jeudi 17 mai 2012

Jules Ferry ou l’école de la rébellion

Jules_Ferry

L'auteur ou les auteurs de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici

Par Michel Lhomme le 17/05/2012
 
La Ministre de l’Education québécoise rencontre, depuis un mois, les étudiants qui protestent contre une hausse, étalée sur 5 ans, de 75% des droits de scolarité dans les universités. En effet, après 12 semaines, le conflit, le plus long de l’histoire du Canada, ne s’essouffle pas, malgré les tentatives diverses des syndicats étudiants de faire rentrer dans le rang les jeunes protestataires. A Montréal, le dimanche 22 avril, une manifestation avait mobilisé 250 000 personnes. Le jeudi précédent, c’était une marée humaine de 200 000 étudiants et sympathisants qui avait pris d’assaut les rues de la capitale. Le Ministre de l’Education québécois a indiqué que les pourparlers se déroulaient « sur un ton respectueux » et qu’en raison de ce climat positif, elle entendait « laisser les discussions se faire ». 
 
Avec la reprise du mouvement des Indignés en Espagne -qui en réalité n’avait jamais cessé- avec les manifestations des jeunes étudiants canadiens qui ont succédé aux jeunes britanniques, on sait en tout cas maintenant, en France, qu’il sera difficile de toucher aux Universités. Mais alors comment opérer demain, dans ce secteur, les coupes budgétaires nécessaires ? Vincent Peillon a trouvé  la recette miracle : supprimer les classes préparatoires où chaque élève coûte à l’Etat la coquette somme de 13 880€. 
 
Déjà, certaines universités maintenant autonomes ont été placées sous tutelle et franchement, on ne voit pas comment sans augmenter les droits d’entrée (réformes québécoises et britanniques), l’Université française pourrait faire face à des dépenses grandissantes à l’heure du tout numérique, de la baisse des investissements privés, de la concurrence et de la compétition internationale des facultés. Il est vrai que les lycées français ont sont encore à la craie et au tableau noir ! 
 
Supprimer les classes préparatoires, c’est, en fait, passer discrètement le relais à des instituts privés qui auront, demain, la charge, la nature ayant horreur du vide, de préparer les futures élites mondialistes de la nation. Bref, c’est continuer de privatiser l’éducation dans la continuité des politiques précédentes. Personne ne le remarque puisque, pour les pédagos, on travaille pour l’égalité républicaine et que "le changement c’est maintenant", alors qu’une telle suppression reste avant tout comptable. En tout cas, pour plus de détails sur les manifestations étudiantes très emblématiques du Québec, on consultera, avec attention, le dossier «Conflit étudiant au Québec ».
 
Méfions-nous de l'eau qui dort
 
Ceci étant dit, manifestation des jeunes étudiants québécois, reprise du mouvement des "indignés" en Espagne, développement de groupuscules anarchistes en Italie et milices de l’Aube Dorée pour faire la police en Grèce, on peut s’interroger sur la façon dont les représentants de ce que l'on appelle « la jeunesse » font entendre ou imposent leurs voix citoyennes au centre du débat politique. On peut aussi s’interroger sur l’apathie de la jeunesse française. Or, ne devons-nous pas nous méfier de l’eau qui dort ?
Les groupes raps, aux paroles de plus en plus violentes contre l’autorité, semblent présager bien plus qu’une crise de colère sporadique, qu’une prise de parole contestataire. Cela fait des mois que nous relevons, dans les banlieues, la montée d’un discours critique plus construit, porteur d’une vision du monde et ébauchant une position politique à dimension critique. Ce ne sont pas, bien sûr, de grands discours intellectuels –le naufrage de l’Education nationale les en a empêchés !- mais c’est déjà tout un univers idéologique qui définit sans équivoque un rapport contestataire à la société et au pouvoir, qui, par exemple, dénonce les intérêts financiers des dirigeants, remettent en question directement les instances de décision des sociétés dites «démocratiques », (municipalités ou Conseils Régionaux) et accusent de manière générale, les politiques ou les flics.
 
On regardera, par exemple, avec attention la "Lettre à la République", de Kerry James, d’ailleurs sur une belle esthétique à la "Métropolis" comme on relèvera la pauvreté de vocabulaire de Assassin de la police  Mais le message, aussi ténu soit-il, sera sans doute passé sur des cerveaux décérébrés !  
 
Dans cette perspective banlieusarde, et loin de tout gramscisme ou trotskisme de base, ne faudrait-il pas repenser le sens même du mot « révolutionnaire » ou militant lorsqu’il est, par exemple, accolé au break dance et au rap moderne ? Herbert Marcuse soulignait déjà, en son temps, que l’art ne pouvait être qualifié comme tel simplement parce qu’il exprimait la lutte du prolétariat. Pour Marcuse, il fallait réhabiliter les formes esthétiques contre la seule analyse idéologique en ne dévalorisant pas la subjectivité de colère, qui se constitue, là, dans l’histoire des individus, en particulier dans cette histoire particulière de la délinquance, bien distincte effectivement de l’histoire « socialiste », et que finalement tout banlieusard porte avec ses jours de prison comme un trophée.
 
Les nouvelles formes de la contestation sont en train de naître en banlieue, là, à deux pas de chez nous. Elles commencent tout juste de s’approprier, dans les actions collectives militantes et les mobilisations citoyennes, l’usage des outils électroniques. Les mouvements sociaux, tant en Amérique qu’en Europe ou encore dans ce que la presse a qualifié de « printemps arabe », amènent de nouveaux modèles, de nouvelles façons d'intervenir dans le domaine du politique par des actions originales sur le terrain comme celles d’Occupy Wall Street, aux États-Unis. Malgré la désinformation générale et la manipulation médiatique, les informations circulent (la révolution islandaise) et on note une internationalisation de la protestation (liens entre printemps arabe et rue Américaine, entre étudiants britanniques et étudiants québécois, ou entre indignés espagnols ou grecs).
 
Jules Ferry n'était pas transcendant 
 
A l’inverse, dans ce contexte de crises économique, sociale et écologique qui fragilisent les sociétés et favorisent ces nouvelles formes de lutte, la domination politique et idéologique s’appuie sur l'utilisation de la rigueur, de l'austérité et de la discipline budgétaire, pour tenter de se maintenir au pouvoir. Ces thèmes, qui visent surtout à discipliner le corps social (biopolitique), constituent, aujourd’hui, le renouveau de la démagogie réactionnaire. Cette démagogie réactionnaire est particulièrement vigoureuse en France et nous pouvons la mettre, en parallèle, avec la perte de voix de la jeunesse française, cette absence d’un mouvement propre des indignés gaulois.
 
Or, c’est le moment qu’a choisi François Hollande pour ériger en symbole de son ouverture de quinquennat, le père de la « fabrique des crétins », Jules Ferry, colonialiste et ardent défenseur –on se garde bien de le dire !- de la supériorité de la civilisation française sur les autres ! Sans doute sincèrement, Jules Ferry est brandi comme une référence à la résistance contre le délabrement du système éducatif français, ce processus fatal enclenché par les pédagomaniaques (Meirieu et compagnie) qui pourtant entoureront, demain comme hier, les Ministres de l’Education et les syndicats d’enseignants. 
 
En fait, la référence à Jules Ferry est bien choisie. Avec Guizot, Jules Ferry incarne le républicanisme éducatif qui, en donnant à l’Etat seul, le rôle exclusif d’éduquer, finit par produire, comme à Nantes, des monstres de treize ans ! Guizot, Jules Ferry, le plan Langevin-Wallon, Philippe Meirieu, c’est tout un programme d’égalitarisme éducatif et de nivellement par le bas, loin de tout enseignement de la transcendance. Ce sont les effets pervers de la politique égalitaire, mise en œuvre dans l’Education depuis plus de deux siècles et qui est parvenue, aujourd’hui, au résultat exactement inverse de l’objectif visé : absentéisme des plus défavorisés, élitisme du fric, privatisation de l’excellence.

Bref, Jules Ferry, c’est effectivement, du point de vue éducatif, la fuite en avant pédagogique, idéologique et politique. Cette fuite en avant qui conduit au désastre présent de l’éducation ou à ces produits de banlieue encapuchonnés. Produits de banlieue ?...  « Produit de banlieue : matière extrêmement dangereuse ». C’est justement le logo d’un tee-shirt très couru actuellement dans le 9-3.

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jeudi 10 mai 2012

Jean-François Copé dans le viseur de Marine Le Pen

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David Desgouilles

L'auteur ou les auteurs de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici

Par David Desgouilles le 09/05/2012

Jean-François Copé a donc accepté que la campagne des élections législatives de l’UMP soit menée par un comité stratégique. A première vue, on pourrait penser que Fillon, Juppé, Raffarin et son ennemi intime Bertrand lui ont imposé cette collégialité. Si on y regarde de plus près, on s’aperçoit qu’il ne doit pas être mécontent de ne pas porter à lui seul ce lourd fardeau à Paris pendant les prochaines semaines. En effet, c’est à quelques dizaines de kilomètres que se joue sa carrière politique perso.

Une étude approfondie des résultats de la sixième circonscription[1.Qui a été redécoupée en 2009, puisque le département compte aujourd’hui deux circonscriptions supplémentaires. ] de Seine-et-Marne, où Copé est candidat à sa succession, montre que sa situation est extrêmement périlleuse. Certes, Nicolas Sarkozy y a recueilli environ 52 % des voix au second tour dimanche. Mais ce chiffre constitue un trompe-l’oeil. D’abord, on sait que la participation sera moins importante aux élections législatives et que la démobilisation est toujours plus forte dans le camp défait à la présidentielle. Mais, surtout, un autre protagoniste risque fort de s’inviter à la table du second tour de la circonscription de Meaux. Il s’agit de Marie-Christine Arnautu. Cette dernière a déjà porté les couleurs du Front National en 1997 et 2007 face à Jean-François Copé et lui avait imposé une triangulaire la première fois, provoquant sa défaite. A l’époque, ils étaient tous les deux inconnus. Depuis, l’un est devenu secrétaire général de l’UMP, la seconde est vice-présidente du FN, et une fidèle parmi les fidèles de la patronne.

Le 22 avril dernier, Marine Le Pen a obtenu d’excellents résultats dans cette circonscription. Comme dans le reste de la France, c’est dans les campagnes qu’elle a recueilli ses meilleurs scores, davantage que dans la ville-centre, Meaux, dont Copé est le maire. Sur les cinquante-trois communes de la circonscription, elle passe la barre des 20 % dans 50 d’entre elles1. Certes, on le sait, pour se maintenir au second tour, c’est le pourcentage des inscrits qui compte. Mais, là aussi, pas de quoi rassurer Copé. Marine Le Pen a obtenu plus de 17 % des électeurs inscrits sur les listes électorales2.  Une sacrée belle marge ! Arnautu, qui est bien implantée, peut donc nourrir de solides espoirs quant à sa présence au second tour le 17 juin prochain. La candidate EELV-PS, Caroline Pinet, pourra alors bénéficier des reports des voix de gauche, et notamment du Front de gauche, alors que Copé n’aura plus guère de réserves. 2012 pourrait alors bien ressembler à son Waterloo de 1997.

Marine Le Pen a, dit-on, dressé une liste noire de candidats UMP à faire battre. On y trouverait notamment NKM, Xavier Bertrand, Rama Yade, François Fillon3

mais surtout Jean-François Copé. Pourquoi lui ? D’une part, Marine Le Pen n’a pas avalé les efforts du secrétaire général de l’UMP afin qu’elle n’obtienne pas ses parrainages cet hiver. Louis Aliot confiait à Marianne2 le 10 février 2012 : « On s’en souviendra aux législatives. Je rappelle juste à Monsieur Copé qu’il a été battu en 1997 dans un triangulaire avec le FN… Je peux même vous dire qu’un certain nombre de députés UMP serrent les fesses en priant pour que Marine puisse être candidate. » D’autre part, une défaite de Copé aux législatives sonnerait le glas de ses espoirs pour garder l’UMP. Or, Le Pen y a tout intérêt. Pour l’instant, la Droite Populaire reste fidèle à l’UMP car elle entretient de bonnes relations avec son chef, marqué à droite. Mais si Fillon en devenait le chef, Copé ainsi mis au rencard, Marine Le Pen pourrait dévorer un espace politique bien plus important.

Pour la patronne du rassemblement qui porte désormais son prénom, la défaite de Copé est donc stratégique. Les 9 et 17 juin prochain, elle sera mobilisée par son combat personnel à Hénin-Beaumont tout en s’informant, sans aucun doute, de ce qui se trame du côté de Meaux…

  1. Meaux fait partie des trois communes où elle est en dessous, avec 17.72 %
  2. Nicolas Sarkozy et François Hollande sont dans un mouchoir, obtenant environ 20.7 % des électeurs inscrits. Rappelons qu’il faut réunir 12.5 % des inscrits au premier tour des législatives pour être présent au second tour.
  3. Mais les scores du FN à Paris ne l’autorise pas à peser assez pour faire trébucher le premier ministre, surtout à Saint-Germain-des-prés.

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dimanche 29 avril 2012

Rendez-nous Cheminade !

Cheminade

David Desgouilles

Par David Desgouilles le 29/04/2012

Pendant la campagne du premier tour, et en particulier lors des deux dernières semaines lorsque le conseil constitutionnel imposait l’égalité parfaite des candidats sur les ondes, on a pu entendre la plupart des médias de ce pays se plaindre de devoir donner autant de temps de parole à Jacques Cheminade qu’à Nicolas Sarkozy et François Hollande. Avec toute la suffisance qui les caractérise souvent, ils se sont plaint de devoir interroger celui qu’ils tenaient pour un hurluberlu au mieux, un fou dangereux au pire. On pouvait lire leur embarras parfois, leur agacement le plus souvent. Bien sûr, les liens de Cheminade avec Lyndon Larouch posaient questions, surtout lorsque l’on sait que ce dernier n’a pas hésité de comparer Obama à Hitler. Mais nous y reviendrons. Bien sûr, la colonisation de la Lune et les projets de voyage sur Mars détonnaient dans notre contexte électoral. Mais le candidat de Solidarité et Progrès était bien un arbre qui cachait la forêt de petits candidats qui constituaient autant de gêneurs.

Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, Nicolas Dupont-Aignan et même Eva Joly, une fois passée la barre des 5% dans le sens descendant, agaçaient davantage puisqu’ils n’évoquaient pas, eux, de projets spatiaux étonnants et qu’il était moins facile de se moquer d’eux. Et il fallait leur donner 10 % du temps de parole chacun. Tout tournés vers la lutte pour la finale et celle, honorifique, pour la troisième place, les grands médias à quelques exceptions près, décidèrent que toutes ces candidatures étaient inutiles parce que les protagonistes n’avaient aucune chance de devenir président de la République et que, d’ailleurs, ces derniers ne prétendaient même pas le contraire. Comme si une campagne électorale était seulement l’occasion de sélectionner celui qui aurait la charge de devenir chef de l’Etat ! Comme si elle n’avait pas aussi pour but d’éclairer le débat public dans un pays qui a une tradition -qu’on le veuille ou non, c’est comme ça- de grande diversité de courants politiques comme de fromages. Imagine t-on le Tour de France avec seulement une vingtaine de coureurs, c’est à dire réduit aux équipes des trois favoris ? Imagine t-on que dans un excès de générosité, on autorise finalement la vingtaine d’équipes à concourir, mais qu’on décide néanmoins que les trois favoris ne partiront pas sur la ligne de départ avec les autres, mais quelques dizaines de kilomètres plus près de l’arrivée, parce que, les autres, on s’en fout ?

Il semble que le Président-sortant, lui, l’imaginait comme ça, puisqu’il s’est longuement lamenté d’avoir dû participer à une émission entre Cheminade et Arthaud. Intervenir entre ces deux manants posait visiblement des problèmes autant à son ego qu’à notre démocratie. Et de chouiner sur le fait qu’ils étaient neuf candidats contre  lui, tout seul. Le pauvre ! Tous les autres candidats étaient à un contre neuf. Et s’il était souvent davantage visé dans les diatribes des autres, c’est sans doute qu’il était sortant. Serais-je désobligeant en signalant à Nicolas Sarkozy que la meilleure solution pour éviter ce désagrément fût sans doute de ne point se représenter ? François Hollande fut plus discret sur le sujet mais il semble bien que  débattre avec d’autres personnes que Nicolas Sarkozy ne le motivait guère. Il aurait accepté le principe d’un tel débat que Nicolas Sarkozy aurait été contraint d’y participer aussi. Il a préféré être complice de son adversaire d’aujourd’hui.

Même sans débat, ces cinq semaines d’égalité -dont les deux dernières de manière stricte- ont été une bénédiction pour notre démocratie. Elles ont permis aux électeurs de se faire une idée en écoutant tous ceux qui avaient été sélectionnés par les élus1. Alors qu’un mois avant le scrutin, on prévoyait un taux d’abstention proche des 30%, elles ont permis de redonner un oxygène à cette campagne, une fraîcheur, qui en manquait singulièrement. La campagne tournait alors au combat de boue. Cet air frais, c’est lui, avant tout, qui a permis cette participation inattendue, dont se sont glorifiés -c’est un comble- les deux futurs finalistes. Depuis dimanche soir, les gêneurs enfin éliminés, on n’est pas revenu au combat dans la boue, mais au combat dans la merde. Il est désormais loin, le portrait d’Obama avec une moustache d’Hitler qu’on montrait au pauvre Cheminade pour lui faire honte. En six jours, on a eu droit aux portraits de Pétain, aux références à Staline ou à Pierre Laval. On aussi accusé un site internet de relayer un appel de 700 mosquées alors qu’il avait seulement réalisé une enquête sur le fait qu’un individu tentait de le susciter. Aujourd’hui, c’est le fantôme de Kadhafi qui s’invite à la table et on pressent que le futur face-à-face de mercredi n’atteindra pas des sommets en matière de courtoisie républicaine. Elle va être très très longue cette dernière semaine.

Daniel Cohn-Bendit trouvait la campagne du premier tour chiante. Moi, je la regrette en constatant le niveau de celle du second. Rendez-nous Cheminade, parbleu !

  1. Sélection dont Dominique de Villepin ou Christine Boutin et même Marine Le Pen savent qu’elle n’est pas facile.

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mardi 24 avril 2012

Marine Le Pen a séduit la France invisible

Chaussin_mairieL'auteur ou les auteurs de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici

David Desgouilles

Par David Desgouilles le 24/04/2012

Les Essards-Taignevaux, dimanche 18h27. Je n’ai encore aucune estimation, ni sondage sorti des urnes. Et pourtant, en sortant de la mairie de cette commune du Jura, située à la limite de la Saône-et-Loire, j’ai déjà une idée précise de l’excellent score que fera Marine Le Pen une heure trente plus tard. Sur les 190 bulletins dépouillés, elle est arrivée largement en tête avec 61 voix. François Hollande suit avec 45 et Nicolas Sarkozy n’en obtient que 32. Alors que j’assiste à une fête familiale en face du bureau de vote, je vois arriver l’un des convives, assesseur au dépouillement de la seconde commune du canton. Il m’annonce que Marine Le Pen est en tête avec plus de 30 % des voix. Quelques heures après, je découvre qu’elle domine dans 10 des 17 communes des cantons ; elle obtient d’ailleurs 29 % des suffrages sur ce canton de 5216 inscrits, devançant Nicolas Sarkozy (24,5) et François Hollande (22,0).

Ce canton, je le connais. C’est celui où j’ai passé une partie de ma jeunesse. C’est là, aussi, que j’ai mené la campagne du non au Traité de Maastricht en 1992, lorsque je tapissais la moindre porte de transformateur électrique de l’affiche « Liberté, je chéris ton non ». Intéressante, cette campagne référendaire dans le canton de Chaussin (photo de la mairie). Alors que ses résultats étaient auparavant un copié-collé des projections données sur le plan national à 20h00, j’avais cru dur comme fer que le traité de Maastricht était rejeté par les Français constatant vers 19h00 que 55 % des électeurs de mon canton avaient voté non. Cruelle déception une heure plus tard : c’est le oui qui l’emportait avec 51 % des suffrages. Jamais une telle coupure n’avait existé entre France des villes et France des champs.

En vingt ans, cette fracture française, si bien décrite par Christophe Guilluy, s’est encore aggravée. La population a évolué. De nombreux pavillons ont été construits, et abritent souvent des classes populaires qui travaillent dans les agglomérations de Dole, Lons-le-Saunier et parfois Dijon1.Y vivent aussi beaucoup de retraités et quelques agriculteurs, lesquels ont vu, comme ailleurs, leur nombre diminuer considérablement depuis 1992. En 2005, le TCE y était rejeté à plus de 60%. Le canton de Chaussin constitue un exemple parfait de la France du Non, draguée par les candidats favoris depuis quelques semaines et qui le sera encore davantage lors des deux prochaines. Cette France rurale, c’est Marine Le Pen qu’elle a choisi comme porte-drapeau. Mélenchon avait lui aussi parlé de ces « oubliés », de ces « invisibles », touchés de plein fouet par les insécurités économiques, sociales, physiques et identitaires. Comme Guilluy, Brustier et Huelin avaient fort bien décrit la sociologie politique de cette France-là. La gauche avait perdu ce peuple2 au profit d’une droite désormais culturellement majoritaire3Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Gaël Brustier travaille aujourd’hui avec Arnaud Montebourg, député de la circonscription voisine et qui dès 1997, accusait le libre-échange déloyal dans sa profession de foi de candidat. En Bresse, il suffisait d’observer pour constater l’étendue des dégâts d’une mondialisation prétendument heureuse.

Patrick Buisson a lu Guilluy, Brustier et Huelin. Il a fait les mêmes constats qu’eux et a pensé en faire profiter Nicolas Sarkozy. C’était négliger deux éléments importants. D’une part, la personnalité de Nicolas Sarkozy et le fait qu’il avait déjà mené une campagne du même type cinq ans plus tôt. On a beau dire, on a beau faire, il est quand même difficile de faire passer les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages, ou l’inverse en l’occurrence. Les électeurs, ainsi que le note Philippe Cohen, ne sont pas dotés d’une mémoire de poisson rouge et se souviennent que le Président actuel est aussi celui qui a signé le Traité de Lisbonne mais aussi le Pacte budgétaire, qu’il reproche même à François Hollande de vouloir renégocier. D’autre part, cette France-là refuse l’austérité. Cette dernière s’est traduite par des postes en moins à la gendarmerie et au collège de Chaussin, comme ailleurs. Cette France rurale du non est la première à en souffrir. Voilà pourquoi, bien que le pays penche à droite, une bonne part des électeurs de Marine Le Pen, dans cette France rurale des pavillons, ne suivra pas Nicolas Sarkozy le 6 mai, et pas seulement parce que la patronne du FN le leur aura conseillé.

  1. A Dole et Lons-le Saunier, les deux communes les plus importantes du département situées à 25 kilomètres du canton, Marine Le Pen a obtenu beaucoup moins que dans les campagnes environnantes, respectivement 18et 14 %.
  2. Recherche le Peuple désespérément, Bourin Editeur.
  3. Voyage au bout de la droite, Editions des Mille et une nuits.

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samedi 21 avril 2012

Estimations avant 20h00 : qui n’a pas voulu de LA solution ?

Loup_dessinL'auteur ou les auteurs de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici

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David Desgouilles

Par David Desgouilles le 20/04/2012

On ne connaît pas encore les résultats du premier tour mais on sait déjà qui sera montré du doigt dimanche. Le Grand Méchant Internet est déjà coupable car c’est muni d’un clavier et d’une souris ou d’un smartphone qu’on pourra, dès 18h30 connaître les résultats une heure et demie avant la fermeture du dernier bureau de vote.

Ne pas respecter la loi, c’est effectivement -par définition- répréhensible. Et il ne me viendrait pas à l’idée de m’asseoir sur elle en diffusant l’information dans ces colonnes dimanche. Non pas parce que je pense que cela pourrait avoir une influence sur le scrutin. Comme l’explique Bruno Jeanbart, directeur d’études de l’institut Opinion Way, ces craintes sont largement exagérées. Cependant la loi est la loi et un citoyen est tenu de la respecter.

Cependant, on peut s’interroger au vu de la polémique qui a déjà commencé et qui désigne déjà Internet et les réseaux sociaux comme les grands coupables. Twitter n’existait pas en 2002, lorsque les Guignols de l’Info ont annoncé -de manière détournée mais tout le monde avait compris- que Jean-Marie Le Pen s’était invité au second tour de la présidentielle. Mais surtout, il y avait un moyen radical pour que le problème ne se pose pas. Il suffisait de fixer à 20h00 la fermeture de tous les bureaux de vote.  Ces estimations sont en effet obtenues grâces aux 100 premiers bulletins dépouillés dans un certain nombre de bureaux tests de donner des résultats fiables vers 18h30 avant de les annoncer officiellement à 20h1. Si les instituts ont cette possibilité c’est que, mis à part dans les grandes villes, les bureaux ferment à 18h00. En décidant d’une heure unique de fermeture, les estimations seraient connues aussi une demie-heure après et on pourrait les annoncer à tout le monde en même temps sans aucune possibilité de violer la loi.

La commission électorale avait préconisé cette solution2 Le ministère de l’intérieur ne l’a pas suivie. Pourquoi ? Peut-être a t-il été jugé que des fuites n’influenceraient pas le scrutin, confirmant la thèse convaincante de Bruno Jeanbart, citée plus haut. Dans ce cas, on ose espérer que Claude Guéant ne hurlera pas au scandale dimanche quand les résultats seront connus sur toute la toile. Parce que lui seul avait la possibilité de régler définitivement le problème.

  1. En général, ils ont été encore affinés pendant ce laps de temps, comme ils le seront encore tout au long de la soirée électorale.
  2. une proposition de loi de Messieurs Sueur (PS) et Portelli (UMP) avait même été déposée au Sénat. Le gouvernement s’est opposé à son adoption.

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lundi 16 avril 2012

Jurassic Park socialiste II, le retour

Perny

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David Desgouilles

Par David Desgouilles le 14/04/2012

L’an dernier, avec mon excellente camarade Muriel Gremillet, nous vous expliquions l’état pitoyable d’une fédération socialiste, celle du Jura, où régnait une atmosphère digne de Dallas, et qui se préparait à porter à l’Hôtel du Département son JR Ewing, l’impitoyable Christophe Perny (photo). Les Cantonales remportées, JR est effectivement devenu président du Conseil Général et fait la pluie et le beau temps dans le Jurassic Park socialiste. Mais la conquête d’une seigneurie ne permet pas forcément de redonner des couleurs plus saines à la fédé PS même dans un contexte de conquête de l’Elysée par François Hollande.

Car depuis quelques jours, on assiste à un spectacle unique en France, et sans doute en Europe. Figurez-vous que le Parti Socialiste a l’intention de présenter aux élections législatives deux candidates qui seront sans doute frappées d’inéligibilité en cas d’élection. Danielle Brulebois et Sylvie Laroche ont été investies par le PS il y a quelques mois, respectivement dans les première (Lons-le-Saunier) et troisième (Dole) circonscriptions du 3-9, la deuxième (Saint-Claude) ayant été réservée au PRG. Actuellement, toutes les circos sont détenues par l’UMP, celles qui nous intéressent l’étant par Jacques Pélissard, également président de l’association des maires de France, et Jean-Marie Sermier.

Pendant le mois de mars, des encarts publicitaires ont été publiés dans la presse locale annonçant des réunions pour chacune des deux candidates aux élections législatives. Pour Danielle Brulebois, ils ont été publiés dans l’édition jurassienne du Progrès du 4 mars  et du 25 mars 2012  ainsi que dans la Voix du Jura (hebdomadaire) du 1er mars 2012 . Pour Mme Laroche, le même type d’encart apparaissait dans l’édition jurassienne du Progrès du 11 mars et du 25 mars 2012. Il semble bien que le code électoral ait échappé à nos inexpérimentées candidates puisque cette pratique contrevient à son article L 52-1 : « Pendant les six mois précédant le premier jour du mois d’une élection et jusqu’à la date du tour de scrutin où celle-ci est acquise, l’utilisation à des fins de propagande électorale de tout procédé de publicité commerciale par la voie de la presse ou par tout moyen de communication audiovisuelle est interdite ». Quant à l’article L 90-1, il ajoute, impitoyable : « Toute infraction aux dispositions de l’article L. 52-1 sera punie d’une amende de 75 000 euros ». Certes, les effets juridiques de la méconnaissance de l’article L. 52-1 du Code électoral n’apparaissent qu’après le scrutin, une fois le juge de l’élection saisi (selon les élections, par un électeur, un candidat ou le préfet). La violation des interdictions électorales peut entraîner la réformation ou l’annulation de l’élection suivant l’objet de la protestation par laquelle il a été saisi. Le juge de l’élection peut alors prononcer l’inéligibilité du candidat1. Pour que le juge n’invalide pas l’élection dans ces conditions, il faudrait que les candidates gagnent avec une marge très importante. Or, il paraît assez improbable que ce soit le cas, surtout dans la circonscription détenue par Jacques Pélissard, où seule une victoire au raccroc peut éventuellement être espérée.

Il sera d’autant plus difficile d’obtenir une victoire large dans de telles conditions que cette histoire, désormais publique puisqu’elle a fait l’objet de plusieurs articles dans la presse locale, va être utilisée à fond par les sortants UMP, qui auront beau jeu de dénoncer pendant la campagne des candidates au poste de député incapables de respecter la loi électorale. De même, les autres candidats de gauche argueront de l’inutilité de voter pour une candidate ne pouvant être élue. Toute la campagne législative de Brulebois et Laroche sera pourrie par cette boulette mémorable, à l’instar du sparadrap du Capitaine Haddock. Dès lors, la solution la plus simple serait, pour le Parti Socialiste, de changer de candidats. Pour la circonscription de Dole, le futur score de Mélenchon pourrait régler l’affaire : elle figure parmi les cibles du Front de Gauche pour l’après-présidentielle. Solférino et Perny se résoudront certainement à sacrifier Sylvie Laroche et de laisser le terrain libre à Patrick Viverge (parti de gauche). Reste la première circonscription où Danielle Brulebois n’est pas décidée à laisser la place à qui que ce soit. Ne se sentant pas responsable de la bêtise, elle veut aller jusqu’au bout, quitte à risquer de payer une amende de 75000 euros et de devoir payer sa campagne, non remboursée par l’Etat. Vous avez dit, «kamikaze » ?

Ce n’est pourtant pas Christophe Perny qui la décourage dans cette intrépide intention. C’est à se demander si le Président du Conseil Général souhaite la victoire d’un député socialiste dans son département. Mais nous sommes sans doute mauvaise langue.

  1. En outre, elles pourraient avoir à payer de leur poche la campagne dont les comptes auraient été ainsi invalidés.

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vendredi 13 avril 2012

Hollande au pays du Comté, un an après

Hollande_Chev_nementL'auteur ou les auteurs de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici

David Desgouilles

Par David Desgouilles le 12/04/2012

Que de chemin parcouru depuis le 9 mai 2011, quelques jours avant le Sofitelgate, lorsque François Hollande était de passage à Besançon au début de sa campagne pour la primaire socialiste. A douze jours du premier tour de l’élection présidentielle, il faisait son retour dans la vieille ville espagnole chère à Victor Hugo, non plus devant deux cent-cinquante personnes mais plusieurs milliers.

« Rester attentif, concentré. Avoir de la force, de l’enthousiasme, de la cohérence ». Un entraîneur d’une équipe de foot favorite pour le titre n’aurait pas dit autre chose dans une conférence de presse à quelques encablures de la fin d’un championnat. Ce vocabulaire sportif, je ne l’ai pourtant pas recueilli de la bouche de Carlo Ancelotti ou de René Girard1 mais de Manuel Valls, directeur de la communication de la campagne de François Hollande. Est-ce Valls, en bon supporteur du Barça, qui lui a conseillé d’abandonner cette tactique inspirée du catenaccio italien, ultra-défensive, qui se contente de repousser patiemment les attaques désordonnées de l’adversaire en dégageant dans les tribunes autant qu’il le faut ? Si c’est le cas, le candidat lui devra une fière chandelle car il semble avoir retrouvé un peu de ce qui avait fait son succès en janvier.

En ouverture de la réunion, après le défilé des féodaux locaux, maire, présidents de Conseil général et régional, c’est Jean-Pierre Chevènement, lui aussi un local de l’étape qui jouait sa partition. On a peine à croire qu’il était encore candidat il y a quelques semaines, bien décidé à faire bouger les lignes. Il ne les aura guère fait bouger, ces fameuses lignes. Certes, il dénonce le Traité Merkozy avec force et dénonce la politique du sortant, le qualifiant de « médecin de Molière ». Certes, il délivre un brevet d’homme d’Etat à son cadet sous les applaudissements polis de la salle. Mais on a furieusement envie de lui demander -de lui crier, même- à cet apôtre talentueux du non à Maastricht et du TCE : « Mais que fichez-vous donc là, à soutenir l’ancien secrétaire des clubs deloristes Témoins ? » Je n’en ferai rien. Les jeunes socialistes doivent se le demander, aussi, puisqu’ils le pressent, avec un brouhaha désagréable et quelques « François, François » à finir son discours. L’impolitesse, c’est maintenant !

C’est Pierre Moscovici qui lui succède à la tribune. Le directeur de campagne, qui est aussi président de la communauté d’agglomération de Montbéliard, située à quatre-vingts kilomètres au nord-est, fait office de chauffeur de salle avec un sarkobashing qui aurait été fort réussi sans un lapsus -révélateur ?- guère charitable pour celui qui l’a précédé derrière le pupitre : souhaitant évoquer le bilan de Nicolas Sarkozy, il parle de celui de « Jean-Pierre Ch… », avant de jouer les champions d’aviron et et de rappeler combien l’action de l’ancien maire de Belfort fut bonne pour la France. Mais que fichez-vous là, cher Jean-Pierre ?

C’est au candidat de prendre la parole, et les calicots s’agitent, dont l’un comporte l’amusante inscription « Doubs Hollande ». Pas sûr que ce jeu de mot évoquant à la fois la douceur du candidat et le département qui l’accueille soit forcément bien choisi. Par esprit d’escalier, le « doux » s’oppose au « dur », lequel s’oppose au « mou ». Exactement, l’image que veulent donner les adversaires de François Hollande, Martine Aubry hier dans la primaire socialiste, Nicolas Sarkozy aujourd’hui. L’enthousiasme de la salle, pourtant, est palpable, même devant l’écran géant où ont été relégués ceux qui, comme moi, n’ont pas pu entrer dans la salle où s’exprime le candidat socialiste. Figure imposée, il rend hommage à Besançon et aux noms qui l’ont liée à la gauche française. C’est à ce moment là que le préposé à la reproduction écrite du discours sur l’écran géant, pendant que le candidat le prononce, croit bon d’écrire « le combat d’Elipe » alors que Hollande évoque le combat des Lip. L’inculture, c’est maintenant ! Offensif, le candidat égrène les mesures qu’il prendra lors de ses premiers mois à la tête de l’Etat si les Français lui font confiance. « Je suis prêt » confie t-il, avant de se livrer à un long réquisitoire de l’action de son adversaire favori auquel tous » les leaders conservateurs européens ont donné l’onction, si ce n’est l’extrême-onction. » Sans doute agacé par la récente arrivée de Nicolas Sarkozy sur le terrain de l’humour de tribune, Hollande revient à ses premières amours d’orateur et se moque de son adversaire « bling-bling, certes, mais surtout zig-zag ». Il sait aussi mêler cruauté à gravité lorsqu’il dit ne pas avoir de leçons de laïcité à prendre de la part du ministre de l’Intérieur qui avait « prononcé un discours devant l’UOIF avec hommes d’un côté, et femmes de l’autre. » Nicolas Sarkozy sait désormais ce qui l’attendra lorsqu’il voudra titiller son adversaire sur les piscines de Martine Aubry lors du face-à-face traditionnel de l’entre-deux-tours. Hollande en appelle au patriotisme pour tancer ceux qui lui reprochent sa fameuse tranche à 75 %. Patrick Bruel n’est pas nommé, mais on y pense très fort. Bien involontairement, le champion de poker a rendu un fier service au candidat socialiste. Voilà des jours qu’on ne causait plus de la proposition symbolique de Hollande, mise au rencard par la montée de Jean-Luc Mélenchon. C’est lorsqu’il évoque le traité « Merkozy » que le candidat prononce une phrase qui mérite assurément d’être retenue. Ce traité, dit-il, il le renégociera « autant que possible ». Tiens, donc. Et si cette chère Angela lui avait déjà signifié le champ réduit du possible ? Et si, alors que ses diplomates présents à Paris l’avaient informée de la grande probabilité de la victoire de Hollande, la chancelière lui avait déjà fait passer le message qu’une renégociation cosmétique pourrait lui être concédée ? Qui a déjà vécu le maquillage du TCE en traité de Lisbonne a le droit de se méfier. François Hollande, sur ce coup là, fut le complice du Président qu’il a tant fustigé ce mardi soir.

Mais que fichiez-vous là, cher Jean-Pierre ?

  1. Respectivement entraîneurs du PSG et de Montpellier.

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samedi 3 mars 2012

Fillon fait campagne sur la continuité à Besançon

Fillon_lunettes_rougesL'auteur ou les auteurs de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici

David Desgouilles

Par David Desgouille le 03/03/2012

Jeudi soir, c’est François Fillon qui était de passage à Besançon dans le cadre de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Une belle affluence, à vrai dire, puisque la salle prévue pour 1200 personnes débordait et qu’un écran avait été installé dans les couloirs pour que quelques dizaines de personnes supplémentaires puissent suivre la réunion. Formidable rajeunissement pour ma pomme puisque, si l’on excepte la trentaine de jeunes en ticheurtes placés près de la scène pour mettre l’ambiance, j’avais bien l’impression d’être le moins âgé de la salle.

Avant le Premier ministre, trois députés locaux interviennent brièvement à la tribune dont le sémillant Joyandet, ancien ministre viré pour cause de présence récurrente dans un journal satirique paraissant le mercredi. François Fillon est également accompagné de Jérôme Chartier qui joue le rôle de vedette américaine. Il ne parviendra guère à chauffer la salle avec son admiration devant la réussite de Nicolas Sarkozy en matière d’emploi industriel et la diatribe contre « le haut-fonctionnaire Hollande », « monsieur zéro risque ». Sans doute l’assistance était elle parfaitement au courant des états de services professionnels de François Fillon.

C’est donc autour du Premier Ministre de prendre la parole et qui annonce tout de go un scoop international aux militants UMP de Besançon -lesquels, à vrai dire, ne semblent pas mesurer leur chance : « La monnaie unique est sauvée ». François Fillon poursuit et règle son compte au au premier tour de l’élection présidentielle :«il n’y a que nous et les socialistes. Tout le reste est secondaire. » S’il pointe avec raison l’indécision de François Hollande sur la place de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, l’orateur fait preuve d’un culot d’acier lorsqu’il frappe d’indignité l’abstention des députés PS sur le mécanisme européen de stabilité. « On peut voter oui ou non mais s’abstenir, on n’a pas le droit ». Afin de poursuivre ce reportage et ne pas être reconduit vers la sortie par un service d’ordre que j’imagine fort  bien organisé, je ne gueulerai pas « 23 juin 1992», date à laquelle François Fillon lui-même s’était abstenu à Versailles sur la révision constitutionnelle préalable à la ratification du Traité de Maastricht.

Fillon revêt ensuite le costume d’Antoine Pinay qui fait horreur à Henri Guaino et nous prévient :«il n’y aura pas de retour à l’âge d’or ». C’est clair : on va en chier. Mais il ajoute, pour rassurer la salle :«je ne prends aucun plaisir à jouer le trouble-fête ». On se prend à en douter. Pas sûr que tout ceci soit bien raccord avec les discours du candidat Sarkozy. Ce qui va suivre ne le sera pas davantage : le chef de gouvernement se lance dans une longue défense du bilan du quinquennat. « Cette page ne soit pas être une parenthèse, nous devons continuer à l’écrire ! » conclut-il. Il est là, l’enseignement principal de cette réunion publique : alors que Nicolas Sarkozy a évité, lors de ses trois premiers meetings, de causer bilan ou en tout cas très peu, Fillon, lui, y consacre l’essentiel de son discours. Alors que le candidat en est à nous proposer de nouvelles ruptures -y compris avec lui-même- son principal « collaborateur » fait quant à lui vibrer la corde de la continuité.

Intrigué par cette double-campagne, je décide donc d’interroger un «jeune pop » le discours terminé. Pourquoi un jeune ? Parce que les autres filent déjà vers leurs voitures et qu’ils sont, en général, beaucoup moins loquaces. Maxime m’explique qu’il ne voit aucune friture sur la ligne Elysée-Matignon. D’après ce jeune militant fort dynamique, « il est logique que le chef du gouvernement défende le bilan de son gouvernement et que le candidat, lui, se projette vers l’avenir ». Que répondre à ce trésor de rhétorique ? Que tout cela se traduise par un manque de lisibilité dans la campagne ? Il ne semble pas être convaincu par l’argument. Du reste, je ne semble pas être tombé -manque d’expérience dans le reportage, très certainement- sur le militant UMP le plus représentatif : après quelques minutes de dialogue, il m’explique que nous sommes « européens avant d’être français ». « Penser le contraire, poursuit-il, c’est du nationalisme ». Je ne suis pourtant ni à une réunion d’Eva Joly ni sortant d’un meeting de Bayrou (lequel, d’ailleurs, ne cause plus beaucoup d’Europe). A près de quatre-cents kilomètres de Paris, j’entends alors Patrick Buisson s’étrangler.

Pendant la réunion, j’apprenais aussi que le sondage quotidien IFOP-Paris-Match montrait que l’écart entre Hollande et Sarkozy était passé à 3.5 points alors que l’entrée en campagne du second avait permis de le réduire à 1 au début de cette semaine. Les fameuses courbes ne se croiseront donc pas dans les prochains jours. Ont-elles seulement une chance de se croiser dans les prochaines semaines ? Ce n’est pas cette soirée bisontine qui nous en convaincra le plus facilement.

Posté par Redekker à 19:07 - - Commentaires [0]
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vendredi 2 mars 2012

Si j’étais maire de Besançon

Besan_on_mairieL'auteur ou les auteurs de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici

Le Bison teint

Si j’étais maire de Besançon, j’annoncerais l’installation de caméras de vidéosurveillance quelques mois avant les élections législatives. Cette annonce me permettrait de couper « l’herbe sécuritaire » sous le pied de mes adversaires de droite. Elle constituerait également une efficace peau de banane jetée sur le chemin du candidat écologiste investi avec la bénédiction de mon propre parti. C’est bien connu, les écolos hurlent quand on leur parle vidéosurveillance. D’ailleurs moi je ne parlerais que « vidéo-protection ». Les éléments de langage ne doivent jamais être négligés.

Certes, cela m’obligerait à faire fi des principes que j’avais jusque là défendus, mais je ne le dirais pas comme cela. J’opposerais habilement mon « sens pragmatique » aux « grandes positions idéologiques » de ceux qui seraient tentés de protester — y compris dans mon propre camp. Habile non ?

Puis, quelques semaines plus tard, je dirais quelque chose comme : « J’ai fait tout ce que j’ai pu pour réduire le sentiment d’insécurité dans la ville mais vous savez, être seulement maire ne suffit plus de nos jours. Il faut désormais avoir les moyens de défendre les intérêts de sa ville au plus haut niveau — celui de l’État — afin d’obtenir par exemple plus de policiers… »

Alors je présenterais ma candidature aux législatives — envers et contre tous. Je le ferais avec abnégation, pour le bien de Besançon qui a vraiment besoin de retrouver un député-maire pour « rayonner ».

Et si on me parle de « cumul de mandats », j’opposerais encore une fois mon « sens pragmatique«  aux « grandes positions idéologiques« … Le peuple contre les élites en quelque sorte. Ça plaît toujours ça.

Si j’étais maire de Besançon…

http://bisonteint.net le 22/02/2012

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jeudi 1 mars 2012

Ibrahim de Grigny

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L'auteur ou les auteurs de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici

Justice au singulier

Par Philippe Bilger le 03/01/2012

Au sombre et à l'excité de la campagne présidentielle, j'ai envie d'opposer Ibrahim de Grigny.

Ce n'est pas une histoire à l'eau de rose, elle se déroule au Méridien, un quartier de la cité de la Grande-Borne à Grigny, et concerne Ibrahim, un gardien d'immeuble. On ne peut pas dire qu'elle soit enthousiasmante mais pourtant, dans la grisaille de ces jours que la politique envahit, elle représente un contrepoint à celle-ci, mettant en exergue courage et espoir. Quelque chose de modeste mais qui dans le pessimisme ambiant apporte tout de même de quoi croire en demain. Les épopées ne sont pas toutes grandioses, il y a des événements qui se haussent à cette dimension parce qu'ils accueillent dans leur creuset une humanité qui se révolte, résiste et rompt la lâcheté ordinaire. Les héros sont nos voisins.

Ibrahim qui avait fermé sa loge pour aller récupérer un escabeau chez un collègue a été agressé à coups de barre de fer par une bande de jeunes gens de dix-huit à vingt-deux ans. Ils lui reprochaient d'avoir été "une balance". Avec vingt-sept points de suture, il a subi une incapacité de travail de quinze jours (Le Parisien).

Ibrahim, contre tous les usages implicites et cette convention de la peur et du mutisme régnant dans les cités, a décidé d'aller déposer plainte contre ses assaillants, qui avaient frappé à visage découvert.

Ce n'était pas rien que cette démarche puisqu'elle a été remarquée et célébrée à juste titre comme un sursaut, presque une anomalie. L'employeur d'Ibrahim depuis cinq ans, l'Opievoy, a fermé les loges durant deux jours et suspendu le chantier de rénovation. J'espère qu'il ne s'est pas arrêté là et a fait en sorte, d'une manière ou d'une autre, de rendre hommage à Ibrahim, ce gardien rare.

L'important n'est pas que l'entreprise de rénovation ait probablement dérangé le trafic de stupéfiants qui paisiblement gangrenait la cité. Mais qu'Ibrahim, violemment meurtri, ait pris sur lui de ne pas se réfugier dans le silence.

Cet épisode de Grigny, sans doute guère exceptionnel pour l'agression, devrait faire réfléchir les professionnels de la mansuétude et les partisans de l'exclusive responsabilité sociale. A force de noyer le singulier dans le pluriel et la liberté dans le déterminisme, que va-t-on faire d'Ibrahim et de tous ceux qui ici ou là suivent ou suivront son chemin honorable ?

Je veux lui laisser le dernier mot.

"Moi, je ne balance personne.Je fais mon travail. Je suis là pour mes locataires.J'aide les gens en détresse. J'aime mon boulot, j'aime ma ville. Je n'ai jamais manqué de respect à personne !"

Posté par Redekker à 23:35 - - Commentaires [0]
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