dimanche 26 juin 2011

Rattachement gendarmerie avec la police au ministère de l’intérieur, bilan d’étape

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Agoravox

L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

Article Christian Contini de publié le 25 juin 2011

Le Premier ministre a confié à deux parlementaires une mission d'évaluation du rattachement de la gendarmerie au ministère de l'Intérieur. Le député UMP de l'Isère Monsieur Alain Moyne-Bressand et Madame la sénatrice RDSE de l'Aveyron Anne-Marie Escoffier.

Les deux parlementaires ont été chargés de cette mission par un courrier du 25 mai 2011 et doivent rendre leurs conclusions pour le 30 juillet. Tenant compte de ce délai particulièrement court on a des difficultés à imaginer que les deux élus puissent aller au fond des problèmes induits par cette mutation du ministère de la Défense au ministère de l’Intérieur.

L’Association Gendarmes et Citoyens, qui milite pour un droit d’association et d’expression des gendarmes, s’est toujours impliquée pour faire ressortir les incohérences de ce transfert. Elle a adressé un courrier aux deux parlementaires en exposant le ressenti de ses membres, gendarmes et citoyens, après bientôt deux années d’expérimentation de la Loi.

Je vous propose le contenu de cette lettre qui résume très succinctement le constat qui a été fait.

« Par un courrier du 25 mai 2011, le Premier Ministre vous a missionné (e) pour évaluer les modalités concrètes du rattachement organique et budgétaire de la Gendarmerie nationale au ministère de l’Intérieur.

Notre association ne peut que se féliciter de l’intérêt que porte le premier Ministre aux conséquences de la loi du 3 août 2009.

La direction de la Gendarmerie Nationale ne manquera pas de vous brosser un tableau aussi fidèle que possible des conséquences de la loi. Nous voulons cependant nous permettre de vous indiquer quel est le sentiment d’un grand nombre de gendarmes, sentiment qu’il vous est possible de vérifier en consultant le forum « gendarmes & citoyens » qui est un excellent baromètre du ressenti des personnels de l’arme. Actuellement ce baromètre serait plutôt sur la position orage.

La Loi du 3 août 2009 n’a pas apporté de modification majeure à l’organisation interne. La Gendarmerie s’était lancée dans la création des communautés de brigades et il ne semble pas que ce soit l’idéal pour obtenir un maillage satisfaisant et un service plus efficace. En tous cas le contact avec la population y perd très largement en qualité avec deux brigades sur trois qui n’ouvrent que deux demi-journées par semaine. Ce système pourrait être efficace si les effectifs étaient suffisants ce qui est loin d’être le cas que ce soit en nombre ou en qualité car, outre les suppressions, beaucoup de postes de sous-officiers sont remplacés par des gendarmes adjoints volontaires et il est de plus en plus fait appel aux réservistes pour assurer les missions.

Le gendarme est de moins en moins présent dans nos campagnes, soit il est cantonné à des tâches particulières comme la police de la route soit il est accaparé par ses missions prioritaires comme les enquêtes judiciaires ou les nombreux dossiers à traiter à la demande des administrations.

La dissolution de quinze escadrons de gendarmerie mobile impose un rythme de travail très soutenu pour les militaires de cette subdivision d'arme et pourrait être préjudiciable en cas de troubles majeurs et simultanés à l'ordre public.

Par obligation, le contact avec la population n’est plus une priorité. Il est évident que dans ce cas l’efficacité en matière de sécurité et d’ordre publics n’y trouve pas son compte et la politique du résultat laisse de sérieux doutes quant aux méthodes de recueil des chiffres qui sont régulièrement annoncés.

La mutualisation des moyens entre police et gendarmerie est une utopie, tous les services de sécurité travaillent à flux tendu et chacun utilise au mieux ses propres moyens et constate qu’ils vont en se raréfiant ou en vieillissant en raison des restrictions budgétaires qu’impose la RGPP.

S’agissant de la parité globale entre les deux forces de sécurité, il s’agit d’un leurre auquel les gendarmes ne croient plus. Ils se rendent compte que le regroupement des policiers et gendarmes dans un même ministère a tout du mariage de la carpe et du lapin.

Ils ont compris depuis longtemps que les différences ne peuvent être effacées tant que devront coexister sous un « même toit » des civils au temps de travail hebdomadaire contingenté qui peuvent s’ exprimer au travers de leurs syndicats et des militaires sans limites horaires de travail à qui on propose un droit d’expression qui n’a rien de réel car toujours sous la censure de la hiérarchie. Un exemple flagrant est celui de la dissolution de l'escadron de Rennes annoncé brutalement à ses personnels alors que le soir même, suite à un entretien avec les syndicats de police, le ministre de l'Intérieur renonçait à la suppression de deux compagnies républicaines de sécurité.

Le statut militaire est surtout mis en avant pour toujours profiter d’une force de sécurité soumise, silencieuse et très disponible. Il semble que ce leurre n’est plus attractif et que le recrutement s’en ressente sérieusement. Quoi qu’il en coûte il est absolument nécessaire de revenir à une Gendarmerie composée en grande majorité de sous-officiers car ce sont eux la cheville ouvrière de l’institution.

Je reste à votre entière disposition pour répondre aux éventuelles questions que vous souhaiteriez me poser

Je vous prie de bien vouloir agréer, (Madame la Sénatrice, Monsieur le député), l' expression de ma haute considération »

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samedi 25 juin 2011

Dans le tribunal d'Amsterdam...

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Justice au singulier

L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

Article de Philippe Bilger publié le 25 juin 2011

Dans le tribunal d'Amsterdam, il y a des magistrats qui jugent...

Un homme, en 2006, compare le Coran à Mein Kampf, demande qu'il soit interdit. Il va plus loin en exigeant des musulmans qu'ils se plient à la "culture dominante" pour mettre fin au "tsunami de l'islamisation". Le même a réalisé un film, disponible sur Internet depuis 2008, qui associe des versets de Mahomet à des images d'attentats terroristes.

La juridiction saisie souligne que ces propos et cet amalgame "ne constituent pas une critique des individus eux-mêmes mais une critique de leurs croyances". Ils sont acceptables "en raison du contexte et du débat de société. Grossiers et désobligeants, ils ne constituent pas une incitation à la haine et à la discrimination".

La personne poursuivie est relaxée de tous les chefs d'accusation.

Un responsable musulman nie l'existence de l'Holocauste. Ce même tribunal, au nom de la liberté d'expression, l'exonère (Le Figaro, sous la signature de Thierry Portes, Le Monde).

Sommes-nous en France ?

Non, à Amsterdam, aux Pays-Bas, et le principal intéressé est le populiste Geert Wilders.

Quel pays est le plus démocratique sur ce plan et pour l'appréciation de ces visions contrastées et extrêmes ? Celui qui absout ou celui qui condamnerait ?

Qui peut douter de la réponse à donner ?

Dans le tribunal d'Amsterdam, dans le tribunal d'Amsterdam...

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mardi 14 juin 2011

Le Gouvernement viole les droits des handicapés,… et avec récidive !

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Actualités du Droit

Article de Gilles Devers, avocat, publié le 14 juin 2011

L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

Le Gouvernement n’aime pas les handicapés, et surtout leurs droits : trop cher, mon fils ! D’où cette solution toute simple : on vote la loi, on se fait applaudir, et on se flingue gentiment la loi par un décret qui permet toutes les dérogations. Le Conseil d’Etat s’en aperçoit, et annule le décret (1 juin 2011, n° 334892). C’était une seconde tentative après un premier arrêt d’annulation (21 juillet 2009, n° 295382). Pas de problème : un brave sénateur glisse dans une loi qui n’a rien à voir un sous article qui généralise les exceptions à la loi. La loi existante ne sera plus qu’une illusion. Ce ne sont pas des gouvernants, mais des prestidigitateurs !  

La loi du 11 février 2005

Au départ une bonne loi du radical-socialiste Chirac, la loi du 11 février 2005 réformant la politique du handicap.

Au sein de ce texte, l’article L. 111-7 du code de la construction et de l'habitation.

« Les dispositions architecturales, les aménagements intérieurs et extérieurs des locaux d'habitation, qu'ils soient la propriété de personnes privées ou publiques, des établissements recevant du public, des installations ouvertes au public et des lieux de travail doivent être tels que ces locaux et installations soient accessibles à tous, et notamment aux personnes handicapées, quel que soit le type de handicap, notamment physique, sensoriel, cognitif, mental ou psychique, dans les cas et selon les conditions déterminées aux articles L. 111-7-1 à L. 111-7-3. Ces dispositions ne sont pas obligatoires pour les propriétaires construisant ou améliorant un logement pour leur propre usage ».

Une bonne loi, chères sœurs et chers frères : tout bâtiment, public ou privé, doit être accessible à tous, quelque soit le handicap. Un truc à la fois banal, et ambitieux quand on connait les résistances du pays contre les personnes handicapées.

La loi (Art. L. 111-7-1) a sagement prévu que des décrets d’applications seraient nécessaires pour briser ces résistances :

« Des décrets en Conseil d'Etat fixent les modalités relatives à l'accessibilité aux personnes handicapées prévue à l'article L. 111-7 que doivent respecter les bâtiments ou parties de bâtiments nouveaux. Ils précisent les modalités particulières applicables à la construction de maisons individuelles ». Tout est simple,  chères sœurs et chers frères : les décrets d’application de la loi vont permettre d’appliquer la loi.

Le décret du 21 octobre 2009

Et intervient notamment le décret n° 2009-1272 du 21 octobre 2009 relatif à l'accessibilité des lieux de travail aux travailleurs handicapés, qui a intégré le Code du travail. Quatre ans plus tard. Bel effort !

Ca part bien, avec l'article R. 4214-26 :

« Les lieux de travail, y compris les locaux annexes, aménagés dans un bâtiment neuf ou dans la partie neuve d'un bâtiment existant sont accessibles aux personnes handicapées, quel que soit leur type de handicap ».

Mais voilà que suit un drôle d’article R. 4214-27 :

« Des dérogations aux dispositions de l'article R. 4214-26 peuvent être accordées par le préfet, après avis de la commission consultative départementale de sécurité et d'accessibilité, en cas d'impossibilité technique résultant de l'environnement du bâtiment ». 

Trop drôle le super-social Fillon François… La loi lui demande de signer des décrets d’application, et il signe un décret de dérogation.

Grosse fâcherie des associations – l’Association des Handicapés de la Vie, l’Association d’Entraide des Polios et Handicapés (ADEP), l’Association Nationale pour l’Intégration des Personnes Handicapées Moteurs (ANPIHM), la FNAT et l’APF – qui saisissent le Conseil d’Etat d’un recours en annulation.  

L'arret du Conseil d'Etat du 1 juin 2011

Que répond le Conseil d’Etat ?

1)    La loi a posé un principe général d’égale accessibilité.

2)    Les seules dérogations sont prévues par les articles L. 111-7-2 et L. 111-7-3, et ne sont possibles pour les travaux sur les bâtiments existants.

3)   Donc

« Le législateur n'a pas entendu permettre au pouvoir réglementaire d'ouvrir des possibilités de dérogations à ces règles en ce qui concerne un bâtiment neuf ou la partie neuve d'un bâtiment existant ».

Et bingo ! Annulation du décret. Un  petit air de déjà vu… Le décret n° 2006-555 du 17 mai 2006 relatif à l’accessibilité des établissements recevant du public, des installations ouvertes au public et des bâtiments d’habitation avait prévu le même genre de dérogations, et avait été annulé par le Conseil d’Etat le 21 juillet 2009 (N° 295382).

Belle victoire ? Non, juste une pause, car les cafards ont déjà attaqué ailleurs. Ce que ne peut faire le décret, une loi le fera.

Voici dans la lumière la proposition de loi du sénateur UMP Paul Blanc, qui au prétexte d’améliorer le fonctionnement des maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), inclut un article 14 bis qui généralise les dérogations. Vote prévu par le Sénat ce 28 juin.

Si la loi Paul Blanc est adoptée, c’est toute la loi du 11 février qui est flinguée. On vote une loi généreuse, on tarde à publier les décrets, et six ans plus tard l’article 14 bis d’une loi qui ne traite pas du sujet vient détruire la loi. Ces mecs sont lassants…

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dimanche 12 juin 2011

Françoise Vergès : « on peut regretter la place, toujours en retrait, réservée à l'esclavage dans les manuels scolaires »

Bouzou_V_roniqueCes profs qu'on assassine
L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.
La présidente du comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, Françoise Vergès, revient sur le dixième anniversaire de la loi Taubira dans une interview au Républicain Lorrain :

«La recherche a été relancée, un travail sur les outils de médiation à destination du grand public, de nombreux ouvrages, des films, des documentaires, etc. ont été produits. Mais on peut regretter la place, toujours en retrait, réservée à l’esclavage dans les manuels scolaires, le petit nombre de lieux de mémoire qui sont consacrés aux traites et le sentiment que, finalement, elles n’appartiennent pas à l’histoire de France parce qu’elles ne relèvent pas de l’histoire hexagonale… »

Négligeable la place accordée à l'esclavage dans les nouveaux manuels d'Histoire-Géographie à destination des collégiens ? Loin s'en faut... En effet, des dossiers complets y sont désormais consacrés, aussi bien dans le manuel de cinquième (Regards sur l'Afrique) que de quatrième (Les traites négrières et l'esclavage), sans oublier que le sujet est abordé dans de nombreux autres chapitres (les premiers empires coloniaux, enjeux de domination européenne, etc.) à travers des textes et de nombreuses iconographies sur le sujet. C'est à se demander si madame Vergès a bien lu les nouveaux manuels soclaires :

Manuel d'Histoire-Géographie 5ème

Manuel d'Histoire-Géographie 4ème

En revanche, quand Clovis et Charles Martel passent à la trappe dans ces mêmes manuels, personne ou presque ne s'en offusque. A ce rythme, combien d'épisodes historiques va t-il encore falloir supprimer au profit de l'esclavage pour que cette dame soit enfin satisfaite ? D'autant plus qu'elle n'est pas la seule à vouloir peser sur le contenu des manuels scolaires : Fabienne Keller, sénatrice UMP du Bas-Rhin, veut carrément créer un manuel scolaire d’histoire franco-africain qui fasse référence dans les collèges.

Décidément, la repentance ne connaît point de limites...

Note YR : photo de Véronique Bouzou l'auteur du blogue " Ces profs qu'on assassinent "

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samedi 11 juin 2011

Que des Drucker ?

DruckerJustice au singulier

Article de Philippe Bilger publié le 9 juin 2011

L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

Il y a des billets qui ne peuvent pas attendre, ils bouillonnent trop à l'intérieur.

Eric Zemmour et Eric Naulleau virés par Laurent Ruquier et France 2.

Robert Ménard viré par RTL. Christopher Baldelli,  esprit fin pourtant, a préféré le confort de la bienséance au scandale possible de la liberté. Dommage (nouvelobs.com, 20 minutes).

Frédéric Taddéï déplacé. Ce n'est pas parce que ce dernier a de la classe que ses fidèles doivent admettre que le changement qu'on lui impose est une bonne nouvelle (Le Parisien). Certes il se couchera plus tôt mais certaines soirées télévisuelles seront orphelines.

Je ne pleure pas sur tous les départs annoncés. Mais je ne peux m'empêcher de craindre qu'un mouvement se mette en route, à la télévision comme à la radio, qui vise à arracher les passionnantes mauvaises herbes de la pensée quand on pourra le faire sans dommage.

Les censeurs n'ont rien à craindre. La lâcheté de beaucoup est leur bouclier. C'est si doux d'être du côté du manche, de l'opinion commune, de ceux qu'on félicite et qui ont le coeur sur la main et l'intelligence en sommeil !

Peu à peu, insidieusement ici, ostensiblement là, on nous prépare un monde médiatique où il n'y aura plus que des Drucker ou des Claire Chazal pour donner, une seconde, sa chance à la parité.

Seront invités Pierre Laurent, Nathalie Arthaud, Olivier Besancenot, Jean-Luc Mélenchon, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Pierre Moscovici, François Hollande, Ségolène Royal, Martine Aubry, Xavier Bertrand, Jean-François Copé, François Baroin, Christine Lagarde Valérie Pécresse, Rachida Dati, Michèle Alliot-Marie, Nathalie Kosciusko-Morizet, Roselyne Bachelot, Jean-Louis Borloo, Bernard Kouchner, Bruno Lemaire et ainsi de suite. Aucune exclusive ni ostracisme.

Mais pas Marine Le Pen.

Seront invités Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, Luc Ferry, Robert Badinter, Lilian Thuram, Dany Boon, Johnny Hallyday, Pierre Arditi, Bernard Murat, Daniel Auteuil, Line Renaud, Carole Bouquet, Pierre Palmade, Muriel Robin, Laurent Gerra, Florence Foresti, Gérard Depardieu et ainsi de suite. Aucun rejet ni ressentiment.

Mais pas Marine Le Pen.

Seront invités le président de la République de droite et son épouse, celui de gauche et son épouse. Ils seront choyés de la même manière. Pas de jaloux.

Mais pas Marine Le Pen.

Les mêmes promotions, les mêmes sourires artificiels, les mêmes propos dithyrambiques sans cause, les mêmes enthousiasmes ridicules, la même impertinence dérisoire, la même vulgarité, le même copinage universel. Aucun trouble ni désordre ni dissidence. Surtout pas le risque d'une écoute, d'une confrontation difficiles. Le calme plat, futile et conventionnel.

Je m'émerveille de cette multitude de personnes dans la politique, dans l'art, dans les variétés ou dans l'insignifiance qui sont conviées et qui ont droit à une tribune, flattées très souvent dans le sens du poil au point de rendre immodestes ceux qui ne s'étaient pas surestimés jusqu'alors. On a beau dire, la France regorge d'êtres exceptionnels !

Mais évidemment pas Marine Le Pen.

Du Drucker partout. Vous rêvez vraiment de cela ? Qu'on ne me rétorque pas qu'il suffit de ne pas regarder la télévision ou de ne pas écouter la radio. L'une et l'autre aujourd'hui deviennent la seule école pour la démocratie d'opinion. On n'a pas le droit de les priver d'air.

Qu'on ne soutienne surtout pas - je l'ai trop entendu, et trop bêtement - que réclamer la représentation médiatique d'à peu près 20% de l'électorat -  pas composés de "cons", peut-être de malheureux ou d'égarés - est une honte. C'est le contraire qui est une offense à la République. Je déteste tous les abus de pouvoir et les médiatiques autant que les autres. Michel Drucker avec bonne conscience s'en est vanté. C'est toujours la même dérive, quelle que soit son inspiration : on se fait passer avant ce qu'on a l'obligation de servir. Mais comment le lui reprocher, il est si gentil avec tous !

Il n'est inflexible qu'avec Marine Le Pen.

Je fais un cauchemar. Je vois et j'entends des Drucker à foison. On n'en est plus si loin !

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mercredi 8 juin 2011

Ferry, un récidiviste !

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David Desgouilles

Article de David Desgouilles publié le 6 juin 2011

L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

Depuis lundi soir, les propos de Luc Ferry ont été beaucoup commentés. Mais personne n’a noté, qu’en matière de révélations extraordinaires, le philosophe n’en était pas à son coup d’essai. Le samedi 9 mai 2009, dans l’excellente émission de Dominique Souchier sur Europe 1, il avait déjà lancé des accusations graves à l’encontre, cette fois, d’une ministre en exercice. Pour le coup, il avait lâché le nom du coupable: Rama Yade.

Certes, il n’avait pas qualifié Rama Yade de pédophile, ni de harceleuse sexuelle, ni même de voleuse à l’étalage. C’était pire ! Accrochez-vous à votre chaise et lisez le réquisitoire du procureur Ferry: «Elle est souverainiste, elle est sur la ligne de Dupont-Aignan, elle a voté Non au Traité constitutionnel européen !». La ministre venait de refuser de conduire la liste francilienne de l’UMP aux élections européennes et notre bon philosophe nous en donnait ainsi l’explication.

Curieusement, cette calomnie ne défraya pas la chronique. Même si Rama Yade démentit vigoureusement dans les jours qui suivirent. Lorsqu’on observe l’itinéraire politique de l’ex-ministre des sports, qui la mène aujourd’hui dans la reconstitution, autour de Jean-Louis Borloo, de l’UDF humaniste et européenne, on en conclut que Luc Ferry ne constitue pas le type le plus crédible de la place.

Rama Yade n’a jamais été souverainiste. Opportuniste, en revanche…

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dimanche 5 juin 2011

Caroline chérie !

Fourest

Justice au singulier

Article de Philippe Bilger publié le 2 juin 2011

L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

Il y a quelque chose qui d'emblée, en deçà de tout échange, m'a mis mal à l'aise face à Caroline Fourest. Je suis sûr que pour elle, les rares fois où nous nous sommes rencontrés, la sensation a été la même. Rien de commun entre elle et moi.

J'ai été évincé d'une émission théoriquement de libre parole ("Cactus" sur Paris Première, aujourd'hui supprimée) parce que je m'en étais pris trop vivement - j'en suis persuadé - à elle qui devait demeurer "intouchable".

Pour être franc, dans cet agacement immédiat, il y a sans doute une sorte de saturation devant la surabondance de ses prestations médiatiques : chroniqueuse au Monde, à France 24, à France Culture, à France Inter... Elle suscite une adhésion sans réserve, tant au regard de ses livres que de ses positions jamais analysées en profondeur. Par exemple ce portrait inconditionnel, par Marie-Laure Delorme (Le Journal du Dimanche), à propos de son dernier ouvrage sur Marine Le Pen, co-écrit avec Fiammetta Venner.

Il y a aussi, et bien plus, la roublardise fine, intelligente et rentable avec laquelle elle joue de ses atouts pour faire frémir d'aise la modernité progressiste autour d'elle. Discrète sur ses orientations intimes mais venant au soutien de toutes les minorités sexuelles, elle s'engouffre avec volupté dans les béances que le délitement de notre société fait surgir ; elle s'est surtout fait une spécialité du "travail", comme elle l'affirme avec audace, sur l'extrême droite et les religions. Jeanne d'Arc dévotement laïque et féministe ennuyeuse et totalitaire !

Son tour de force est de tromper son monde et d'avancer, de penser masquée. Félicitée par beaucoup, qui ne l'ont pas lue, pour son combat contre les extrémismes, elle vogue sur l'air du temps, sans trop de rigueur factuelle ni théorique, gagne des suffrages confortables et faciles en dénonçant le Front national - cela relève, de nos jours, du réflexe ! - et en insinuant contre l'islam et le catholicisme. Son habileté tient au fait que, derrière la condamnation apparente des intégrismes, elle fait passer sans cesse, avec une perfidie suave, sa haine douce du fait religieux. Ce dernier, en tant que tel, si on l'écoute bien serait répréhensible et dangereux mais elle se trouverait en peine pour nous démontrer quel serait, selon elle, le catholicisme acceptable ou l'islam supportable. Sous une bannière parfois justifiée et pertinente mais souvent approximative et démagogique, elle sussure, au prétexte de s'en prendre à sa part extrémiste, son hostilité à l'encontre du tout religieux. Elle fait se téléscoper et coagule l'inadmissible avec l'honorable. Elle a déniché un filon qui rapporte intellectuellement et médiatiquement. Il suffit, pour se convaincre de cette fausse retenue mais de cette vraie intolérance, de se rappeler un dialogue qu'elle a eu avec Eric Zemmour (Le Post).

Avec quelle délectation elle se réjouissait d'avoir apporté sa pierre à la "destruction de la famille patriarcale" et  fustigeait "l'Occident judéo-chrétien" ! Les décompositions l'enchantent à l'évidence. Qu'elle ait des idées nourries par ses tréfonds et ses blessures intimes, comme nous tous, ne me rassure pas, puisqu'elles se rapportent à des hostilités et à des dissidences bien ciblées dont le convenu d'aujourd'hui a besoin !

Caroline Fourest est douée d'un indéniable talent pour "rouler" son interlocuteur dans le velours alors que derrière, son regard manifeste à quel point son esprit est une machine de guerre beaucoup plus intolérante que les causes qu'elle pourfend. L'apparence tranquille, le ton modéré, l'impression qu'elle donne parfois de s'adresser avec patience et componction à des débiles, puisqu'ils ne pensent pas comme elle, cachent mal la froide résolution d'une personnalité qui ne s'embarrasse ni de détails ni d'exactitudes pour atteindre son but, qui est de constituer Caroline Fourest avec son histoire, ses préjugés, ses obsessions comme un modéle pour la société d'aujourd'hui. Sa feinte modestie ne l'empêche pas de se citer subtilement en exemple.

Elle n'est pas loin de parvenir à ses fins, à considérer le battage presque unanime qui l'accompagne. Heureusement, il y a des résistants. Avec ma modeste contribution, je ne me mets pas dans le lot. En revanche, Pascal Boniface vient de publier chez un éditeur courageux, Jean-Claude Gawsewitch, un livre passionnant et, lui, documenté, sur "Les intellectuels faussaires".  Caroline Fourest s'y voit évidemment consacrer - aux côtés notamment de BHL - une place de choix, surtout au sujet de toutes les erreurs, approximations, généralisations abusives, détournement de citations, qui ont pu être relevés dans certains de ses livres et dans ses affrontements divers avec Tariq Ramadan - on n'est pas obligé d'apprécier celui-ci pour s'en scandaliser. "La Tentation obscurantiste", pourtant dénoncé par des spécialistes reconnus de l'islam, a obtenu le Prix du Livre Politique. Elle gagne à tout coup. Face à des ignorants et à des bonnes et "généreuses" consciences, c'est l'apparence du Bien qui compte, pas la validité ni la profondeur du discours. Décidément, Caroline chérie !

Je voudrais terminer en évoquant sa récente intervention sur France Inter pour la promotion de l'ouvrage sur Marine Le Pen. Elle connaît bien la station, et pour cause ! Ce qui m'importe, c'est ce qui s'est déroulé durant la demi-heure où Patrick Cohen, Thomas Legrand et des auditeurs l'ont questionnée, avant le billet de Sophia Aram et l'insupportable publicité quotidienne pour "5/7 Boulevard" de Philippe Collin.

Le registre est tout autre que celui de Nicolas Demorand mais j'appréciais celui-ci et je suis attaché à Patrick Cohen. A cause de cette sympathie médiatique, j'ose faire part de mon inquiétude. Coincé entre une Pascale Clark qui se croit drôle et piquante avec ses saillies navrantes auxquelles il se sent obligé de répondre à son esprit défendant, et une Sophia Aram qui continue à se servir de son propos comme d'une tribune personnelle, fustigeant "les simples d'esprit" qui ont le malheur de ne pas être de son avis et de sa partialité, Patrick Cohen devrait davantage songer à lui. Je serais déçu s'il se banalisait en quittant une objectivité à la fois froide et aimable pour tomber dans un conformisme qui n'est que trop prisé par les médias.

S'abandonnant à des approbations peu communes chez lui, il s'est abstenu d'apporter la moindre contradiction à Caroline Fourest. Dans ces conditions je me suis interrogé sur la difficulté de sa tâche quand la campagne présidentielle le conduira à devoir dialoguer avec tous les candidats, Marine Le Pen comprise. Quand un livre militant est promu - "un travail sur..." ! -, ne conviendrait-il pas, pour épargner Patrick Cohen, qu'un tiers vienne objecter et un peu refroidir l'enthousiasme ?

Ce billet ne changera rien. Il me fait du bien. J'éprouve depuis toujours une sainte horreur devant l'encens injustifié versé à foison. Alors, juste une piqûre d'épingle sur la réputation de Caroline chérie. Ce n'est rien.

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mercredi 1 juin 2011

Aux abris ! Les brigades domestiques bientôt dans vos foyers !

Calvi

David Desgouilles

Article de David Desgouilles publié le 31 mai 2011

L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

Hier soir, chez Calvi, c’était la fête des hommes en général, et de ceux qui font de la politique en particulier. Alain Finkielkraut a repéré -vite fait, bien fait- où se situait l’opposition. Woerth et Peillon se sont écharpés et étaient hors-sujet et Jean-François Kahn poursuivait sa pénitence, méconnaissable. Cette opposition, donc, c’était Jean Quatremer et Caroline de Haas.

Afin de régler le sort du premier, je renverrai le lecteur vers l’article publié ce matin par Bruno-Roger Petit, avec lequel il ne m’arrive pourtant pas souvent d’être en accord. Mais son article a le mérite de décrypter fort bien la logique de Quatremer, présenté à juste titre comme un » partisan de l’investigation des chambres à coucher et des pratiques sexuelles ».

C’est donc de Caroline de Haas dont il sera question ici. Elle non plus n’a pas de la vie privée une vision très protectrice. J’ai fait sa connaissance télévisuelle la semaine dernière. Elle passait à « Ce soir ou jamais » et en face d’elle il y avait ma copine Elisabeth Lévy. Le courant n’est pas passé entre elles, c’est le moins qu’on puisse dire. La marotte de la porte-parole de « Osez le féminisme », c’est le partage des tâches ménagères. Elle a donc fini par aborder ce douloureux sujet et déclaré que 80 % de ces dernières étaient assurées par les femmes pendant que les hommes, ces fourbes, se grattent négligemment les parties génitales en buvant une bière devant Barça-Manchester. Elisabeth Lévy a cru lui asséner le coup de grâce en lui rétorquant « qu’on ne pouvait pas obliger certaines femmes à laisser leurs hommes faire la cuisine, qu’on n’allait tout de même pas les rééduquer de force ». Peine perdue. Aussitôt le plateau quitté, la collaboratrice de Benoît Hamon au parti socialiste se fendait d’un message sur twitter :«  Ouf. Vous conseille pas Elisabeth Lévy pour vos soirées. Par contre, si vous avez du ménage, elle a l’air d’aimer ça. » Les 1646 abonnés de Madame de Haas, ainsi que ceux qui auront, comme moi, bénéficié d’un « retwitt » sont au courant ; il n’y a donc pas de raison que les autres ne le soient pas aussi, à commencer par celle qui fut honteusement diffamée pour l’occasion.

Sur France 2 hier soir, Caroline de Haas a remis le couvert. Elle nous a expliqué que lorsque 80 %1 des tâches ménagères étaient effectuées par les femmes, qu’on constate un tel déséquilibre avec des conséquences pour  la société toute entière, la vie privée n’était plus si privée que cela. Cela concerne la vie publique, mon bon monsieur ! Et il faut y remédier, et vite ! Il y a quelques années, on avait déjà entendu le même discours dans la bouche de Clémentine Autain. On frémit à l’idée que le Parti socialiste, pour faire oublier l’arrestation de leur putatif champion à l’élection présidentielle ou les déclarations à l’emporte-pièce de Jack Lang, ne décide d’amender en urgence son projet en prévoyant la création de brigades domestiques, chargées de contrôler et de faire appliquer manu militari le partage équitable des tâches ménagères dans chaque foyer.

On tremble à l’idée que l’UMP, sous l’influence de Roselyne Bachelot, NKM, Valérie Pécresse et Chantal Jouanno, trouve aussi cette idée lumineuse. Relancera t-on le commerce de pointeuses, installées ainsi obligatoirement dans chaque foyer ? Et que Monsieur pointe lorsqu’il met une lessive en route, que Madame pointe à son tour lorsqu’elle fait la popote. Amendes pour les récalcitrants, stages obligatoires de rééducation antisexiste et de passage d’aspirateur au programme. Réjouissant, n’est ce pas…

La nouvelle égérie féministe ne s’est pas arrêtée en si bon chemin. Elle a aussi expliqué très sérieusement qu’on était dans une société « où on ne parlait pas beaucoup du plaisir féminin ». Personne, sur le plateau, n’a eu le goût de lui répondre qu’on ne parlait pas beaucoup non plus du plaisir masculin, et que, tous comptes faits, c’était aussi bien. A t-elle également le projet de mobiliser les futures brigades domestiques aux fins de contrôle d’une  juste répartition du plaisir ?

DSK, innocent ou coupable, a mis un joli souk de l’autre côté de l’Atlantique. Sans même avoir pris le temps de se présenter à la primaire socialiste, il a déjà changé la France.

  1. Encore ce fameux chiffre dont on se demande toujours comment il a été calculé.

Posté par Redekker à 23:09 - - Commentaires [0]
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dimanche 29 mai 2011

Quelqu’un peut leur dire ?

Hessel

David Desgouilles

Article de David Desgouilles publié le 27 mai 2011

L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

Nous avions dit ici notre amusement et notre consternation mêlés devant les appels de Stéphane Hessel à l’indignation contre la mondialisation néolibérale alors qu’il s’apprêtait à soutenir Dominique Strauss-Kahn, avant que ce dernier ne soit écarté de la candidature par quelques ennuis avec la justice new-yorkaise.

La semaine dernière, une grande partie de la jeunesse espagnole s’est lancée dans un grand mouvement dont Daoud Boughezala a excellemment expliqué les tenants et aboutissants. Ces jeunes, qui ont donc de bonnes raisons de se révolter, ont finalement décidé de se donner un nom : « Mouvement des Indignés » ou Indignados dans la langue de Cervantès. Il semble que l’opuscule tant vendu en France connaisse aussi un grand succès  de l’autre côté des Pyrénées. On ne peut en vouloir à la jeunesse espagnole de ne pas connaître toutes les subtilités du petit monde politico-médiatique parisien. Après tout, les Espagnols connaîtront peut-être bientôt les remèdes du Docteur Lagarde mais ils ne croiseront pas le précédent toubib du FMI, dont Stéphane Hessel faisait la pub sur les télés et radios françaises.

Mais voilà que la jeunesse hellène, ayant de bonnes raisons de s’indigner aussi, et observant celle d’Espagne, décide de lancer un mouvement similaire, occupant les places des villes grecques. Elle demande notamment un référendum sur l’austérité et décide aussi de se nommer « indignés ». Autant il n’était pas forcément nécessaire d’informer les jeunes Espagnols, autant il est urgent d’expliquer aux jeunes Grecs que l’auteur du livre à l’origine du nom de leur mouvement soutenait ostensiblement  Dominique Strauss-Kahn. Nul besoin ensuite de leur expliquer de qu’il s’agit. Les Grecs connaissent très bien DSK, et depuis plus de deux semaines. Non content d’avoir organisé en Grèce une cure d’austérité que même François Fillon ou Jean-Michel Aphatie ne proposeraient pas pour la France, DSK, dans un reportage de Canal+, prêtait aux Grecs une propension ontologique à la fraude fiscale et au « truandage » et les diffamait honteusement en déclarant qu’ils « s’étaient mis dans la merde tout seuls ». Les propos en question n’avaient pas fait beaucoup parler dans les rédactions parisiennes, lesquelles préféraient gloser sur la manière strauss-kahnienne de retourner les steaks ou de défroisser les costumes, mais ils avaient fait scandale dans les rédactions et la rue grecques.

On peut donc parier que si quelques bonnes âmes allaient informer les occupants de la Place Syntagma que l’Indigné qu’ils révèrent, en dénommant ainsi leur mouvement, s’apprêtait à figurer en bonne place dans le comité de soutien de Dominique Strauss-Kahn, ils auraient tôt fait de changer leur calicots et leurs intitulés de groupe Facebook. Si quelqu’un parle et écrit le Grec moderne, peut-il s’en charger de toute urgence ?

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mardi 17 mai 2011

« C’est Surprise sur prises »

Belliveau

L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

Nous ne connaissons pas encore le verdict des prochaines audiences, et en premier lieu celle de vendredi prochain, qui décideront de la liberté et de l’avenir de Dominique Strauss-Kahn. Ce que nous savons en revanche, c’est que la jeune femme de chambre qui est entrée dans la suite du directeur du FMI, croyant vraisemblablement à son absence, à défaut de changer la face du monde, a bouleversé le débat intellectuel français.

C’est à la lecture de l’article tant attendu de Bernard-Henri Lévy que j’ai pris conscience de ce bouleversement. Âmes sensibles s’abstenir. Je vais citer un extrait de  phrase qui risque de faire tomber certains lecteurs de leur chaise : « [...]ceux qui, Dominique Strauss-Kahn en tête, avaient commencé de mettre en œuvre des règles du jeu moins clémentes aux puissants, plus favorables aux nations prolétaires[...]». Vous avez bien lu. BHL a utilisé le mot « nations », puis il a utilisé le mot « prolétaires ». Mieux, il a accolé les deux termes. C’est bien simple, depuis que j’ai lu cela, je me demande si Marcel Béliveau ( photo ) est bien décédé en 2009 et s’il ne va pas débarquer pour nous annoncer comme il avait pris l’habitude, avec son délicieux accent québecois : « c’est Surprise sur prises ».

J’ai vérifié et re-vérifié. J’était bien sur « La règle du Jeu » et l’article était bien signé BHL. Au petit matin, je me suis dit que le site de notre philosophe le plus médiatique avait peut-être été « hacké », comme on dit. J’ai rapidement ouvert mon ordinateur et, le site figurant évidemment dans mes favoris, je me suis aperçu qu’il n’en était rien puisqu’une telle erreur aurait été corrigée dans la nuit.  Ainsi, ces mots réservés aux nauséabonds souverainistes et aux non moins pestilentiels rouges-bruns, intégraient hier le lexique positif de l’auteur de l’Idéologie française. Ce mardi matin, invité de Pascale Clark sur France Inter, il nous étonnait encore. L’hypocrisie, la tartufferie, tares que nous croyions depuis longtemps -à force d’écouter sagement BHL- réservées à la France, devenaient à notre plus grand étonnement l’apanage des Etats-Unis d’Amérique. Il est loin le temps où ceux qui s’accrochaient au modèle républicain français, comme des moules à leur rocher1 se voyaient taxés de franchouillards, de rétrogrades, et étaient accusés de nationalisme, parfois aussi d’anti-américanisme, cet antisémitisme des imbéciles2.

BHL, accordons lui cela, n’a pas voulu parler de complot, préférant évoquer un emballement médiatique. Il est possible que dans un sursaut, il ait pris conscience qu’après avoir évoqué les nations prolétaires et critiqué les Etats-Unis, verser dans le complotisme et le conspirationnisme pouvait donner l’impression qu’il avait décidé de piquer le fonds de commerce d’Alain Soral et de Thierry Meyssan. D’autres n’ont pas fait preuve de la même timidité. Jean-Christophe Cambadélis nous a expliqué en substance qu’il n’est pas un adepte de la théorie du complot mais que là, quand même, il se pourrait bien que cela en soit un. Michèle Sabban, conseillère régionale et ancienne collaboratrice de DSK, y est allée plus franco. Pour elle, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une manipulation de portée internationale. La CIA ? Les Chinois ? Wall Street ? C’est fou ce qu’il pouvait gêner, Dominique Strauss-Kahn, en voulant protéger le peuple grec !

S’il n’y avait que les amis de DSK qui perdaient les pédales, ce qui est bien naturel3, ce ne serait pas si grave. Dimanche, on a pu assister à un dialogue remarquable au 13H00 de France 2 où étaient invités Alain Duhamel, François Baroin, Caroline Fourest et Franz-Olivier Giesbert. Les deux premiers cités en ont profité très opportunément pour frapper à bras raccourcis sur internet, accusé encore une fois de tous les maux, le ministre évoquant « la France des corbeaux ». Duhamel évoquait l’atmosphère de conspirationnisme régnant sur la toile, tout en n’excluant pas que DSK soit victime d’un complot. On rêve… 98 % des français avaient appris la nouvelle à la radio et non sur leur ordinateur. Les chaînes de télé, depuis quelques heures, ne parlaient que de DSK, évoquant tout et n’importe quoi, mais c’était encore de la faute du Net.

Le lendemain, en conclusion de sa chronique, il remettait le couvert. Internet à bon dos. En fait, on a le droit de se comporter en piliers de bistrot au 13h00 de France 2 mais pas derrière un clavier.  Il fallait juste nous prévenir ! Quant aux corbeaux de Baroin, le ministre n’était pas mécontent d’aller leur emprunter, quatre jours avant, la formule « Porsche tranquille » afin de mettre les rieurs de son côté à l’Assemblée nationale lors de la dernière séance de questions au gouvernement.

En attendant que toutes ces éminentes personnalités se souviennent que le monde a déjà été suspendu au sort d’une personnalité internationale -Marc Cohen rappelait le cas de Mike Tyson- alors que ni Twitter ni même Internet ne leur fassent de la concurrence, espérons -voire prions, pour ceux qui ont la foi- que le complotisme de ces néophytes forcément zélés ne sombre pas davantage dans le grotesque. D’ici à ce qu’on nous explique dans les prochaines heures qu’on a voulu éviter que le sauveur DSK ne se rende en Europe au chevet de la monnaie unique… Un coup des méchants spéculateurs associés aux adversaires de l’euro ! Miam ! Vont-ils l’oser aussi, celle là ?

  1. Est-ce du Minc, du BHL ou du Jean-Marc Sylvestre ? Peut-être les trois, finalement.
  2. Cette fois, c’est sûr, c’est du BHL.
  3. L’auteur de ces lignes ne peut exclure qu’il ne les perdrait pas aussi si son ami le plus cher se trouvait dans la même situation.

Posté par Redekker à 22:14 - - Commentaires [0]
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