens inchangés: peut-on gouverner en faisant semblant de ne pas
les connaître?
L’Union méditerranéenne était un début de
solution à la question migratoire, dont l’actualité ne cesse de montrer
combien elle est brûlante, et que l’on ne réglera jamais autrement que
par le triptyque “coopérations privilégiées-préférence
nationale-contrôle des frontières” : las, les deux derniers volets sont
aussi fermement interdits que le premier, soit par le Conseil, soit par
une Cour de Luxembourg qui suspend toute loi qui porte de près ou de
loin la marque d’une quelconque “préférence nationale”, soit par une
Commission qui est, en vertu du traité d’Amsterdam, la véritable
maîtresse de nos frontières et dont la “religion”, fixée par le livre
blanc de janvier 2006, est que l’Europe manque d’immigrés… Comptant
dans son cabinet l’un des meilleurs connaisseurs de la question, le
président ne saurait l’ignorer. Pourquoi faire semblant ?
Pourquoi faire semblant, aussi, d’être opposé à l’entrée de la Turquie dans l’Union, alors que Paris n’a pas cru devoir, ou simplement pouvoir,empêcher l’ouverture de deux nouveaux chapitres de négociations l’été dernier, l’engrenage européen étant d’ailleurs si prégnant que, alors que cinq chapitres ont déjà été engagés et l’un déjà clos sur un accord,deux autres (droit des sociétés et droit de la propriété intellectuelle) sont sur le point d’être ouverts, probablement le 17 juillet… sous présidence française ! Le président de la République dit ne pas souhaiter le succès des négociations qu’il fait ouvrir, et pas davantage les Français – auxquels, du reste, on enlèvera le dernier mot en supprimant cet été l’obligation constitutionnelle de référendum pour toute nouvelle adhésion, laquelle déplaît tant à nos partenaires… Tout irait bien, certes, si seulement le gouvernement avait le pouvoir de gouverner – s’il ne s’en remettait pas à la “gouvernance européenne” y compris désormais pour les questions les plus essentielles – se retranchant sur une politique de discours… Et comment espérer rendre les Français responsables de la France si leurs gouvernements ne le sont déjà plus ?
Traité de Lisbonne : les manigances du gouvernement irlandais
Europae Gentes
édition du 21 avril 2008
Malgré une campagne appuyée du gouvernement irlandais, les derniers sondages révèlent que moins de la moitié des citoyens du pays compte approuver le mini traité lors du prochain référendum.
Les instances européennes sont inquiètes. Rappelons que l’Irlande est
le seul pays européen qui organise une consultation populaire sur le
sujet.
Le ministre irlandais des Affaires européennes, Dick Roche, n’a évoqué aucun plan B en cas de rejet du texte, précisant que sans la ratification irlandaise, le traité serait de facto « mort ».
Les opposants au traité sont mobilisés autour des responsables politiques du parti Sinn Féin. Son leader, Gerry Adams, considère que le traité de Lisbonne accorde trop de pouvoirs aux institutions européennes et dessert l’intérêt national de l’Irlande.
Initialement prévue le 29 mai prochain, le referendum pourrait être organisé début juin mais aucune date précise n’a été volontairement communiquée. On peut lire sur le site Bruges Europe qu’un véritable stratagème politique
entoure l’annonce de cette date. En effet le calendrier est primordial
pour les européistes gouvernementaux. Si dans l’absolu, ils
souhaitaient une date plus tardive – en octobre – plusieurs événements
les inclinent à privilégier une consultation au printemps. Pour leur intérêt, le référendum doit se tenir avant la présidence française.
Nicolas Sarkozy ne fait pas recette au pays du trèfle quand il soutient
l’idée d’une défense européenne commune. Deuxième raison qui justifie
d’avancer l’échéance : l'impact potentiel de l'accord à l'OMC sur les négociations du cycle de Doha, portée à l'actualité en mai.
Mardi dernier, la version irlandaise du tabloïd anglais « Daily Mail »
a révélé le contenu d'un message électronique adressé par un
fonctionnaire irlandais du ministère des affaires étrangères à un
diplomate britannique en poste à Dublin. Il y divulgue la stratégie gouvernementale pour faire gagner le « oui ».
On peut y lire entre autres, je cite « Les Irlandais ont
choisi la date du 29 mai pour le vote mais vont en reporter l'annonce
pour laisser le camp du non dans l'expectative (ne pas divulguer, svp).
(…) Le but est de centrer la campagne sur les avantages généraux de
l'UE plutôt que sur le traité lui-même (…) »
De quoi sortir de leur léthargie les manias de l’eurobéatitude.
En Irlande, on vous cache tout on vous dit rien !
édition du 29 février 2008
On sait que les Parlements nationaux qui se sont empressés de ratifier le traité de Lisbonne l’ont fait, pour certains, sans en avoir jamais reçu le texte ( !), pour les autres y compris le Parlement français le 5 février dernier, sans en avoir jamais eu la version consolidée c’est à dire codifiée. Les traités « consolidés » sont, rappelons-le, le texte final et définitif des deux traités révisés : le « traité sur l’union européenne » d’une part, « le traité sur le fonctionnement de l’union européenne » d’autre part, tels qu’amendés par le traité de Lisbonne. Comment en effet comprendre et voter pour ou contre le traité de Lisbonne sans avoir au moins sous les yeux ce qu’il ajoute et modifie aux traités existants ? Cela n’a visiblement pas posé problème aux parlementaires, qui de toutes façons obéissent majoritairement aux consignes de vote, non du peuple (deux s’étaient tout de même exprimés clairement par référendum en 2005) mais des partis dont ils tiennent leur investiture.
Cette absence de version officielle « consolidée » des traités européens posera-t-elle problème au seul peuple consulté par référendum, le peuple irlandais ? Peut-être bien que oui. Vincent Browne,( photo ) l’un des plus célèbres journalistes irlandais (directeur du magazine Village, chroniqueur à l’Irish Times et au Sunday Business Post, titulaire d’une émission de radio quotidienne jusqu’à l’année dernière) vient d’en faire personnellement l’amère expérience. La dernière chronique de ce journaliste, situé à gauche, publiée par le Sunday Business Post est d’autant plus intéressante lorsqu’on sait l’influence du personnage sur l’opinion publique irlandaise.
Vincent Browne raconte qu’il est allé aux bureaux de la
Commission européenne à Dublin, pour demander un exemplaire du traité
de Lisbonne, sur lequel les Irlandais vont devoir se prononcer par
référendum. A la réception, on lui a donné une photocopie du texte
(seule forme sous laquelle il était disponible).
Il découvre que l’article 1 dit ceci : « Le traité sur
l’Union européenne est modifié conformément aux dispositions du présent
article. » Et qu’en bas de la page est écrit : « Le troisième alinéa
est remplacé par le texte suivant : L’Union est fondée sur le présent
traité et sur le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne
(ci-après dénommés « les traités »). »
Il demande alors s’il peut avoir un exemplaire du
« traité sur le fonctionnement de l’Union européenne », puisqu’il n’est
manifestement pas possible de comprendre le traité de Lisbonne sans
avoir le « traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ».
Les personnes de l’accueil lui répondent qu’elles n’ont
pas ce texte. Quelqu’un descend l’escalier, Vincent Browne lui expose
son problème. Cette personne lui répond qu’il n’existe rien qui
ressemble à un « traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ».
Elle pense que le conseil de l’Union européenne a décidé d’en publier
une version en avril, mais elle n’en est pas sûre.
Arrive une autre personne, qui lui explique que le
« traité sur le fonctionnement de l’Union européenne » est en réalité
une compilation de tous les traités antérieurs. Elle ajoute qu’elle
peut lui donner un résumé du traité de Lisbonne, ce qui suffit
amplement à expliquer en quoi il consiste.
Non, répond-il. Je voudrais me faire ma propre opinion
sur le traité, et je voudrais le comprendre, mais comment le
pourrais-je si je n’ai pas un exemplaire du traité qu’il est censé
amender ? L’interlocuteur répond alors, comme le précédent, que
le conseil des ministres de l’UE pourrait le publier en avril, mais que
ce n’est pas certain.
Vincent Browne réplique : comment peut-on voter pour ce traité si l’on ne peut pas savoir ce qu’il signifie ?
Réponse : nos hommes politiques, démocratiquement élus,
pourront dire aux citoyens ce que contient le traité, et sur cette base
nous pourrons voter.
Cela ne me satisfait pas, insiste Vincent Browne, car
je veux me faire ma propre idée. Une autre personne lui dit alors que
l’Institut des Affaires européennes a publié une version annotée du
traité de Lisbonne, qui explique tout. Vincent Browne : « J’ai dit que
je voulais me faire ma propre opinion, or l’Institut des Affaires
européennes n’est qu’une pom-pom girl de l’Union européenne et ne peut
pas m’offrir une analyse objective du traité. »
Quelqu’un de la réception a une autre idée : pourquoi ne pas traverser la rue et aller au Journal officiel ?
Vincent Browne traverse la rue, et demande au Journal Officiel s’ils ont le « traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ». Ils n’en ont jamais entendu parler. Ils regardent leur catalogue : rien. Ils consultent l’ordinateur : rien. Il lui reste donc à essayer de lire le traité de Lisbonne. Mais il est totalement incompréhensible de bout en bout si l’on n’a pas en regard le « traité sur le fonctionnement de l’Union européenne » pour s’y référer à chaque article.
Vincent Browne commente : « Considérez seulement
l’arrogance effarante de nos élites qui veulent que nous nous rendions
aux urnes comme des moutons et que nous votions oui à un traité qu’il
est impossible de comprendre à partir de la documentation mise à notre
disposition. Si un directeur de banque ou un agent immobilier vous
demande de signer un formulaire, est-ce que vous n’insistez pas pour
savoir ce que c’est avant de le signer ? »
« Comment peut-on attendre de nous que nous approuvions
un traité qui modifie notre Constitution, alors que nous ne pouvons pas
comprendre de quoi il s’agit autrement qu’en croyant sur paroles ces
arrogants artistes de la tromperie ? Je parierais mon premier dollar
qu’aucun membre du gang suivant n’a la moindre notion de ce que dit le
traité article par article, pour la bonne raison qu’il est
littéralement incompréhensible » (suivent les noms des principaux
ministres irlandais, et du président de l’Institut pour les affaires
européennes).
Conclusion du journaliste : « La seule attitude
responsable, sensée, raisonnable, intelligente, à adopter est de voter
non à ce traité, au motif que nous ne savons pas, et que nous ne
pouvons pas savoir, ce qu’il veut dire. »
Bulgarie : Parvanov comme Chirac...
Comme prévu, c'est donc le président socialiste Gueorgui Parvanov qui a remporté aujourd'hui les élections présidentielles bulgares en totalisant près de 80 % des voix sur son rival, le président du parti Ataka, le nationaliste Volen Siderov. Ce scenario " à la française ", remake en quelque sorte des présidentielles de 2002 , va donc permettre à cet ancien cadre du parti communiste bulgare de continuer sa route en faisant rejoindre son pays à l'Union européenne en janvier 2007.
Comme en France où Jacques Chirac avait bénéficié de l'appui de la totalité des " forces républicaines " ( sic ) , le leader socialiste bulgare était ardemment soutenu par l'ensemble des partis de gauche, par les libéraux, par le parti de l'ancien roi Siméon II et par un mouvement politique communautariste représentant la minorité turcophone bulgare ( 10 % de la population ).
Les bulgares ont cependant donné un sérieux avertissement à la classe politique en obligeant Parvanov à un second tour de scrutin et l'entrée de la Bulgarie au sein de l'Union européenne ne va sans doute pas passer comme une lettre à la poste, situation pourtant rêvée par la coaltion libéro-socialiste au pouvoir.





