samedi 28 avril 2012

Regards sur la Franche-Comté

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lundi 28 novembre 2011

Marine Le Pen en meeting à Metz le 11/12/2011

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FN 57

Marine Le Pen lancera sa campagne électorale en Lorraine, le dimanche 11 décembre, à Metz. La candidate du Front national animera un meeting  à 15h30 au Parc des Expos de Metz-Grigy.

http://fn57.hautetfort.com/ le 21/11/2011

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mardi 22 novembre 2011

Ils travaillent pour moins de 900 euros

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La gazette de Besançon

Par Chloé Dalpos le 09/11/2011

Ca se passe chez nous, en Franche-Comté, et pas en Grèce. Le nombre de travailleurs pauvres n’a jamais atteint de telles proportions ces dernières années. En 2006, selon une étude menée par l’Insee et Efigip (Emploi formation insertion en Franche-Comté), 30 000 travailleurs franc-comtois étaient pauvres. Des personnes qui doivent vivre bien en dessous du Smic et qui changent d’emploi comme de chemise. Le jeu des chaises musicales pour ces salariés qui sautent de jobs précaires en CDD à temps partiel. « Le concept de travailleur pauvre repose sur deux conditions que l’individu doit remplir sur la même période de référence, soit 12 mois consécutifs : être travailleur et appartenir à un ménage pauvre » explique Gaëlle Dabet, une des deux auteures de cette étude sur la pauvreté laborieuse menée dans la région. Pour l’institut de statistiques, « est considéré comme travailleur toute personne ayant été active pendant au moins 6 mois sur les 12 mois de la période de référence ». Un ménage pauvre quant à lui a un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté, fixé en 2009 à 954 euros. Dans notre région, pourtant dite comme une des plus industrialisées de France, 8 % de travailleurs touchent moins de 950 euros de salaire net sur leur fiche de paie à la fin du mois.

Une statistique qui met en relief la paupérisation des travailleurs. Si on prend en compte les conjoints et les enfants, ce sont 80 000 Franc-Comtois qui sont concernés. « Si pour certains travailleurs, le revenu d’activité est élevé, celui-ci ne suffit pas toujours à répondre aux besoins d’une famille. Dans ce cas, la taille du ménage est facteur de pauvreté. C’est souvent le cas quand un seul membre du ménage travaille. Pour d’autres travailleurs, la faiblesse du revenu est déterminante. 70 % des travailleurs ont des bas salaires, moins de 9 876 euros annuels, soit 823 euros mensuels en 2006 » continue Gaëlle Dabet.

Qui sont-ils ?

Ils enchaînent CDD, temps partiels, intérim et alternent périodes d’activité et de chômage peu indemnisées. Caissières, équipiers de fast-food, aides à domicile… Leur point commun est souvent celui des temps partiels imposés. Et des salaires payés à coup de lance-pierres ne permettant pas de faire face aux charges. Et comme bien souvent les horaires sont variables d’une semaine à l’autre, il ne leur est pas possible de cumuler un second emploi. Mais pourquoi ces entreprises se priveraient-elles, puisque la loi leur donne carte blanche ? En effet, elles peuvent embaucher deux CDD à temps partiels, et bénéficier en même temps d’exonérations des charges patronales. En effet, la « réduc Fillon » prévoit ces exonérations pour des salaires inférieurs à 1,6 fois le Smic. Du pain béni tout à fait légal !

En 2009, la mairie de Besançon sortait une étude sur la précarité du salariat. Selon cette analyse, à Besançon, le secteur le plus touché est le commerce. Rien d’étonnant quand on sait que la grande distribution demeure la championne toutes catégories confondues des contrats précaires. Plus de 50 % des employés des grandes surfaces travailleraient à temps partiel. « Il faut reconnaître qu’ils ne sont pas bons » concède Françoise Branget, députée UMP du Doubs. « Les temps partiels sont imposés, et ce sont les femmes, qui sont déjà les plus touchées par la précarité, qui se trouvent à ce type de poste. » Arriveraient ensuite l’éducation, la santé, l’action sociale et les services à la personne. Les travailleurs indépendants ne sont pas épargnés. Pour eux, le taux de pauvreté est de 17 %, bien supérieur à celui des employés. La fonction publique est également concernée, qu’elle soit d’État, territoriale ou hospitalière. « Il y a des bas salaires aussi dans le service public » ne cache pas Marie-Noëlle Schoeller, adjointe à la solidarité à la mairie de Besançon.

« La déprécarisation de nos emplois est une de nos lignes politiques. Chaque fois que l’on peut titulariser un agent, si les conditions sont remplies, nous le faisons. » Mais tant du côté de l’Insee et de l’Efigip que du côté de l’étude de la mairie bisontine, les femmes sont en première ligne de ces bataillons de travailleurs pauvres. En 2006, 44 % d’entre eux étaient des femmes. La monoparentalité aggrave la précarité et concerne une femme travailleuse pauvre sur cinq dans notre région. « Cela est très inquiétant pour leur retraite » explique Françoise Branget. « Se trouvant dans la précarité, elles auront des droits à la retraite limités. De plus, ayant été dans des situations de famille monoparentale, elles n’auront pas de pension de réversion. Il s’agit de toute une classe de femmes pour qui ce sera très difficile, et cela soulève de grosses inquiétudes. » Une double peine qui aura donc des conséquences ravageuses pour ces femmes, qui après une vie de galère, devront encore se battre quand l’heure de la retraite aura sonné.

Trop riches pour être pauvres mais trop pauvres pour être riches

Travailler mais ne pas réussir à joindre les deux bouts, telle est la réalité cynique pour ces milliers de personnes. Ou quand le travail rend pauvre, face aux ressources des inactifs qui, grâce aux prestations sociales, peuvent rattraper ou même dépasser les salaires de ces actifs. À Besançon, 12 % des familles bénéficiaires de l’aide alimentaire ont à ce jour un salaire. Cette face obscure du monde du travail a certes toujours existé, mais il semblerait que la crise n’ait pas arrangé les choses. Des personnes qui ont du mal à pousser les portes du Centre communal d’action sociale de Besançon. « Elles ressentent un sentiment d’injustice » explique l’adjointe à la solidarité bisontine Marie-Noëlle Schoeller. « Elles expriment une peur de l’avenir, mais avec tout de même une pointe d’espoir. L’action sociale n’a jamais fait partie de leur vie. Ces familles font d’énormes efforts pour conserver leur logement, c’est leur priorité.

Elles abandonnent en revanche de plus en plus les mutuelles et les complémentaires santé. » Besançon a toujours su mener une politique sociale forte. Pourtant, ces travailleurs n’ont pas accès à certaines aides car ils se trouvent juste au-dessus des barèmes. Face à ce constat, la municipalité réétudie ses critères et réfléchit à de nouveaux types d’aides. Elle a créé en 2009 le microcrédit personnel. Initialement prévu pour les jeunes, ce dispositif a davantage touché les classes pauvres et les travailleurs pauvres. « Il est aujourd’hui ouvert à tous » indique Marie-Noëlle Schoeller. « C’est un microcrédit à taux zéro qui offre une  certaine souplesse : on adapte les remboursements à la situation de la personne. »

Les oubliés de la précarité

Ce triste phénomène ne semble pas intéresser beaucoup de monde parmi nos hautes sphères politiques. On parle des sans-abris, des inactifs de longue durée et de l’exclusion, des sans-papiers, mais les travailleurs pauvres ne semblent pas attirer l’attention de nos politiques. Plus de huit heures de primaires socialistes, et pas un mot à ce sujet. Idem à droite, l’ère Sarkozy fut plutôt occupée à babiller sur les effets bénéfiques du bouclier fiscal. Quant au RSA, dont l’objectif était de compenser les faibles salaires, en permettant de cumuler revenus du travail et solidarité, il aurait eu quelques résultats fâcheux. « Nous avons eu moins de candidats que prévu » reprend Marie-Noëlle Schoeller.

« Le RSA activité a eu des effets pervers. Il a été mis en place pour inciter à travailler davantage, mais si un salarié se voit proposer 4 heures de travail supplémentaires, il peut perdre tous ses avantages sociaux, et se retrouve dans une moins bonne situation. » Pour la députée Françoise Branget, la solution ne peut que résider en une économie fleurissante : « Un point de croissance, c’est un million d’emplois. Le problème à Besançon est qu’il n’y a pas assez d’emplois, et la précarité reste élevée. C’est une grosse inquiétude. Et pourtant, en Franche-Comté, beaucoup d’entreprises dans le domaine de la sous-traitance et de l’industrie manquent de main-d’œuvre. » C’est une histoire que l’on connaît bien, celle du serpent qui se mord la queue…

Alors quelles sont les alternatives ? Privilégier toujours plus l’économie de marché ? Plus de solidarité ? Plus d’interventionnisme de l’État ? « L’État emprunte toujours plus pour les politiques de solidarité, mais ce ne sont pas les solidarités qui redonnent un emploi aux gens. C’est la croissance, et nous avons besoin d’un libéralisme contrôlé pour que les entreprises s’implantent. Ce sont elles qui créent les emplois. La solidarité est impérative, mais il faut aussi investir dans l’économie » argumente Françoise Branget. « L’éducation est également une des clés. Nous devons faire plus d’efforts sur les formations professionnelles et l’alternance. »

Jey, 29 ans, surveillant dans un collège

Titulaire d’une licence STAPS, Jey garde les yeux bien ouverts sur les collégiens à raison de 17 heures par semaine. Un temps partiel imposé, et des CDD à répétition depuis de nombreuses années. Ce job, qui devait être provisoire dans les premiers temps, lui rapporte environ 550 euros par mois, et le jeune homme espère bien décrocher le concours de CPE cette année. Mais avec un loyer de 500 euros par mois, c’est surtout en calcul mental qu’il excelle… Avec les charges, un abonnement de téléphone à 25 euros par mois, une connexion internet à 10 euros, « un peu d’essence par ci par là » la mutuelle et l’alimentation, sans les prestations sociales du RSA et des APL, Jey n’irait pas bien loin… « Je n’ai jamais renoncé à quoi que ce soit, mais je ne suis pas très attiré par la consommation, donc ça aide. » Pour s’en sortir, Jey a tout de même quelques astuces : « Prendre son vélo et non la voiture permet de faire d’importantes économies. Ensuite, se contenter du minimum pour la bouffe…

Ramener quelques petits plats faits maison de chez les parents quand c’est possible. Puis, l’internet du pauvre à 10 euros, il n’y a pas moins cher ! Un forfait de téléphone à 25 euros qui date de Mathusalem me convient parfaitement ! Et pour ce qui est des soirées, je privilégie les happy-hours ! » Si le jeune homme pose un regard plein d’humour sur sa situation, il n’en demeure pas mois amer : « Je n’ai jamais eu à me plaindre de ma situation, car j’ai toujours pu compter sur ma famille. Par contre, ras le bol pour tous les autres qui n’ont pas ma chance et qui ne font que subir ! »

Sylvie, 45 ans, caissière

Caissière en grande surface à temps partiel, Sylvie gagne entre 900 et 950 euros par mois. « En dehors du boulot, il n’y a pas grand-chose, peu d’activités, car nous n’avons pas les moyens de nous payer des sorties. » Avec deux enfants à charge, Sylvie ramène l’unique salaire du foyer. Comme de nombreuses familles monoparentales, elle assume seule ses enfants. Difficile de tenir jusqu’à la fin du mois avec ses maigres revenus. « Il faut calculer tout, et tout le temps. La moindre dépense non budgétée est un sacrifice sur autre chose.

On doit se priver constamment pour s’en sortir. C’est usant de tout calculer. L’alimentation, c’est du hard discount, et bien souvent la même chose, l’habillement, c’est au marché. » Autant dire que des vacances, ou ne serait-ce qu’une toile ou un café, ne sont plus qu’un lointain souvenir pour elle. .

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lundi 14 novembre 2011

La chambre régionale des comptes toujours menacée de disparition

Cours_des_comptes_de_Franche_Comt__Besan_onMa commune info Besançon

Les magistrats et le personnel de la Chambre régionale des comptes de Franche-Comté alertent l’opinion sur un projet de loi réduisant le contrôle de l’utilisation par les collectivités locales de leurs impôts.

« Des finances locales contrôlées de loin et de moins en moins ». C’est le risque encouru, selon une intersyndicale de magistrats et du personnel de la Chambre régionale des comptes de Besançon, si le projet de loi examiné le 16 novembre à l’Assemblée nationale, et qui prévoit la suppression d’au moins un tiers des chambres, est voté.

Créées en 1982 avec la décentralisation, plusieurs « petites » chambres, dont celle de Franche-Comté, du Limousin, de Champagne-Ardenne et de Basse-Normandie, vont être supprimées, alors même qu’elles sont chargées de vérifier la bonne gestion des collectivités locales.

« On va réduire le nombre de personnes qui les contrôle, alors qu’on est déjà pas assez pour remplir nos missions aujourd’hui », a souligné ce lundi à Besançon Thierry Farenc, magistrat adhérent au SJF (Syndicat des juridictions financières). Selon lui, il y a une quarantaine de postes non honorés.

Même incompréhension pour Nicolas Ferru, également membre du SJF, qui estime que ce n’est pas le moment de « diminuer les moyens attribués à une mission de contrôle des dépenses » concernant en Franche-Comté quelque 75 grands comptes (région, départements, agglomérations, communes, établissements publics…).

La Franche-Comté sera-t-elle rattachée à Dijon ou à Lyon ? Les 28 fonctionnaires bisontins, dont six magistrats, ne sont pas informés de la suite des évènements. Ils s’étaient déjà mobilisés il y a deux ans contre le projet de Philippe Séguin, mais ce dernier avait l’avantage, selon eux, d’être « cohérent ».

Ils sont conscients qu’une réforme est nécessaire, mais dans le texte présenté mercredi les magistrats ne voient plus « qu’un bout de réforme bas de gamme qui n’a plus de sens » avec comme seul objectif une réduction des effectifs. « Après quatre ans de discussion, on cherche les autres objectifs », avoue Nicolas Ferru.

Les magistrats et les personnels des Chambres régionales des comptes espèrent que les sénateurs, qui ont rejeté le texte le 18 octobre, saisissent le conseil constitutionnel si le texte passe en seconde lecture devant les députés. Quoiqu’il en soit la décision devait tomber avant les élections de 2012.

macommune.info le 14/11/2011

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jeudi 4 août 2011

Le Jura candidat à un centre de détention-réinsertion par le travail

Centre_P_nitentiaire_R_unionLe département du Jura -  et plus précisément la commune de Saint-Julien -  est candidat à ce qu'un Centre de détention -réinsertion par le travail qui accueillerais environ 120 personnes. Le Progrès sous la plume de Jean-François Butet relate l'affaire :

" Ce centre carcéral accueillerait cent vingt primo délinquants âgés de 18 à 35 ans, condamnés à des peines d’enfermement de moins de cinq ans (hors crimes de sang et sexuels), volontaires pour se réinsérer par le travail et la formation.

Leurs journées s’échelonneraient de 6 h 30 à 22 h 30, repas, activités sportives et de loisirs compris. Ils seraient détenus dans des chalets, en cellules individuelles, mais regarderaient la télé ou prendraient leurs repas exclusivement en commun. Les prisonniers seraient rémunérés au minimum au SMIC et l’argent gagné servirait à payer leur hébergement, leur nourriture, à rembourser leurs victimes et à leur constituer un pécule de sortie. Une période probatoire de quatre à huit semaines est prévue afin de s’assurer que les volontaires le demeurent et qu’ils sont aptes à s’insérer dans le centre. Le tout serait géré par les prisons du cœur et l’établissement public d’insertion de la défense (Epide). L’objectif : lutter contre la récidive. Voilà pour la philosophie.

Reste l’aspect immobilier. Colossal. Car aux dizaines de chalets nécessaires à l’hébergement des détenus s’ajouteraient entre autres un stade, une salle de sports, une salle de spectacle, et des commerces qui seraient ouverts à la population locale. L’emprise de cette prison modèle est évaluée à quatre hectares trente. Elle pourrait être implantée sur des terrains situés au lieu-dit le Petit Crozet, au nord de Saint-Julien, près de la fromagerie. A un kilomètre environ des premières maisons du village. La commune est déjà propriétaire d’un peu plus de deux hectares du site envisagé. « Nous sommes en tractation avec les propriétaires du reste, ils sont vendeurs », commente Gérard Guyot, le maire de Saint-Julien. Son équipe et lui-même, qui ont voté à la quasi-unanimité la candidature du village, y voient une opportunité pour le canton. Le projet prévoit une centaine d’emplois d’éducateurs, de tuteurs, de formateurs, du personnel administratifs, médical, pénitentiaire, etc, dont certains pourraient être recrutés sur place. Ils espèrent que des familles vont s’installer sur place. Autant de gagné pour l’immobilier et l’économie locale. Un petit bémol tout de même : « Nous demanderons l’assurance que les commerces prévus ne causeront pas de tort à ceux du village », souligne Gérard Guyot.

Pour l’instant, le montage financier de l’opération n’est pas précisément connu. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il est estimé à une quinzaine de millions d’euros, qu’un promoteur immobilier privé se chargerait de la construction puis louerait les locaux à l’État. On sait aussi qu’une dizaine de groupes du CAC 40 et l’Olympique Lyonnais soutiennent la démarche. De même que Nicolas Sarkozy qui voudrait implanter une vingtaine de ces centres en France par la suite. Le projet a été proposé au canton par sa conseillère générale, Hélène Pélissard, qui connaît le président des prisons du cœur, Pierre Botton, un chef d’entreprise qui a connu une période d’incarcération. « Il y avait une réflexion sur ce que l’on pourrait accueillir sur notre territoire. L’idée d’une prison existait, puis avait été abandonnée », raconte l’élue. Tout naturellement, lorsqu’Hélène Pélissard a entendu parler du projet, elle a fait savoir à Pierre Botton que sa circonscription pourrait être intéressée. En l’état, ce dernier ne souhaite pas communiquer plus avant sur le fond du projet. Du moins, tant que le lieu d’implantation définitif n’est pas déterminé. « Rien n’est fait, il y a plusieurs sites candidats en France », explique-t-il. Des études de faisabilité sont actuellement menées au pas de charge. Mais une fois le choix fait, les choses pourraient aller très vite. « Nous voulons ouvrir en mars 2012 », termine-t-il.

REPERES

120 000 euros

Le coût d’une place en prison selon les chiffres du ministère.

91 euros

Le coût de la prise en charge d’un détenu.

550 euros

Le coût de la prise en charge d’un pensionnaire en centre d’éducation fermé.

98 000 euros

Le coût estimé par les prisons du cœur pour la prise en charge de… 120 détenus dans leur projet expérimental.

78 euros

Le coût estimé par les prisons du cœur pour la prise en charge d’un détenu dans leur projet expérimental. Avec l’espoir qu’il ne soit plus jamais une charge pour la société puisque l’objectif est de lutter contre la récidive.

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mercredi 27 juillet 2011

Drapeau : quand Besançon hissait pavillon belge...

Drapeau_bisontin
édition du 26 juillet 2011
Besançon est-elle une cité belge ?  Effectivement les couleurs du drapeau du royaume sans gouvernement sont identiques. Quentin Buchberger nous en relate l'histoire sur Ma commune info Besançon .
" Noir/jaune/rouge ou rouge/jaune/noir, selon que vous soyez belge ou bisontin, votre drapeau aura les mêmes couleurs mais pas le même ordonnancement. Sauf pendant une quarantaine d'années, à la suite d'une indélicatesse d'un fabricant...

Peut être avez vous déjà remarqué ce drapeau, disséminé un peu partout à Besançon. D’aspect similaire au drapeau belge, il en diffère cependant par le sens inversé de ses couleurs. Quand le rouge est cloué à la hampe, c’est le drapeau bisontin.

Aussi loin que remontent les archives de la ville, la première trace de l’histoire du drapeau se trouve en 1442. A cette époque, il est important de rappeler que Besançon (Vesontio), ville libre depuis 1290, est divisée en sept quartiers ou bannières, chacun possédant ses propres armoiries. Sur plusieurs d’entre elles, on retrouve certaines des couleurs du futur drapeau : jaune, noir et rouge.

En 1442 donc, les Bisontins acclament l’entrée dans leur ville de l’Empereur Frédéric III (élu en 1440 - mort en 1495 et aussi connu dans l’histoire sous le nom de Frédéric IV). La foule brandit des drapeaux jaunes, d’autres brandissent des rouges et d’autres des noirs. Pas de drapeau tricolore, mais on retrouve ancrée dans la tradition locale les trois couleurs des armoiries de la ville.

Des armoiries qui se blasonnent « d’or à l’aigle éployée de sable lampassée de gueules (*), tenant de ses serres deux colonnes de gueules brochant sur les ailes ». Un aigle qui n’est pas tombé du ciel. Il était déjà présent sur la bannière de certains quartiers de la ville dès le XIIIème siècle et symbolise le pouvoir impérial.

En héraldique, le sable correspond à la couleur noire, l’or au jaune et le gueules (*) au rouge. Plus simplement, les armoiries de Besançon représentent un aigle noir impérial sur fond jaune qui tient dans ses serres deux colonnes rouges.

En 1870-1871, après la guerre perdue contre la Prusse, Besançon commande des drapeaux aux couleurs de ses armoiries qui sont, rappelons-le, le jaune, noir et rouge.

Lors de la première commande de drapeaux, le fabricant a livré des drapeaux belges. C’est en tout cas ce que relève un extrait des archives du 17 février 1923 : « Le fabricant chargé de la fourniture disposait sans doute d’un fort stock de drapeaux belges dont les couleurs sont les mêmes quoique disposées dans un ordre différent, et il s’empressa de les offrir à la municipalité qui accepta, sans se rendre compte du malentendu ». Besançon a donc vécu avec le drapeau belge déployé dans toute la ville… Une belle supercherie qui dura au moins 40 ans puisque le conseil municipal avait décidé en 1924 de ne changer les drapeaux qu’au fur et à mesure de leur usure.

Aujourd’hui tout est rentré dans l’ordre et les drapeaux sont tous conformes « à la tradition historique ». Besançon, après avoir été romaine (sous le Saint Empire romain germanique), hollandaise (sous Charles Quint, souverain des Pays-Bas puis sous son fils Philippe II) et allemande (pendant l’Occupation) aura donc été un peu belge, le temps de quelques années. "

(*) Au Moyen Age, la couleur rouge de l’écu

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dimanche 10 juillet 2011

Dole et Besançon inaugurent un espace Centre Franche-Comté

Dole_vue_du_port

Ma commune info Besançon

édition du 8 juillet 2011

Les villes et agglomérations de Dole et Besançon s’engagent dans une coopération volontariste. Une charte de partenariat a été signée ce vendredi à Dole officialisant « leur coopération volontariste et leur détermination à construire un espace Centre Franche-Comté pour être plus forts et faire entendre la voix de nos territoires ».

Cet espace Centre Franche-Comté, cadre de coopération volontariste, complémentaire des EPCI (établissements publics de coopération intercommunale), doit permettre aux territoires de peser et d’être visibles au niveau national, voire international.

« Il s’impose d’autant plus à l’heure d’importantes évolutions introduites par la réforme des collectivités locales et afin de constituer un Espace Centre Franche-Comté, les villes et agglomérations doivent répondre à plusieurs défis :

• entre l’ensemble rhénan et le nord de Rhône-Alpes, nos territoires doivent se différencier et inventer ensemble un modèle original d’aménagement et de développement durable,

• les enjeux de niveau régional, interrégional, national ou européen nécessitent des réponses coordonnées et efficaces pour faire entendre la voix de nos territoires,

• à l’heure où les appels à projets et les expérimentations deviennent un mode habituel de mise en concurrence entre territoires, nos projets doivent peser », précise un communiqué des signataires.

Première action concrète de la coopération entre Dole et Besançon, l’édition d’une plaquette touristique intitulée « Au fil du Doubs : idées sorties pendant l’été dans le Grand Dole et le Grand Besançon ». Elle recense les très nombreux événements et activités culturelles, artistiques, sportives ou touristiques qui ont lieu autour de la rivière, entre les deux agglomérations, entre juin et septembre 2011.

Cet outil de promotion du territoire a été édité à plus de 130 000 exemplaires et diffusé à tous les foyers du Grand Dole et du Grand Besançon, et dans les offices de tourisme et lieux publics.

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vendredi 27 mai 2011

Agression violente et gratuite dans le Jura

gendarmerieLe quotidien Le Progrès nous apprends qu'une jeune femme a été violemment agressée par deux individus sur la route départementale 220 entre les communes de Damparis et Foucherans à proximité de la ville de Dole dans le Jura.

Les faits se sont produits au niveau du bois des Brûleux, devant l’entrée de l’association Astus (centre canin, tir à l’arc...). Alors qu’elle circulait au volant d’une Renault Clio (ancien modèle) de couleur marron métallisée, la jeune femme a reçu un caillou sur le pare-brise de son véhicule.

Elle constate que la pierre a été jetée par deux individus qui se trouvent légèrement en retrait sur un chemin. Après s’être arrêtée sur le bas-côté, elle sort de sa voiture et les réprimande. C’est alors que l’un des deux se jette sur elle et lui assène plusieurs coups de poings au visage.

Les deux lascars prennent ensuite la fuite en direction de Foucherans. "

" Tout témoin éventuel peut contacter la gendarmerie de Tavaux au 03 84 81 18 20. afin de permettre aux enquêteurs d’identifier les auteurs de cette lâche agression. "

A part ça tout va bien question sécurité dans le Jura et plus généralement en Franche-Comté !

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lundi 23 mai 2011

Timbres Comtois

Timbres_Franche_Comt_Pour les amateurs de timbres ( et ils sont nombreux ! ) La Poste met en vente une série de dix timbres intitulée " La Franche-Comté comme j'aime " .

Le site Ma commune info Besançon précise " Présenté sous la forme d’un livret de 10 timbres autocollants (aux tarifs lettres prioritaires 20 grammes), ce collector est composé des lieux ou monuments emblématiques de la région tels que : la Fête du Biou-Arbois, le Château de Joux, la ligne ferroviaire des Hirondelles, l’écomusée du pays de la cerise à Fougerolles), la fontaine-lavoir de Ray-sur-Saône, le Musée de l’Aventure Peugeot, le ballon de Servance, le saut du Doubs, la citadelle de Belfort et la vache Montbéliarde.

Lancement en avant première le samedi 28 mai : un bureau de poste temporaire sera installé à l’écomusée du Pays de la cerise à Fougerolles, le samedi 28 mai de 9h à 12h

Prix de vente de chaque collector : 8,90€ (disponible dans tous les bureaux de poste de la région, par correspondance et sur le site Internet de La Poste www.laposte.fr/timbres.) "

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mercredi 18 mai 2011

Essai sur la création de l’identité régionale comtoise

Drapeau_comtois_Arbois

Cancoillotte

Article de Vincent Petit,  Professeur agrégé d’histoire et  historien français, publié le 18 janvier 2005

L'auteur de cet article n'est en rien membre du FN ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique et il ne partage pas forcément les idées défendues ici.

Prodromes

Cette contribution prend le titre et la forme d’un essai. On voudra bien donc considérer ce qui suit comme une suite d’hypothèses que des travaux ultérieurs viendront confirmer ou infirmer, et qui ne demandent qu’à être discutées, amendées et approfondies.

1/ Si l’on définit le régionalisme comme le sentiment d’appartenance et d’identification à un espace régional, en l’occurrence la Franche-Comté, il faut d’emblée affirmer que ce sentiment ne doit rien à la nature, mais relève d’une construction politique. En effet, il faut connaître et reconnaître cette identité comme étant particulière, différente de celle de la nation et d’entités plus petites, comme les pays ou les terroirs. De fait, cette identité particulière, comme toute communauté sociale, est largement subjective, puisqu’elle « repose sur la projection de l’existence individuelle dans la trame d’un récit collectif, sur la reconnaissance d’un nom commun et sur les traditions vécues comme traces d’un passé immémorial » (Étienne Balibar).

2/ Le régionalisme comtois se définit néanmoins à partir d’une réalité. La survivance d’un sentiment d’appartenance est liée d’abord à un passé largement commun, à la continuité historique et juridique d’un territoire qui a pu développer, en fonction des circonstances et sous différentes formes, une certaine altérité culturelle et politique. Il faut ici rappeler que la Franche-Comté a été rattachée tardivement au royaume (traité de Nimègue, 1678), tout en n’ayant jamais cessé d’appartenir à la sphère d’influence française. Il existe ainsi des spécificités (le statut douanier) et des institutions (le Parlement, l’Université), des usages et des fidélités (l’ultramontanisme catholique par exemple) qui la rendent, de fait, différente au même titre, plus ou moins, que toutes les autres provinces périphériques. Cependant, ne pouvant se fonder sur des spécificités culturelles fortes, comme la Bretagne ou l’Alsace, l’identité comtoise doit être justifiée, défendue et entretenue, d’où l’importance des recherches historique, ethnologique ou linguistique.

3/ Cette différence a sa place dans une société de corps intermédiaires et particuliers comme l’était la France d’Ancien Régime. Mais avec la Révolution, la disparition de l’entité juridique régionale (jusqu’à 1956 !), et surtout la consécration d’un ordre politique et social avant tout basé sur l’égalité des individus, le sentiment régional n’a plus la même nature : il relève désormais d’un projet politique qui entend construire et défendre une identité collective autre que l’entité nationale. Cette volonté, qui n’implique pas la plupart du temps de revendications séparatistes ou même autonomistes (elle est d’ailleurs très largement étrangère à toute réalité institutionnelle et administrative), s’appuie sur la relecture d’une histoire régionale conçue comme la justification de cette identité particulière. Ce régionalisme, parce qu’issu d’une matrice intellectuelle, est caractérisé par un prisme idéologique qui lui assigne un objectif social. C’est pourquoi, il faut parler, après la Révolution, de « création » de l’identité régionale.

La création de l’identité régionale

L’identité régionale est le résultat d’un processus historique, d’une construction intellectuelle - toutes proportions gardées, au même titre que l’identité nationale, qui s’élabore dans un courant d’idées de dimension européenne et qui lui imprime un caractère durable : le romantisme. Il est d’usage de rappeler qu’il s’oppose au classicisme par l’exaltation des sentiments, le goût de l’épopée, le recours au fantastique et la référence au Moyen-Age plus qu’à l’antiquité gréco-romaine. Si l’on suit l’interprétation globale qu’en font certains philosophes, le romantisme est l’expression d’une révolte et d’une mélancolie : révolte contre la modernité des XVIIIe-XIXe siècles ; mélancolie de l’harmonie du monde, perdue et dessinée dans un Moyen-Age idéalisé. La curiosité du passé qui emplit les esprits des lettrés après la période révolutionnaire procède de ce sentiment de perte, de ce « désenchantement du monde » - l’expression est de Schiller, sentiment qui alimente aussi un courant de religiosité. La Révolution française a occasionné une telle rupture qu’elle suscite la nostalgie du monde qu’elle a détruit. Elle a fondé un ordre social nouveau, en réduisant à néant ce qu’elle a elle-même dénommé Ancien Régime. Elle a coupé la France de ses origines conçues comme autant de vestiges de la tyrannie (ce dont témoigne en particulier le vandalisme révolutionnaire).

Comme si la Révolution, en une décennie, avait épuisé les mots d’utopie et de régénération, et ainsi anéanti les promesses du siècle des Lumières, les romantiques tournent leur regard vers le passé d’avant l’histoire, d’avant l’écrit - sur lequel se fonde l’ordre post-révolutionnaire : la loi, la constitution, le contrat, les droits de l’homme... Contre la nation citoyenne, contre l’abstraction démocratique, la Restauration en Europe se fonde sur la légitimité monarchique, l’histoire de chaque État et la culture propre à chaque peuple. Les théoriciens contre-révolutionnaires, comme de Maistre et de Bonald, exaltent l’histoire, les traditions, les libertés, le catholicisme. Les romantiques, Chateaubriand, Vigny, Lamartine, Hugo saluent l’ancienne France restaurée par les Bourbons. Cette volonté de renouer avec le passé emprunte plusieurs canaux, qui ne se dissocieront que très progressivement : le roman, la recherche des traditions populaires et l’écriture historique proprement dite - en France, l’œuvre pionnière est celle d’Augustin Thierry avec ses Lettres sur l’histoire de France publiées à partir de 1820, suivis par les travaux de Thiers, Michelet, Mignet...

L’œuvre de Charles Nodier

L’introduction de ce courant d’idées en Franche-Comté est indissociable de l’œuvre de Charles Nodier. Ce fils d’un président du tribunal criminel du Doubs sous la Révolution monte à Paris dès l’âge de vingt ans. La publication d’un pamphlet en vers contre le Premier Consul, La Napoleone, lui vaut de revenir à Besançon en résidence surveillée. A la Restauration, il retrouve Paris, et devient le bibliothécaire du comte d’Artois à l’Arsenal. Auteurs de contes, de travaux historiques, il reçoit dans son salon les jeunes romantiques et les Comtois expatriés qui lui sont recommandés par son ami Weiss. Avec lui, l’identité franc-comtoise se rattache directement aux mythes fondateurs de la littérature romantique : les épopées celtes et scandinaves, comme le roman historique et les contes fantastiques. Aux confluences de ces centres d’intérêt, Nodier dirige avec Isidore Taylor et Alphonse de Cailleux la publication des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, qui compteront 21 tomes richement illustrés de 1820 à 1878 - le deuxième, publié en 1825, est consacré à la Franche-Comté. A la suite du philosophe Johann Gottfried Herder qui affirme que c’est dans le peuple et dans sa langue que réside le génie d’une nation, et donc, que le peuple détient la véritable culture, Nodier publie aussi des Notions élémentaires de linguistique ou histoire abrégée de la parole et de l’écriture en 1834. Dans cet ouvrage, il affirme que « le patois, c’est la langue native, la langue vivante », la « langue inspirée » par Dieu lui-même, alors que le français, le « beau langage », changé par le grec et le latin et poli par l’académisme, n’est que « le simulacre et le mannequin ».

Nodier émet d’ailleurs le souhait de voir se créer des académies régionales, vouées à recueillir les particularités linguistiques de chaque province. Dans le même souci de recouvrer cette identité primitive, il appelle à recueillir les traditions populaires. Grand admirateur de Walter Scott, il conçoit dès 1822 le projet d’écrire, en collaboration avec le jeune Victor Hugo, un roman d’aventures sur Lacuson - mais le projet n’aboutira pas. En mai 1843, sous le pseudonyme de « docteur Neophobus », il publie dans la Revue de Paris, un texte dans lequel il invite les Comtois à suivre l’exemple de l’Écossais James Macpherson, qui a mis au jour entre 1760 et 1763 une épopée gaélique, attribuée au barde Ossian. L’élan donné par Nodier trouve un écho dans les trois départements comtois, grâce en particulier à Charles Weiss, le très actif conservateur de la bibliothèque municipale de Besançon, et à d’éphémères périodiques où se distinguent de jeunes auteurs : littérateurs (Xavier Marmier, Charles de Bernard, Louis Jousserandot), poètes (Léon Dusillet, Gindre de Mancy), érudits (Désiré Monnier, Édouard Clerc)...

Une école historique provinciale

Ainsi apparaît, autour de Charles Weiss, une école historique provinciale. Grâce à son appartenance à l’Académie de Besançon, à la Société d’Émulation du Jura, et ses relations avec Nodier, son rôle est en quelque sorte celui d’un chef de file des érudits de la province et d’un intermédiaire entre Paris et la Franche-Comté. C’est autour de lui que s’élaborent les premiers projets de revue régionaliste. Il anime les éphémères Tablettes franc-comtoises en 1827-28. En 1833, Louis de Vaulchier sollicite sa collaboration pour lancer une Revue franc-comtoise, mais le projet n’aboutit pas. En avril 1836, se crée à Dijon la revue Les Deux Bourgognes, études provinciales, lettres, sciences et arts. Ses fondateurs s’assignent un programme ambitieux : « Nous consacrerons des biographies spéciales, si l’on ose parler ainsi, aux hommes, aux cités, aux monuments. Nous recommencerons l’histoire de toutes les principales villes de Bourgogne, des châteaux, des églises, des monastères. Partout enfin où la science archéologique pourra éclairer l’étude des arts et des mœurs, elle entrera dans nos investigations laborieuses ». Placée sous le parrainage de Lamartine et de Nodier, et chaudement appuyée par Weiss, elle livre chaque mois des poésies, des nouvelles, des critiques littéraires, et surtout des articles historiques.

Les signatures de Désiré Monnier, Théodore Belamy, Édouard Clerc, Adolphe de Circourt, Clovis Guyornaud, Dusillet, Xavier Marmier, Viancin. Le ton est d’emblée très hostile à la domination culturelle de Paris. Le premier numéro comporte un article de Jean-Baptiste Pérennès, professeur à la Faculté des Lettres de Besançon et membre de l’Académie de Besançon, qui fait l’éloge du provincialisme : « En songeant à tout ce qu’il y a de charlatanisme, de complaisance et de camaraderie dans les feuilles que la capitale nous envoie comme la règle du gôut et les oracles de la raison, nous nous demandions si la province n’aurait pas quelque jour ses journaux littéraires, organes sincères de nos impressions, de nos pensées, de nos jugements ». Mais la revue cesse de paraître en mai 1839. Entre-temps, une Revue de la Franche-Comté, philosophie, sciences, beaux-arts, littérature, histoire, nouvelles est publiée à Lons le Saunier entre août 1838 et début 1841. Comme le sous-titre le précise, le contenu est assez éclectique. Elle rassemble surtout des auteurs originaires du Jura, « la partie où s’est conservé le plus longtemps ce que nos pères appelaient la nationalité franc-comtoise », comme Léon Dusillet, Armand Marquiset, Max Buchon, et très vite incline vers l’opposition libérale. En 1841, elle est reprise par Clovis Guyornaud, qui décide de s’installer à Besançon pour des raisons avant tout pratiques. La revue revendique alors avec éclat son ambition « de raviver dans le cœur de nos jeunes compatriotes l’amour et le respect pour les hommes et pour les choses du passé ». Elle entend travailler « à la gloire et à la reconnaissance de notre chère patrie franc-comtoise ».

L’année suivante, elle est scindée en deux publications différentes, la Revue franc-comtoise, recueil historique et scientifique, qui traite surtout d’histoire régionale, et l’Album franc-comtois, consacré à la poésie, à la littérature et aux beaux-arts. Les deux revues, placées sous les auspices de Nodier, de Montalembert, de Victor Hugo et de Charles Weiss, réunissent la collaboration de Léon Dusillet, Adolphe de Troyes, Max Buchon, Désiré Monnier, Pallu, Édouard Clerc, Armand Marquiset, Charles Duvernoy... Mais elles cessent toutes deux de paraître dès 1844. Avec le recours systématique aux archives écrites, qui sont collectées, inventoriées et publiées, dans le cadre des bibliothèques et des dépôts départementaux, se développe la pratique de l’écriture historique proprement dite - et ce, dans le cadre national et européen. Sous les auspices de Weiss, du député Jouffroy, de l’abbé Gousset, alors vicaire-général du diocèse, et du doyen de la Faculté des Lettres, Charles Duvernoy procède au classement et à la publication des papiers d’État du cardinal de Granvelle. Neuf volumes sont ainsi publiés entre 1841 et 1852. En parallèle, Duvernoy supervise l’édition des Mémoires et Documents inédits pour servir à l’histoire de la Franche-Comté publiés par l’Académie, dont trois volumes paraissent entre 1838 et 1844.

Cette collection, qui s’inscrit dans le programme d’envergure nationale décidé par Guizot au début de la Monarchie de Juillet, a été voulue pour la région par Théodore Jouffroy, célèbre philosophe et député du Doubs de 1831 à 1842. En 1846, à l’initiative de Emmanuel Bousson de Mairet, professeur puis bibliothécaire, membre de la Société d’Émulation du Jura et de l’Académie de Besançon, l’imprimerie Javel d’Arbois réédite, sur souscription, Les Mémoires historiques de la république séquanoise et des princes de la Franche-Comté de Bourgogne de Gollut. Au-delà de l’opération commerciale, l’éditeur revendique un objectif plus noble : « Réimprimer les ouvrages de nos vieux historiens franc-comtois, entièrement disparus du commerce et devenus si rares dans les bibliothèques, nous a semblé une entreprise à la fois patriotique et agréable aux personnes qui se livrent à l’étude de l’histoire ». Surtout, la présente édition (plus de 2000 pages) se veut l’expression du « creuset de la science moderne », avec des notes et rectifications conséquentes dues à Charles Duvernoy. Entre 1834 et 1838, l’académie de Besançon met au concours le sujet suivant : « Recueillir les traditions de la Franche-Comté, signaler les événements auxquel elles peuvent se rattacher, ainsi que les traits de mœurs locales qui y correspondent ; enfin indiquer le parti qu’on en pourrait tirer, soit pour l’histoire, soit pour la poésie ». Le mouvement est donné : Désiré Monnier publie Le culte des esprits dans la Séquanie en 1834, Clovis Guyornaud une Histoire populaire des Franc-Comtois, Auguste Demesmay des Traditions populaires de la Franche-Comté en 1841, Adolphe de Troyes des Légendes des Vosges franc-comtoises... Outre les érudits, les traditions orales et l’histoire régionale intéressent aussi les romanciers, comme Louis Jousserandot, qui fait paraître Le diamant de la Vouivre en 1843, puis Le capitaine Lacuzon l’année suivante, et les poètes, comme Gindre de Mancy et Léon Dusillet. Ce dernier, salué par Nodier, écrit de fausses chroniques médiévales qui connaissent un grand succès : en 1823, il publie Yseult de Dole, présentée comme une chronique du VIIIe siècle, découverte dans les ruines de Mont-Roland et attribuée au ménestrel de l’empereur Frédéric Barberousse. En 1843, il récidive en faisant paraître Le Chateau de Frédéric Barberousse à Dole ou le maléfice, chronique du douzième siècle. Lorsque Théodore Belamy édite en 1842 un Recueil de Noëls anciens au patois de Besançon, il s’associe « quoique de loin, sans doute, et pour une bien faible part à l’œuvre des écrivains de conscience et de talent pour arracher à l’oubli les antiques traditions de notre province ». Il cite alors Édouard Clerc (auteur d’un Essai sur l’histoire de la Franche-Comté paru en 1840), Charles Duvernoy, Armand Marquiset, Désiré Monnier, l’abbé Richard, Adolphe de Troyes, Clovis Guyornaud, Gustave Colin, Jean-Ignace-Joseph Bourgon (Recherches historiques sur la ville et l’arrondissement de Pontarlier, 1841). A la mort de Nodier au début de l’année 1844, les formes que sont le roman historique, la recherche des traditions populaires, et la science historique se sont déjà dissociées, bien qu’elles soient pratiquées par le même groupe d’érudits, unis par le même patriotisme local et par leur dette à l’égard de celui qui vient de disparaître.

La déclinaison de l’identité

Telle qu’elle s’élabore au sortir de la Révolution, l’identité régionale franc-comtoise est indissociable d’un projet politique, ou dirions-nous, d’un projet de société. La finalité de ceux qui la créent vise moins à justifier un quelconque séparatisme d’avec l’ensemble national qu’à affirmer une certaine personnalité régionale. Pour résumer, cette identité se décline autour de trois thèmes qui interagissent entre eux. La recherche du peuplement originel suscite des investigations archéologiques, linguistiques et ethnologiques. Les romantiques voient dans les traditions populaires, le conservatoire des temps anciens, et dans le paysan « le seul historien des temps antéhistoriques » comme l’écrit George Sand. Le relief, le climat, l’histoire, se conjuguent ainsi pour donner naissance à la « race » comtoise, « race austère, énergique, intelligente » (Montalembert) - qui trouve son archétype dans le montagnon : « Dans les hautes montagnes, l’homme est plus grand et plus robuste, il a l’esprit plus vif et plus industrieux » (Rougebief). Cette quête du peuple primitif privilégie l’influence celte - séquane en l’occurrence (la querelle d’Alésia constituera une motivation supplémentaire), reprenant en cela les spéculations d’Augustin Thierry et de François Guizot, qui présentent l’histoire de France comme l’opposition de la nation issue des Gaulois et de la noblesse d’origine germanique. Proudhon pourra revendiquer dans ses Carnets son statut de « Franc-Comtois pur sang », d’« enfant de Brennus » et d’ « homme de race, non déchue, mais primitive ». L’image que se font les romantiques de la Franche-Comté et de ses paysages transpire d’une poésie mélancolique et d’un enthousiasme emphatique qui privilégie les éléments remarquables : les montagnes et les forêts, tout en négligeant les plaines et les villes.

L’accent est mis sur le « pittoresque », le « grandiose », de la montagne comtoise qui inspire à la population ses qualités morales (simplicité, fidélité, courage, indépendance...). Nodier compare la Comté à l’Écosse et à la Suisse, Montalembert à l’Autriche (« le Tyrol de la France »). Pour Xavier Marmier, les landes d’Islande rappellent Frasne et les rochers des îles Féroé, Mouthier-Hautepierre. Eugène Rougebief commence son Histoire de Franche-Comté par une description des paysages de la région, en commençant par les montagnes et en citant longuement Nodier. Cette insistance exprime le refus de l’urbanisation et de l’industrialisation, ainsi que celui de l’indifférenciation des individus. Elle correspond aussi à la conception d’une Franche-Comté originelle, qui, protégée par ses montagnes et ses sapins, a conservé son indépendance et a su préserver une harmonie sociale agreste - voir l’œuvre de Max Buchon. La nostalgie des libertés constitue la trame de la relecture de l’histoire comtoise de la Séquanie jusqu’aux Habsbourg. Elle insiste sur l’importance du Moyen-Age (en valorisant la féodalité en tant que société organique, cimentée par les liens personnels et religieux) et sur les influences germaniques et espagnoles - on sait le succès de « Besançon vieille ville espagnole » (Victor Hugo, Les feuilles d’automne, 1830). Le mythe de la république séquanaise trouve son illustration principale avec la guerre de Dix Ans (1635-1644) et ses héros : le capitaine Dusillet, Boyvin le président du Parlement de Dole et bien sûr Lacuzon...

L’histoire régionale naissante cherche à créer (ou à recréer) une identité régionale, à tisser une continuité de l’époque celte à l’époque moderne, de présenter le comté de Bourgogne comme l’héritier direct de la civitas Sequanorum au nom d’une forme de patriotisme régional. Déjà Augustin Thierry, dans ses Lettres sur l’histoire de France, écrivait que « l’histoire de la contrée, de la province, de la ville natale est la seule où notre âme s’attache par un intérêt patriotique ». Armand Marquiset, en préface de sa Statistique historique de l’arrondissement de Dole parue en 1841, souligne que son travail a été animé « par le souvenir de la vieille indépendance de notre belle province », et qu’il n’a « d’autre mobile que l’amour du pays ».

Un régionalisme politique

Dans un XIXe siècle marqué par les soubresauts politiques et le triomphe de l’individualisme (ce que les théoriciens traditionalistes appellent l’atomisme social), la conception presque organiciste de la société peut être revendiquée par plusieurs courants politiques. D’ailleurs nombre de ceux qui travaillent à défendre et entretenir l’histoire de la province et ses particularismes sont aussi des hommes engagés dans les luttes politiques de leur temps : Auguste Demesmay, Gustave Colin, Désiré Monnier, Louis Jousserandot, Xavier Marmier, Max Buchon, Jules Gros, Charles Beauquier... La droite conservatrice exprime par l’histoire régionale la nostalgie de la société féodale et agraire et voit dans la province un rempart à la puissance de l’État post-révolutionnaire, égalitaire et rationaliste. Comme l’écrit Louis de Vaulchier, « nous prétendons recréer notre antique comté de Bourgogne, non pour reculer aux idées politiques du Moyen-Age, mais pour lui redemander nos vieilles libertés, nos franchises communales, nos administrations en famille, notre rude et noble franc-parler ».

Les organes royalistes - La Gazette de Franche-Comté, Le Séquanais, et plus timidement, L’Union franc-comtoise - sont alors les premiers à revendiquer une certaine décentralisation politique. La célébration des libertés provinciales exprime un refus de la centralisation jacobine et napoléonienne, mais aussi une critique implicite de l’Ancien Régime français - présenté comme le fossoyeur des corps intermédiaires et de l’influence nobiliaire. Dans la pensée traditionaliste, la province constitue, au même titre que la famille ou le métier, la composante « naturelle » d’un ordre voulu par Dieu. L’histoire est l’occasion de vanter la religion comme lien social et de célébrer la tradition. Cette conception contre-révolutionnaire se retrouvera plus tard chez les historiens d’Action Française - voir l’œuvre d’Émile Longin par exemple, spécialiste de la Guerre de Dix Ans et auteur d’un article sur la « nation comtoise » (1918). Pour les clercs, l’attention portée à l’étude du monachisme et des communautés religieuses témoigne de leur profonde hostilité aux théories politiques du temps : socialisme et libéralisme.

« Jamais l’impuissance de l’individualisme humain ne se révèla plus sensiblement que de nos jours », écrit l’abbé Richard dans son introduction à l’Histoire de l’abbaye de la Grâce-Dieu (1857). La gauche démocratique et populaire exalte les solidarités traditionnelles - du type associatif : fruitières, communaux, affouage - et l’harmonie sociale des communautés rurales d’avant la révolution industrielle, présentées comme de petites républiques égalitaires. Eugène Rougebief, républicain, auteur d’une Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne (1851), s’attache à faire une histoire totale, contrairement à certains de ses prédécesseurs qui selon lui, « avaient détaillé trop complaisamment l’existence des hautes classes sans s’occuper des classes inférieures ». Désiré Monnier, qui ne cache pas son affection pour la révolution de 1789, donne ainsi à son travail une finalité sociale - qui fait de l’histoire et du culte des grands hommes une véritable religion civique : « Avec la consécration publique de quelques noms auxquels se rattache l’estime des siècles, nous relèverions le moral d’un peuple que menace la dissolution du nœud social en ce temps d’indifférence et d’égoïsme, et nous verrions avec ce moyen d’émulation, renaître le patriotisme qui engendrait jadis une foule d’autres vertus dont on ne sait plus aujourd’hui que le nom ». Par les traditions populaires, la poésie, le roman réaliste - songeons à l’influence de Courbet en peinture, ils dessinent une autre identité régionale qui s’incarne dans le petit peuple des villes et des champs, volontiers hostile aux élites et aux pouvoirs dénaturants (l’Église romaine en premier lieu) - d’où l’intérêt pour les traditions populaires, païennes ou paléo-chrétiennes.

Chez les socialistes qu’ils soient fouriéristes ou proudhoniens, adversaires de l’État tout-puissant et de l’aliénation industrielle, l’histoire de la Franche-Comté peut fournir des exemples à l’appui de leurs théories politiques - pour Proudhon, qui ne manque pas de faire référence aux libertés communales ou au mouvement fédéraliste de 1789, la province, avec la commune, le syndicat et la coopérative, est au cœur de la pensée fédérative. La création de l’identité régionale répond donc à des objectifs qui dépassent les seules aspirations d’une érudition gratuite ou d’un chauvinisme primaire : elle se conçoit comme la tentative de créer, en réaction à l’individualisme post-révolutionnaire, une nouvelle forme de cohésion sociale (voir ce qu’écrit Tocqueville sur les libertés locales, les associations, la religion... dans De la démocratie en Amérique, 1835-40).

Dans la relecture d’un passé que l’on veut commun et la définition d’un ensemble territorial et humain, il faut donc voir davantage une ambition programmatique qu’une spéculation inspirée par la nostalgie. L’histoire, l’ethnologie, le roman populaire et le conte fantastique dépendent alors très largement des supposés idéologiques et des préférences politiques de leurs auteurs. On comprend donc que, lorsque dans les années 1860, l’Empire favorise l’unité italienne et quand l’Église prend un tour de plus de plus unitaire et de plus en plus intransigeant (condamnation des « erreurs modernes » par le Syllabus de 1864), l’histoire, le folklore de la région ne demeurent pas étrangers aux querelles du temps. La Revue littéraire de Franche-Comté est lancée en novembre 1863. Elle se veut le « centre de ralliement de tous les hommes d’étude qui appartiennent à cette noble province. Nous gémissons de voir s’affaiblir parmi nous l’esprit franc-comtois sans que personne fît aucun effort pour le ranimer ». Son programme reprend celui des revues qui ont vu le jour plus de vingt ans auparavant : « On insérera dans la revue les épisodes les plus intéressants qui se rattachent à l’histoire de la province, les traditions locales ou légendes les plus curieuses. On y publiera des chroniques bibliographiques, des critiques littéraires, des études morales, des études romantiques de peu d’étendue, des poésises, des biographies de comtois célèbres ».

Placée sous le haut patronage de Charles Weiss, elle reçoit d’abord un accueil très favorable, et publie des articles de Charles Nodier, Xavier Marmier, de l’abbé Richard, de Max Buchon... Seulement, avec le lancement des Annales franc-comtoises catholiques et la mort de Weiss en 1866, la revue prend un ton de plus en plus anticlérical et finit par ne réunir que des républicains plus ou moins avancés : Max Buchon, Charles Thuriet, Charles Beauquier, Jules Gros, Charles Perron... Face à elle, l’école historique catholique se structure autour de l’abbé Besson et de ses Annales franc-comtoises, fondées en 1864. Par de monumentales synthèses (Vie des Saints de Franche-Comté 1854-56, Histoire de la persécution révolutionnaire dans le département du Doubs de Jules Sauzay 1867-73...), et d’innombrables monographies et hagiographies, son ambition est de souligner l’apport décisif du catholicisme dans l’identité franc-comtoise et de défendre l’influence sociale de l’Église, face à la Révolution et aux forces considérées comme révolutionnaires (franc-maçons, protestants, libre-penseurs...).

Conclusion sur le temps présent

Avec le début du XXe siècle, apparaît une histoire régionale davantage conforme aux exigences universitaires, et qui, ainsi, se rend en grande partie étrangère aux enjeux politiques de son temps. Au contraire, ce qu’on appelle le régionalisme s’attache à défendre le particularisme culturel et les intérêts économiques des départements comtois au travers des sociétés savantes, du tourisme naissant, des revues, comme Les Gaudes, Pays Comtois ou Franche-Comté Monts Jura. Les lendemains de la Seconde Guerre mondiale verront la synthèse d’un catholicisme social et populaire incarné par un clergé soucieux « d’aller au peuple » et d’une gauche libertaire, écologiste et autogestionnaire. Le mouvements des Lip (« travailler et vivre au pays ») et l’œuvre de l’abbé Garneret (qui se réfère à plusieurs reprises à Proudhon) peuvent en être considérés comme deux manifestations parmi d’autres. Seulement, parce qu’elle est issue d’une matrice avant tout idéologique, l’identité comtoise ne correspond qu’en partie à sa géographie : la « Basse Comté » (Haute-Saône et vallée du Doubs) comme dit Nodier est négligée, le pays de Montbéliard est en exclu par les érudits catholiques (voir l’œuvre de l’abbé Tournier) et le Territoire de Belfort en est absent parce qu’inclus trop tardivement (1871). Cette distorsion est pour le moins gênante en ce qu’elle valorise plus un idéal-type qu’une réalité démographique et économique.

L’autre difficulté qu’on ne fera ici que mentionner est de savoir comment cet idéal-type s’est diffusé et par quel processus les Comtois se le sont appropriés. En ces temps dominés par la mondialisation libérale, et devant la nécessaire construction d’une Europe politique, il faut sans doute croire que le sentiment régional, le nôtre comme les autres, trouvera un nouveau regain. Faut-il le redouter ? En fin de compte, le régionalisme se définit comme une communauté solidaire et comme un héritage - que chacun peut ou non acquérir et partager, qui se manifeste au travers de marqueurs d’identité, linguistiques (les « régionalismes »), gastronomiques, ou autres (les clochers comtois, l’horloge comtoise, la montbéliarde et le cheval comtois...). Le risque est plutôt de le voir réduit aux besoins d’une économie soucieuse de récupérer les distinctions régionales ou locales : Appellation d’origine contrôlée (AOC), Indication géographique de provenance (IGP), produits du terroir... Quant au régionalisme politique, par le passé et comme dans l’avenir, comme nous l’avons montré, les Comtois, Français de raison, de culture et de sentiment, n’ont jamais revendiqué plus que leur place dans la République.

Cet essai a été publié au préalable dans Lettres Comtoises, n°9, octobre 2004, revue de l’Association du Livre et des Auteurs Comtois.

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