mardi 21 février 2012

Viande halal : La chambre d'agriculture d'Ile-de-France communique

AbbatoirL'auteur ou les auteurs de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.Communiqué de la Chambre d'agriculture d'Ile-de-France du 21/02/2012

Chambre d'Agriculture d'Ile-de-France

100% de la viande abattue de façon rituelle en Ile-de-France !

L’Ile-de-France compte à ce jour 5 abattoirs dont un spécialisé dans la viande de porc. Les quatre autres abattent les cheptels exclusivement de manière rituelle : 100% de la viande abattue en Ile-de-France l’est selon les traditions musulmane et juive.

Aucun choix n’est donné aux éleveurs franciliens qui doivent franchir les limites de la région pour bénéficier d’un abattage traditionnel. Leurs animaux doivent être transportés sur des centaines de kilomètres, abattus en province, les carcasses devant être rapatriées pour le conditionnement et la distribution en Ile-de-France. Quelle perte de temps et d’argent ! A l’heure des circuits courts, c’est un comble !

Mais pourquoi ?

Par le passé, les abattoirs franciliens étaient gérés par les communes. Le désengagement des municipalités a vu peu à peu l’ensemble de l’abattage francilien confié à des opérateurs privés. Pour des raisons de simplification des process et poussés par la réduction des coûts, ces derniers se sont tournés vers un procédé unique d’abattage rituel, délaissant, de fait, la méthode traditionnelle, au mépris de la réglementation qui impose un ‘’étourdissement’’ préalable des animaux et avec le consentement coupable des services de l’Etat.

Les abattoirs franciliens représentent cependant moins de 2 % de la consommation francilienne de viande.

Et dans tout ça, le consommateur a-t-il le choix ? Pas vraiment…

Plus inquiétant encore, les consommateurs souffrent d’une mésinformation sur les produits qu’ils achètent au quotidien : en France on estime que 30% de la viande est abattue selon les rites musulman et juif alors que la demande ne représente que 7% ; 23% sont donc commercialisés comme de la viande ‘’traditionnelle’’…

Donnons le choix à nos éleveurs et à nos consommateurs !

Les problèmes d’abattage en région Ile-de-France ont longtemps été le cheval de bataille de la Chambre Interdépartementale d’Agriculture d’Ile-de-France et de la Maison de l’Elevage. Néanmoins, ce phénomène prend de l’ampleur sur fond d’élection présidentielle et il est temps de réagir !

Les éleveurs devraient pouvoir choisir leur mode d’abattage tout comme les consommateurs devraient pouvoir choisir leurs produits en toute connaissance de cause : les viandes devraient bénéficier d’un affichage clair en la matière. Quant aux abattoirs, ils devraient être soumis aux mêmes conditions de contrôle que celles imposées aux exploitations d’élevage par les services de l’Etat !

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vendredi 17 février 2012

Sarkozy lance un Appel au peuple ? Mon oeil !

Sarko_dessinL'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

David Desgouilles

Par David Desgouilles le 16/02/2012

J’avais déjà l’intention d’écrire sur la relation délicate de Nicolas Sarkozy avec la procédure référendaire avant que Frédéric Rouvillois ne publie une excellente mise au point dans les colonnes de Causeur. Plus rapide que moi, il a donc expliqué avec des arguments incontestables à quel point le candidat-président ne constitue pas la personnalité politique la plus crédible quant à l’Appel au Peuple dont il se fait depuis samedi le zélateur.

Qu’on me permette d’ajouter trois éléments afin que le lecteur -et surtout l’électeur qui est en lui- soit convaincu, non seulement de cette non-crédibilité, mais, pis encore, de la certitude que Nicolas Sarkozy se paye notre bobine.

A l’été 2007, alors que le Président fraîchement élu rend visite aux parlementaires européens, il participe à une réunion avec les présidents de groupes politiques. Et il leur explique, avec sa franchise habituelle, pourquoi il ne soumettra pas le tout nouveau traité de Lisbonne au peuple français. Il leur assène que si c’était le cas, ses compatriotes diraient évidemment non et donc qu’il faut se passer de leur avis. Quand on fait quelque chose à quelqu’un sans son consentement, et pis, en sachant pertinemment qu’il n’est pas d’accord, comment cela s’appelle t-il ? Un viol. Au passage, tordons le cou à un canard -certes boîteux- qui déambule lorsqu’on interroge les responsables de ce viol démocratique. Ils nous racontent à l’envi que le peuple était prévenu avant de voter pour Nicolas Sarkozy, lequel avait bien spécifié qu’il n’y aurait pas de référendum. Ils oublient en général d’ajouter que ledit texte était présenté comme un « traité simplifié réconciliant la France du oui et celle du non ». Or, comme l’explique très  bien Frédéric Rouvillois, ce texte ne réconcilie rien du tout. Il reprend l’essentiel (95 % aux dires du rédacteur du TCE, l’ancien président Giscard d’Estaing, peu suspect du moindre euroscepticisme) du traité rejeté par le Peuple français en 2005.

La défiance de Nicolas Sarkozy envers l’appel au peuple ne se manifeste pas seulement envers ses indisciplinés compatriotes. Lorsque les Irlandais ont rejeté le Traité de Lisbonne -la France présidait alors l’Union européenne- il leur a expliqué qu’il ne voulait pas les juger mais que, tout de même, ils n’étaient pas très raisonnables. Magnanime, il leur a donc donné une chance de voter oui lors d’une nouvelle -et contrainte- consultation populaire.  Ainsi va l’Europe depuis cinquante ans et à laquelle participe Nicolas Sarkozy : si tu votes oui, bravo : le peuple souverain a parlé. Si tu votes non, on te refait voter jusqu’à ce que tu dises oui. Mais parfois, il y a urgence. Les Grecs n’ont même pas eu la chance de pouvoir voter oui au référendum proposé par Georges Papandréou il y a quelques semaines. Le monsieur a été convoqué et on lui a expliqué qu’il allait renoncer fissa à cette malheureuse initiative. A cette occasion, rappelons-le, les éléments de langage en vogue étaient fort différents de ceux d’aujourd’hui sur le sujet de l’appel au peuple. « Irresponsable ! », avait notamment martelé Christian Estrosi que je m’étais permis de rappeler à l’ordre.

Enfin, on attend toujours la proposition de soumettre le nouveau traité européen au peuple français. Il n’en est absolument pas question. On imagine fort bien que, si telle était son intention, le Président l’aurait annoncé dans son entretien au Fig-Mag ou en annonçant sa candidature sur le plateau de TF1.

Lorsqu’on rassemble les arguments de Frédéric Rouvillois et les miens, on ne voit finalement que deux solutions. Ou le candidat Sarkozy se fout ouvertement de la gueule du monde. Ou il s’apprête bien à inventer un nouveau genre de référendum. Nous nous rendrions tous aux urnes et il n’y aurait qu’un seul bulletin à disposition. Le oui.

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mardi 14 février 2012

Si j'étais encore sarkozyste...

Bilger_3L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

Justice au singulier

Par Philippe Bilger le 13/02/2012

Si j'étais encore sarkozyste...

Je ne pourrais pas m'empêcher de douter, de m'interroger.

Pourquoi des enthousiastes du candidat de 2007 ont-ils si rapidement, dès les premiers pas vulgaires du président, abandonné celui-ci ? Comme immédiatement conscients d'une tromperie sur l'homme ?

Pourquoi, jamais, au grand jamais, Nicolas Sarkozy n'est-il parvenu vraiment à être président et, plus gravement encore, à "faire" président ? Insupportable quand il a été lui-même, décevant quand il a cherché à se normaliser ?

Pourquoi, cependant, cette pompe grotesque de l'Etat, ces services d'ordre pléthoriques, ces assistances composées et cette dilapidation ?

Pourquoi les promesses n'ont-elles pas été tenues ou d'une manière telle qu'elles ont perdu beaucoup de substance en s'incarnant ?

Pourquoi la méthode du quinquennat a-t-elle été si désordonnée, si erratique, sans visibilité ni cohérence ? Pourquoi plus d'agitation que d'action, plus d'improvisation que de réflexion, plus de foucades que de maîtrise, plus d'Hortefeux que de Le Maire, de Sarkozy que de Fillon ?

Pourquoi l'Etat irréprochable, pour la France comme dans la vie internationale, at-il été d'emblée jeté au rancart avec une désinvolture et un cynisme qui ont rendu désabusés ceux qui croyaient encore à la vertu de la politique et des engagements ? Pourquoi la morale publique sans cesse offensée, dans les détails comme pour l'essentiel, est-elle une grande plaie ouverte au coeur de ce quinquennat ?

Pourquoi la Justice a-t-elle été si humiliée, à cause évidemment de la frilosité peureuse de ses plus hauts représentants mais surtout parce que le président, garant de son unité et de son indépendance, l'a traitée sans ménagement ni respect, favorisant des affidés au lieu d'honorer, par son comportement et son impartialité, l'institution ? Pourquoi forcément Courroye plutôt que Van Ruymbeke, Patrick Ouart et le fond scandaleux des écoutes clandestines Woerth-Bettencourt plutôt que le souci au quotidien d'une justice démocratique ?

Pourquoi la réception honteuse de Kadhafi à Paris et sa compensation en Libye avec une intervention ambiguë suscitant déjà des effets dévastateurs ?

Pourquoi une gestion de la crise financière avec seulement Angela Merkel, les autres Etats étant réduits à la portion congrue ? Comment faire assumer à la France cette conséquence inévitable et humiliante d'une Chancelière dominatrice depuis quelques mois, notre pays à sa remorque, au point qu'elle n'a pas hésité, quelle condescendance !, à venir apporter son soutien à Nicolas sarkozy pour sa campagne présidentielle ? Elle n'avait pas d'autres occupations ?

Pourquoi ce faux suspense ridicule où le candidat Sarkozy se sert des moyens de l'Etat pour laisser croire à un vrai président ? La République est-elle une cour de récréation où on pourrait s'ébattre en se moquant du monde ?

Pourquoi, à quelques encablures de l'échéance, "sortir" de manière précipitée et provocatrice des projets qui révèlent moins la force d'un quinquennat que sa faiblesse, contraignant à de tristes expédients si peu démocratiques malgré l'apparence ? Pourquoi un aventurier de la politique quand nous aurions eu besoin d'un président de la République ?

Pourquoi la droite la plus intelligente du monde de 2007 est-elle devenue cette bête politique aux abois jouant le destin d'un pays à coups de dés pour sauvegarder le sort personnel de son chef jamais discuté publiquement ? Pourquoi les belles valeurs invoquées juste avant que le quinquennat commence ont-elles été à ce point foulées au Pouvoir, comme on dit aux pieds, qu'une part de la droite est écoeurée ? Presque tentée de rejoindre la gauche ou de consacrer enfin un homme honnête qui avait vu juste avant tout le monde ou, même, d'apporter sa voix à une femme talentueuse et démagogue et à un parti stérile ? Pourquoi une telle destruction, au bout de cinq ans, de ces principes incontestables au point que l'argent légitime, le mérite, le travail, l'honnêteté, l'égalité, l'équité, la justice apparaissent avec une sorte de nostalgie ? Bien avant 2007 ou bien après 2012 ?

Pourquoi n'être même plus capable, dans le bilan de ce quinquennat, de distinguer le bon grain de l'ivraie tant une pensée fixe, un désir obstiné, une hostilité viscérale habitent la plupart qui ne veulent plus de cet être qui nous représente encore parce qu'il nous a mal représentés durant cinq ans ?

Pourquoi à la fois ce combat personnel, intime et cette immense aspiration républicaine ?

Si j'étais encore sarkozyste...

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dimanche 12 février 2012

L'Archipel de la bêtise

Alexandre_SoljenitsyneL'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

Justice au singulier

Par Philippe Bilger le 11/02/2012

Alexandre Soljenitsyne (AS) l'a échappé belle. Le jardin du rond-point de la porte Maillot - quel prestige, on n'aurait pas pu trouver mieux ! - va porter son nom, mais apparemment de justesse.

Le Conseil de Paris, à l'initiative heureuse de l'élu Nouveau Centre Jérôme Dubus, avait été saisi de cet honneur à rendre à ce formidable écrivain. On aurait pu imaginer un consensus enthousiaste. C'était sans compter, par exemple, avec Alexis Corbière (Parti de gauche) qualifiant AS de "clairement antisémite" et, plus absurdement, avec Christophe Girard, pourtant adjoint (PS) à la Culture, le dénonçant comme "passablement homophobe" (Le Parisien).

Il me serait facile d'énumérer, dans les villes françaises au regard de leur tonalité politique à telle ou telle période, les baptêmes aberrants de rues ou de places, qui montrent l'extrême difficulté, parfois, de choisir des personnalités incontestables, dont on est assuré en tout cas qu'elles sauront ne pas sombrer avec le passage du temps et les étranges évolutions de l'Histoire. La culture pure offre ceci de bon que, même si l'artiste ou l'écrivain s'est effacé de nos mémoires, aucune controverse ne vient réclamer sa disparition de nos lieux familiers.

Quand, en revanche, on focalise trop sur l'actualité et qu'il y a plus de démagogie que de véritable nécessité dans le choix des hommages municipaux, on peut craindre le pire. Ainsi, pour la stèle érigée pour Brahim Bouram, la malheureuse victime d'un skinhead imbécile l'ayant jeté à la Seine sans se douter qu'il ne savait pas nager. Ce criminel gravitait certes, avec sa bande de copains, dans les marges d'un défilé du 1er mai du Front National et il est évident que s'il ne s'était pas agi de Jean-Marie Le Pen, on n'aurait jamais songé à cette consécration.

AS, qui a risqué d'être exclu de l'hommage évident que depuis longtemps on aurait dû lui rendre, n'avait pas accompli grand-chose, il faut le reconnaître : immense écrivain rassemblant, dans et avec son génie, l'historien, l'analyste et le créateur d'une infinie puissance, lourd d'universalité, pour le reste presque rien ! Avec L'Archipel du Goulag, il n'avait fait que porter les premiers coups, mais décisifs, au totalitarisme monstrueux qu'était le communisme et dont, après en avoir lui-même souffert, il avait questionné les témoins réchappés de l'enfer des camps.

C'est devant cet homme, cette personnalité, cette action, cette libération qu'on s'est permis de mégoter.

L'Archipel de la bêtise.

A supposer même que, dans cette incandescence à la fois littéraire, philosophique et révolutionnaire ou dans les propos ultérieurs d'AS, aient pu être relevées des réactions antisémites ou "passablement homophobes", comment soutenir que, pour lui, ce passif pourrait peser au regard d'un actif si exceptionnel ?

Avec ce genre de pointillisme qui confond le détail avec le tout et n'hésiterait pas à sacrifier ce dernier au nom d'une éthique de façade, je me demande bien quel être serait suffisamment exemplaire pour être inscrit au fronton de nos rues ou y demeurer ? De Gaulle, qui n'était pas un ange, n'y résisterait pas, et tant d'autres dont les vices n'altéraient pas, pourtant, la lumière et l'éclat des vertus.

Le Conseil de Paris a failli couvrir Paris de honte et de ridicule.

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vendredi 10 février 2012

Le gouvernement annexe du CRIF ?

Bilger_2L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

Justice au singulier

Par Philippe Bilger le 10/02/2012

Ils sont venus, ils sont tous là.

Le président de la République, le Premier ministre, tous les ministres (Le Monde, Marianne 2).

François Hollande a suivi le mouvement. Il est présent avec d'autres socialistes. Evénement considérable : il va même serrer la main de Nicolas Sarkozy. Son absence aurait-elle été une honte ou de la lucidité ?

Ils sont venus, ils sont tous là.

A la soirée très chic organisée par le Conseil représentatif des institutions juives au Pavillon d'Armenonville. Le président du CRIF mettra en cause dans son discours l'antisémitisme, ce qui est normal, mais aussi "l'antisionisme obsessionnel".

Ils sont venus, ils sont tous là. Même Dominique de Villepin qui passera très vite.

Sauf François Bayrou qui  se méfie à juste titre du communautarisme et Marine Le Pen indésirable. Ce n'est pas parce qu'elle cherche à se faire inviter en Israël qu'on va la mélanger à tous ces politiciens remarquables, honnêtes et tellement humanistes.

Ils sont venus, ils sont tous là.

Il y a des artistes, notamment le ridicule Enrico Macias, tout énamouré du président de la République. Il n'a pas changé de position au cours du quinquennat, c'est un fidèle, mais comme recrue, il y a mieux !

Le président de la République et Richard Prasquier s'entendent comme la rhubarbe et le séné. Chacun aura droit à sa dose de compliments. Les réceptions ont ceci d'agréable qu'elles ne servent à rien mais font de l'effet et caressent les amours-propres.

C'est bizarre, je ne peux pas m'empêcher de me rappeler les mots du président du CRIF quand interviewé par Robert Ménard sur iTELE, il s'est déclaré sans aucune gêne défenseur inconditionnel de l'Etat d'Israël. Si j'osais, je dirais "sioniste obsessionnel".

La politique étrangère de la France, celle d'aujourd'hui comme celle, peut-être rénovée, de demain, ne se met-elle pas un licou en affichant, avec cette présence envahissante des politiciens des deux bords, cette adhésion sans nuance à la communauté juive ? Y aurait-il le même élan enthousiaste pour les fêtes et les rassemblements à l'initiative d'autres confessions ? Le président de la République qui est le garant de la communauté nationale et de l'équité démocratique peut-il ainsi donner l'impression de n'offrir la part du lion qu'au CRIF et à sa vision politique de la vie internationale ?

Ils sont venus, ils sont tous là.

Le conflit israélo-palestinien serait-il déjà réglé ?

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lundi 6 février 2012

La gifle, le maire et le procureur

Maire_condamn__pour_une_gifleL'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

Justice au singulier

Par Philippe Bilger le 05/02/2012

Cela s'est passé au tribunal correctionnel d'Avesnes-sur-Helpe. Le prévenu était Maurice Boisart, 62 ans, le maire de Cousolre, une petite commune du Nord. On lui reprochait d'avoir giflé un adolescent de 16 ans qui l'avait insulté et menacé. Le procureur a requis contre lui une amende de 500 euros tandis que la défense invoquait la légitime défense. Le jugement sera rendu le 17 février.

Affaire ordinaire comme il en arrive partout en France, avec des maires mis de plus en plus à contribution, souvent dépassés par une incivilité, voire une violence qu'ils ne parviennent plus à maîtriser parce que, d'abord, ils ne les comprennent pas. Ils ne reconnaissent plus leur commune avec sa tranquillité et sa familiarité enfuies.

Je sais : je n'ai pas consulté la procédure et je n'écris ce billet qu'à la suite de la relation faite par trois quotidiens nationaux (Le Monde, Le Figaro et Le Parisien) mais qui concordent. Je vais sans doute encourir les reproches habituels de me mêler de ce qui ne me regarde pas et de manquer de solidarité même si, magistrat honoraire, je me sens évidemment délié de toute obligation - qui serait au demeurant inepte - à cet égard.

Le parquet d'Avesnes-sur-Helpe est-il à ce point sourcilleux, pointilliste, ou peut-être désoeuvré, pour qu'un tel dossier n'ait pas immédiatement été classé sans suite ? Quel exemple fallait-il donner à ce maire, quel retentissement à cette claque, quelle portée à cet incident pour que, d'une certaine manière, on se trompât de victime ?

L'avocat de l'adolescent a dénoncé "une violence gratuite" tandis que celui de Maurice Boisart a questionné : "Qu'aurait-il dû faire ? Se laisser insulter, lui et la collectivité qu'il représente ?" Maurice Boisart lui-même, alléguant "un geste réflexe à cause des insultes", a mis en lumière, approuvé par une douzaine d'habitants venus le soutenir et par une motion de quatre cents pétitionnaires, "le malaise des maires face à l'incivilité". Selon lui, ce jeune homme et sa bande multipliaient les transgressions au mépris des arrêtés municipaux : "Provocation, harcèlement, la goutte d'eau a fait déborder le vase" !

Si j'en crois les extraits rapportés, l'attitude du procureur a été "d'une ironie glaçante" (Le Monde, sous la plume de Pascale Robert-Diard), d'une autorité condescendante et déplacée envers ce maire conscient de ses devoirs et qui n'avait accompli ce geste qu'au bout de l'énervement. La manière dont le ministère public lui a fait la leçon est pour le moins indélicate. Qu'on fasse la morale à ceux qui s'en moquent, pourquoi pas, mais pas à quelqu'un qui la tient en haute estime. Il est trop facile de jouer au personnage accusateur en face d'un honnête homme.

Puisque le maire avait refusé le plaider coupable et désiré ce procès en correctionnelle, mille nuances auraient dû être apportées et une forme de bon sens aurait pu heureusement compléter la définition juridique de la légitime défense. "Je n'ai jamais donné de gifle à personne dans ma vie, j'ai eu un geste instinctif. Ce n'est pas la meilleure chose que j'ai faite. Je le regrette. Mais croyez-moi, la fonction de maire n'est pas toujours facile à assurer" : cette argumentation ne valait-elle pas mieux que le discours rigide, corseté et déconnecté d'en face ?

Est-ce le jeunisme qui a encore frappé ? Gifler un adolescent de 16 ans qui a créé du désordre et des nuisances durant un an - les cheveux du maire blanchis en deux mois après l'engagement de cette procédure ! -  est-il un acte à ce point odieux qu'il faille oublier tout ce qui est de nature à largement le relativiser, voire à l'absoudre ? L'hostilité à l'égard de cette autorité municipale qui s'est permis de mettre en oeuvre - mais si peu, si modestement - sa justice personnelle ? L'aberration qui contamine les pratiques judiciaires et peu ou prou les conduit à tout coup vers "la justice pour l'exemple" ? La confusion entre une sévérité sans discernement et la justesse pénale ?

L'intelligence et l'honneur de la justice pénale ne concernent pas seulement les affaires où il convient de résister à l'emprise du Pouvoir et de faire preuve d'indépendance. Pas uniquement les dossiers à tonalité politique. Il me paraît évident qu'Avesnes-sur-Helpe en dit autant que Paris sur ce qu'on attend de l'institution, ce qu'elle impose ou qu'elle conquiert. La lucidité chassée au quotidien fait autant de mal que les éclatantes dérives judiciaires.

Sur le plan social, sans répudier le singulier des situations qu'elle a à appréhender, la justice n'a-t-elle pas pour mission aussi de tenter de restaurer un équilibre et de s'opposer au fil regrettable du temps ? Pour un procureur, outre la gifle et la légitime défense alléguée, l'essentiel n'était-il pas de percevoir qu'aujourd'hui le poids de sa fonction devait venir au secours d'une faiblesse plus grave et plus profonde que celle résultant d'une péripétie équivoque ? Celle du, des maires confrontés à des troubles, des incivilités, des désordres contre lesquels la justice saisie est trop souvent impuissante et qui pourrissent une vie collective. Il faut aider ceux qui se battent contre eux comme ils peuvent, au lieu de se tromper de cible et de les accabler, et d'abord par une atteinte injustifiée à leur honneur.

Comme je comprends Maurice Boisart quand il murmure effondré après avoir écouté des réquisitions d'une humiliante, arrogante et unilatérale pédagogie : "Je crois que je n'ai pas été compris. J'ose plus rien dire".

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lundi 30 janvier 2012

Quand j’entends le mot « culture », je sors mon téléphone

PortablePhilippe Randa

Par Philippe Randa le 29/01/2012

Avec la fermeture du site web Megaupload (MU) et le lancement des forfaits Free Mobile, on a beaucoup parlé de liberté en ce mois de janvier 2012 !

Kim Dotcom, fondateur de Megaupload et trois de ses associés, a ainsi été arrêté à Auckland (Nouvelle-Zélande), tandis que leur site qui proposait films et séries accessibles gratuitement en streaming (lecture en continu) – soit dans la plupart des cas, dans l’illégalité la plus complète quant aux droits d’auteur – était brutalement fermé, bloquant du même coup « des milliers de contenus privés et personnels hébergés sur le site MegaUpload qui ont été arbitrairement rendus inaccessibles », comme n’a pas manqué de le souligner Nicolas Dupont-Aignan, candidat à l’élection présidentielle et député de l’Essonne.

D’autre part, Xavier Niel, PDG de Free, a lançé des forfaits téléphonique défiant toute concurrence sonnante et trébuchante…(1)
Les commentateurs fort nombreux de ces deux événements n’ont pas manqués d’en appeler au sacro-saint principe que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres, mais une liberté tout de même un peu spéciale qui semble avant tout celle de s’enrichir…

Ainsi, Marine Le Pen, autre candidate à l’élection présidentielle, en a profité pour tacler Nicolas Sarkozy dont l’enthousiasme (à l’annonce de la fermeture de MegaUpload) « aurait de quoi laisser songeur… (Il) se fait l’ami des majors et des multinationales qui font des marges hallucinantes sur le dos des artistes et des consommateurs, et n’encourage absolument pas la créativité. L’État a vocation à garantir aux citoyens français un accès équitable et libre à la Culture, pas à les ponctionner et les sanctionner. »
Un constat qui fait écho à celui de Xavier Niel, fustigeant l’enrichissement disproportionné de ses concurrents (SFR, Orange, Bouygues Telecom) : « Je ne suis pas sûr qu’on avait pris conscience à quel point les Français comprenaient qu’il y avait un problème avec leur abonnement. L’engouement, plus que par nous, il est provoqué par cette prise de conscience des Français qui payaient trop cher leur facture de téléphone. »

Ces deux affaires si distinctes tout en étant si équivalentes dans l’esprit, permettent de rappeler que derrière les grands discours des uns sur « la protection des artistes et de leur création artistique » ou sur la justification des prix exigés par « la nécessité d’investir toujours davantage et éternellement dans la recherche et les innovations », on assiste en fait à l’obsession de faire toujours plus de profits : tout autant d’artistes souvent plus attentifs à leurs intérêts matériels qu’artistiques et de chercheurs, souvent plus vigilants quant aux pourcentages à négocier qu’à l’amélioration du bien-être de leurs contemporains.

Ces artistes et chercheurs-là, directement « menacés » par les MegaUpload et autres offres Free téléphonique, ce sont eux qui figurent généralement au palmarès de ceux qui ont « gagné le plus » cette année-ci ou cette année-là(2)… et qui, tous, ont largement « récoltés » : ils sont surtout victime leur douteuse âpreté au gain…

Pour les autres, ceux qui ne figurent jamais dans de tels palmarès, ceux qui ne bénéficient pas ou guère des grands circuits de distribution, le piratage est bien moindre et, en général, ces artistes-là sont souvent heureux que leurs œuvres soient ainsi diffusées et donc connues – et reconnues – par un plus grand nombre de passionnés… Ça ne change guère le montant de leur feuille d’impôts.

Quant aux chercheurs qui dénoncent un avenir « sans possibilité d’innovation », ce ne sont souvent que les porte-voix des dirigeants qui les emploient, soit de grands esprits « désintéressés »… à la hauteur toutefois de 1 658 729 euros (salaire annuel de Stéphane Richard, PDG orange) ou de 2 507 510 euros (salaire de Frank Esser, PDG SFR).(3)

Parfois, quand j’entend le mot « culture », je me retiens de sortir mon téléphone portable…

Notes
(1) « C’est déjà lui, rappelons-le, qui avait « fait fortune dans le Minitel, puis révolutionné l’internet en France en lançant la Freebox en 2002 qui a donné le “la” en terme de tarif (29,99 euros par mois) sur le tripleplay) (www.ladepeche.fr, 22 janvier 2012).

(2) Hollywood : les acteurs et actrices les plus rentables de 2011
Hollywood : les stars de cinéma les moins rentables de 2011
Quels sont les acteurs de série TV les mieux payés ?
Hollywood : quels sont les acteurs les mieux payés ?
Hollywood : quelles sont les actrices les mieux payées ?
Hollywood : quels sont les acteurs qui rapportent le plus d'argent ?
Hollywood : les acteurs dont les films ont le mieux marché
Cinéma : les acteurs français les mieux payés
Musique : les artistes internationaux les mieux payés de l'année
Musique : les artistes français les mieux payés de l'année (source : http://www.reviewdepresse.com)
Ainsi que : Les 500 plus grandes fortunes françaises par Challenges.fr (source : http://www.challenges.fr/classements/fortune)

(3) salaire de Stéphane Richard (PDG orange) 1 658 729 € par an. source http://www.journaldunet.com/economie/magazine/salaires-patrons/stephane-richard.shtml
Salaire de Xavier Niels (PDG free) 173 000 euros brut par an (il est vrai qu'il est propriétaire de sa boite cotée en bourse mais free verse 4,5 fois moins de dividendes qu'Orange)). source http://www.boursier.com/actualites/economie/free-xavier-niel-rend-coup-pour-coup-12993.html?sitemap
Salaire de Frank Esser (PDG SFR) 2 507 510 euros par an http://www.edubourse.com/remuneration/frank-esser.php

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vendredi 20 janvier 2012

Juste quelques minutes à France Inter...

Cohen_PatrickL'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

Justice au singulier

Par Philippe Bilger le 20/01/2012

C'est presque rien. De la bonne conscience à pincées. Caroline Fourest et son billet. Patrick Cohen (photo), Thomas Legrand. Dominique de Villepin est l'invité. François Morel, à la fin, offre un esprit qui permet de rire sans honte ni vague sentiment d'injustice, d'inéquité.

C'est presque rien. Juste quelques minutes à France Inter où on fait référence au fameux croc de boucher mais où on adore, à sa manière, les crocs de boucher suaves, enrobés, partiaux.

C'est presque rien. Caroline Fourest qui attaque - devinez qui ou quoi ! - le FN et Marine Le Pen parce que l'un et l'autre seraient des procéduriers et assigneraient sans mesure, protesteraient sans cesse alors qu'à l'évidence ils seraient traités comme les autres, ce qui précisément est totalement faux. Elle regrette que Marine Le Pen fasse appel à la justice contre Laurent Ruquier et contre elle-même, même si son livre, paraît-il, est plein d'inexactitudes et d'approximations, s'insurge contre Jean-Luc Mélenchon et Anne-Sophie Lapix célébrée parce qu'elle n'a accompli, avec plus de pugnacité que d'habitude, que son métier. 

Autrement dit, offensée à tort ou à raison, de manière scatologique ou non, Marine Le Pen se voit dépouillée du droit de se défendre en vertu de cette affirmation biaisée selon laquelle elle serait soumise au traitement ordinaire des personnalités politiques. Pour qui de bonne foi examine le paysage médiatique, force est d'admettre que cette assertion est une absurdité. Ce n'est pas parce que Marine Le Pen sait riposter qu'elle doit être naturellement privée de la liberté de ne pas tendre l'autre joue. Comme une guerre avec un adversaire impuissant et sans troupes serait merveilleuse !

On retrouve là ce qui, pour certains, fait le charme intellectuel de Caroline Fourest - une subtile et persévérante mauvaise foi légitimée par le progressisme idéologique - et pour moi me la rend insupportable dans ses interventions : il y a toujours quelque chose d'inéquitable et d'injuste. Et d'applaudi par les médias.

A l'écoute de Caroline Fourest, on sentait, on entendait l'adhésion de Patrick Cohen qui pourtant, quelques secondes après répondait aigrement à un auditeur, à la place de Dominique de Villepin, parce qu'il avait osé mettre en doute la qualité et l'indépendance de France Inter. Ainsi à peine Marine Le Pen fustigée pour ne pas savoir admettre les critiques, la même attitude était adoptée par Patrick Cohen et, à mon sens, aussi légitimement que par elle.

Je continue à apprécier ce journaliste incisif et informé. Une vivacité est quotidiennement offerte aux auditeurs même si - c'est un voeu pieux, j'en ai conscience - je rêverais qu'il sorte un peu de ce corporatisme implicite ou explicite qui le conduit, par une sorte de solidarité facile, à approuver tout ce qui émane de son environnement médiatique. C'est France Inter adorant tout ce qui relève de France Inter et de cette bonne conscience jamais questionnée, à la longue lassante.

Surtout, cet animateur remarquable ayant favorisé un faîte d'audience me semble très caractérisque d'un écartèlement propre au journalisme politique français. Partagé entre le souci d'une pratique professionnelle honnête, compétente et pugnace d'un côté, le culte d'une sensibilité de gauche indispensable et la dénonciation constante d'un fascisme fantasmé de l'autre. Ce tiraillement donne souvent aux journalistes de notre pays cette allure de guingois, cette objectivité tordue, cette subjectivité sans fond véritable. Une rectitude de travers.

Peut-être Patrick Cohen m'en voudra-t-il si on lui signale ce billet. J'espère que non parce qu'il est des réserves qui signifient plus, et plus d'adhésion, que beaucoup de soutiens mécaniques. Rien ne me semble plus important que d'autopsier, dans la vie médiatique, ces rares moments emblématiques de vertus fortes et de dysfonctionnements évidents. Pourquoi se tait-on en général ? Parce qu'on a peur de ne plus être invité, jamais.  C'est l'avantage paradoxal des blogs que de permettre l'expression d'une vérité, qui n'est pas gênée par des lâchetés banales ou de possibles opportunités à ménager.

Ces quelques minutes à France Inter valaient la peine d'être dites. Pourtant, c'était presque rien.

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La première erreur de Mélenchon ?

melenchon_vs_MLPL'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

David Desgouilles

Par David Desgouilles le 19/01/2012

De l’avis général, Jean-Luc Mélenchon avait jusqu’ici réussi un très bon début de campagne présidentielle. Alors qu’il se présente pour la première fois à cette élection si personnalisée, il avait réalisé une prestation de belle facture jeudi dernier au cours de l’émission Des paroles et des actes sur France 2. Il avait en outre réuni six mille personnes à Nantes lors d’une réunion publique. 6000 à Nantes, c’est fort !

Le candidat du Front de Gauche sait qu’il est encore loin derrière Marine Le Pen dans les intentions de vote des ouvriers et des employés. Il sait aussi qu’une partie d’entre eux hésitent entre elle et lui. Et, afin de les convaincre, il a décidé de passer la surmultipliée en attaquant, encore une fois1, la candidate du Front National, la taxant de « semi-démente ».

A mon avis, il s’agit d’une erreur politique majeure de la part de Mélenchon. Je m’explique.

La politique vue comme la bataille pour des parts de marché n’est pas ni ma tasse de thé ni celle du candidat du Front de gauche mais convenons que cela y ressemble de plus en plus. Dans une élection aussi personnalisée, alors que l’électorat est à peu près aussi volatile qu’une clientèle, on peut exceptionnellement se laisser aller à quelques comparaisons de type commercial.

Nous avons là une frange de l’opinion-clientèle qui hésite entre deux candidats, un peu comme s’ils hésitaient entre une Renault et une Peugeot. Si vous travaillez pour Peugeot et que vous savez que le client potentiel qui est en face de vous hésite entre les deux marques, quelle doit-être votre attitude ? Pensez-vous qu’il soit intelligent d’annoncer tout de go que « Renault c’est de la merde »(ou de la semi-merde, en l’occurrence) ? De toute évidence, le client prendra l’insulte (au moins en partie) pour lui , considérant que le vendeur ne le trouve pas très malin d’hésiter entre son produit génial et l’excrément en question. Dire à un électeur hésitant entre Mélenchon et Le Pen, que le vote pour l’un d’entre eux relève à moitié de l’asile, c’est le prendre pour un imbécile. Et les clients comme les électeurs n’aiment pas cela. Comme il m’arrive parfois de le dire : « je sais que je suis con, mais je n’aime pas qu’on me le dise. »

Marine Le Pen l’a d’ailleurs bien compris. Lorsqu’elle critique Mélenchon, elle ne l’insulte pas2. Son argumentaire vis-à vis de son concurrent est le suivant : « Il est sur la bonne voie, mais il ne va pas jusqu’au bout de sa logique ». Ce qui, traduit en langage pour notre vendeur de Peugeot, revient à dire : « Je comprends que vous soyez tenté par le véhicule de la concurrence, mais regardez celui que je vous propose, il a une meilleure tenue de route, roule plus vite. Asseyez vous. Prenez le volant. Vous êtes bien installé, n’est-ce pas ? » Elle a d’ailleurs très finement réagi à la saillie de son adversaire en évoquant « cet homme charmant, affable et presque petit garçon » qu’est le Mélenchon qui converse avec elle hors-caméra.

Jean-Luc Mélenchon a donc effectué sa première erreur de campagne, si l’on considère que ce sont les ouvriers et les employés qui étaient visés. Mais il est aussi possible qu’il fasse un autre calcul. Pense t-il en secret que ceux-là sont déjà perdus ? En frappant à bras raccourcis sur la candidate du FN, ne dispute t-il pas plutôt à François Hollande une partie de l’électorat désormais traditionnel du Parti Socialiste (fonctionnaires, professions intellectuelles…), souvent très sensible au combat contre l’extrême droite ? C’est une option qu’il ne faut pas écarter. Mais en faisant une croix terranovesque sur les ouvriers et les employés, il ne ferait pas là une simple erreur de campagne, mais une vraie faute politique.

  1. Il y a quelques mois, il l’avait qualifiée de « fasciste ». Marine Le Pen a déposé plainte pour injure publique.
  2. Sauf à considérer que « Yvette Horner de la politique » constitue une injure

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vendredi 13 janvier 2012

Les imbéciles qui le font monter

Bilger_2Justice au singulier

L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

Par Philippe Bilger le 13/01/2012

Près d'un tiers des Français sont d'accord avec les idées du FN (Le Monde). Les employés et les ouvriers constituent son soutien principal. 26% des personnes interrogées par TNS Sofres souhaitent voir Marine Le Pen au second tour et, selon le directeur général de cet institut, "l'effet Marine Le Pen se confirme".

Le plus récent sondage pour les présidentielles évalue le quatuor de tête de la manière suivante : François Hollande à 28%, Nicolas Sarkozy à 26%, Marine Le Pen à 19% et François Bayrou à 14% (nouvelobs.com).

Pour peu que le combat demeure politique et l'opposition au FN inscrite dans une joute vigoureuse mais démocratique, il n'y a rien à redire. Cet électorat largement populaire n'est pas méprisé puisqu'on cherche seulement à le dissuader de suivre un mauvais maître. Certes, on peut discuter la tactique mise en oeuvre par tel ou tel parti.

Il est absurde, par exemple, de caricaturer Jean-Luc Mélenchon comme alter ego de Marine Le Pen alors qu'intransigeant sur ses idées et ses principes, profondément hostile au FN, il n'éprouve pas pour autant le désir - qui ne serait que l'expression de personnalités peu sûres d'elles - d'ostraciser la personne de Marine Le Pen. Le talentueux  Plantu, à cause de cela, ne trouve plus grâce à ses yeux (France 2).

Pour l'UMP, je continue à penser que la volonté d'assécher la droite extrême par des mesures qui ne sont pas toutes d'ailleurs blâmables n'aura pas l'effet qu'elle en attend. Nous ne sommes plus en 2007 et je crains qu'aujourd'hui, on favorise au contraire l'essor du FN en croyant le vider de sa substance. Une telle démarche sera davantage perçue comme un hommage ambigu et pervers que pour un antagonisme ouvert. Rien ne sert de courir, même de bonne foi, derrière un adversaire dangereux. C'est lui qui à tout coup gagnera la course. De même, d'ailleurs, qu'être tenté du côté du pouvoir d'approuver le mariage gay convaincra moins la gauche branchée que cela ne détournera la droite classique et massive (nouvelobs.com). Généralement, profiter de ces trois derniers mois pour tarir le projet de gauche, sur un mode précipité et si ostensiblement tactique, est totalement contre-productif. La ficelle est trop grosse et la manoeuvre grossière !

Evoquant les "imbéciles qui font monter le FN", je songe à ces multiples indécences médiatiques qui veulent se faire prendre pour une résistance républicaine alors que la seule différence entre la droite extrême et un parti républicain, selon François Bayrou qui voit juste, est l'échec inéluctable de la première au second tour si jamais elle y accédait.

J'ai déjà fustigé la privatisation médiatique par Michel Drucker de ses tragédies familiales même si Marine Le Pen, qu'il n'a jamais invitée alors qu'il a déroulé le tapis rouge avec un ton uniment gentil et racoleur pour des révolutionnaires affichés, a déclaré que l'Holocauste était une ignominie absolue. Que veut-il de plus ? Qu'elle rampe devant lui qui ne représente jamais que lui-même ?

Laurent Ruquier, jamais en retard d'une provocation en feignant de n'en être pas responsable, se réfugiant derrière l'apparente équité du procédé, présente à l'antenne huit affiches de parodie confectionnées par Charlie Hebdo pour les candidats à l'échéance présidentielle. Aucune n'est délicate mais la seule qui est ignoble est évidemment celle destinée à Marine Le Pen. On y voit une déjection sur fond de drapeau français avec ce commentaire : "Le Pen, la candidate qui vous ressemble".

Qu'une telle saleté ne soit pas drôle relève de l'évidence. Qu'elle manifeste un étrange goût pour la scatologie de la part de l'humour français se piquant d'idéologie est incontestable. Qu'elle insulte le drapeau français semble certain. Qu'elle soit étrangère à toute opposition politique, même très vive, apparaît indéniable. On se trouve en face d'une ignominie qui, dans un monde normal, devrait susciter réprobation et dégoût. Mais il s'agit de Marine Le Pen et d'un électorat dont on a non seulement le droit mais le devoir de se moquer ! Tous les militants en chambre, les résistants médiatiques, les donneurs intouchables de leçons s'abandonnent avec volupté à cet exercice qui est de traîner dans la boue une famille politique que la République n'a pas encore interdite. Je refuse de considérer que de telles offenses sont dérisoires et qu'il vaut mieux être prudent par lâcheté qu'indigné par rectitude.

Que Charlie Hebdo approuve et vienne au soutien de Laurent Ruquier, rien de plus attendu. Mais entendre un Rémy Pflimlin, par corporatisme directorial, avaliser ce qu'au fond de lui il ne peut que détester me laisse stupéfait. Est-il si peu soucieux de l'égalité des armes politiques et médiatiques ? Est-ce sans incidence sur la venue de Marine Le Pen dans son émission le 18 février, que Laurent Ruquier ait toujours refusé, avant, de la convier et qu'il ait avec un large sourire montré cette déjection à l'écran ? C'est de la démocratie, tout cela ?

Aucun motif de se masquer la vérité. Saint-Denis, Paris-Dauphine, la télévision, les petits maîtres propriétaires d'un service public qu'ils devraient respecter même contre leur gré, ceux qui veulent faire taire une parole qui jusqu'à nouvel ordre a le droit de s'exprimer, les étouffeurs d'une infinité de citoyens négligés, méprisés : ils sont là, omniprésents, les imbéciles qui le font monter, le FN. A croire qu'ils le souhaitent !

Posté par Redekker à 21:13 - - Commentaires [0]
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